Pour le CSA, la télévision devrait rester reine des retransmissions sportives

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Crédits : Leonardo Patrizi/iStock
Télévision
Kevin Hottot

Le CSA a rendu public un rapport concernant les offres de contenus sportifs « over the top ». Une étude qui fait le point sur les offres actuellement disponibles et sur les difficultés qu'ont les diffuseurs à les rentabiliser.

La diffusion et la consommation de contenus audiovisuels ont connu d'importantes transformations ces dernières années, notamment grâce à l'essor des technologies du numérique. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel s'est donc penché sur le cas de la diffusion « over the top », c'est-à-dire via Internet, des contenus sportifs, un secteur qui profite tout particulièrement de cette technologie.

Plusieurs acteurs proposent des contenus sportifs via Internet

Dans un rapport épais de 21 pages, le CSA commence par faire un état des lieux du marché. On retrouve d'un côté des bouquets payants et de l'autre des chaînes gratuites, comme celles du groupe France Télévisions, qui se sert de son site Internet pour enrichir son offre de contenus. 

Dans le cas de compétitions comme Roland Garros, le groupe propose sur son site un accès « multi-courts » permettant au spectateur de choisir lequel des 16 matchs se déroulant simultanément il souhaite regarder. Une option qui ne peut lui être proposée via les canaux de transmission classiques. Le même genre de dispositif est mis en place lors du Tour de France afin de sélectionner un angle de caméra différent (moto, hélicoptère, direction de course, etc.) et de capturer de courts extraits de la course.

Du côté des chaînes payantes, comme celles du bouquet Canal + ou de BeIn Sports, la finalité est uniquement de diffuser en direct et en rattrapage les compétitions sportives, mais sans les enrichir de la même manière. Pas question non plus de proposer ainsi des contenus qui n'auraient pas trouvé autrement leur place à l'antenne.

Le CSA note par ailleurs que le replay est très peu utilisé dans le cadre du sport : « l’apport du différé et de la télévision de rattrapage à l'audience moyenne globale des événements sportifs s’est élevé à seulement 1 % en 2015, contre plus de 3,5 % pour l’ensemble des programmes ».

Les « pure players » et les ligues sportives s'en mêlent

Les chaînes de télévision ne sont pas les seules à s'intéresser au sport en ce moment, les géants du Net cherchent eux aussi à attirer et à fidéliser leur audience grâce à ce type de programmes. Dailymotion et Google par exemple ont conclu un accord de quatre ans avec la Ligue de Football Professionnel les autorisant à diffuser « des résumés des matchs de Ligue 1, ainsi que des buts, des meilleurs moments et des entretiens », note l'autorité. Un accord qui leur aurait coûté cinq millions d'euros.

Les réseaux sociaux ne sont pas en reste non plus. Facebook diffuse par exemple via son Sport Stadium des matchs de football américain aux États-Unis. Twitter a acquis dernièrement les droits pour la retransmission de dix affiches de la NFL, qui seront diffusées gratuitement à ses utilisateurs.

Les ligues sportives veulent aussi leur part du gâteau. Elles qui étaient jadis enclines à vendre leurs droits de diffusion au plus offrant commencent petit à petit à se muer en diffuseurs, via Internet. Rien qu'en France, quatre ligues sportives majeures proposent directement leurs contenus à leurs fans, moyennant monnaie.

La NBA (basket) la NFL (football américain), la NHL (hockey sur glace) et l'UFC (combats) proposent ainsi des offres d'abonnement dont le tarif s'échelonne entre quelques euros jusqu'à 30 euros par mois. Dans le cas de l'UFC et de la NBA, un paiement à la séance est également possible.

Dur dur d'être payé

Seul problème, selon le CSA, les éditeurs de services « over the top » peinent encore à trouver leur modèle économique. Les offres d'abonnement semblent tenir la corde, mais ne sont pas nécessairement synonymes de rentabilité, notamment à cause du prix d'acquisition des droits de diffusion, généralement très élevé.

L'autre souci tient au fait que contrairement aux séries et au cinéma, le contenu sportif se consomme quasi exclusivement en direct. Disposer d'une archive avec des milliers de matchs revêt donc un intérêt très limité et les diffuseurs ne peuvent pas compter sur leur catalogue de rencontres déjà passées pour séduire. Un point de vue partagé par Ted Sarandos, le directeur des programmes de Netflix, qui estime que « rendre ce type de contenu accessible à la demande n'apporte aucune valeur ajoutée à l'utilisateur ».

Les consommateurs français sont également peu enclins à payer pour regarder des retransmissions sportives en direct sur Internet. Selon une étude citée par le CSA, nous ne serions que 9 % à se déclarer prêts à ouvrir notre porte-monnaie dans ce but. Une proportion similaire à celle observée en Allemagne (8 %) ou aux États-Unis (10 %) mais très loin derrière l'Inde (45 %) ou la Chine et les Émirats (32 %).

Reste la solution de la publicité, mais là encore le compte n'y est pas. Sean MacManus, président de CBS Sports, cité dans le rapport, expliquait récemment que lors du Super Bowl, les écrans publicitaires diffusés à la télévision ont rapporté à sa chaîne 325 millions de dollars. Sur son site Internet, l'enveloppe n'était plus que de 15 à 20 millions de dollars.

La télévision garde son trône

Aux yeux du CSA, l'ensemble de ces problèmes, ajoutés au fait que la qualité de service n'est pas garantie lors d'une diffusion « over the top » en raison d'éventuels soucis de routage ou de capacité des réseaux, font que pour l'heure, ces solutions ne devraient pas détrôner la télévision classique en termes d'audience, et de revenus.

Si ce mode de diffusion est intrinsèquement peu coûteux, il ne permettrait en effet pas de rentabiliser les contenus sportifs, chers et dont l'intérêt décline fortement une fois passée la fenêtre du direct. N'en déplaise donc aux abonnés de Canal + ou de BeIn Sports, ce n'est probablement pas demain qu'ils pourront profiter pleinement de leur discipline préférée gratuitement et légalement en direct sur le web. Néanmoins, les initiatives de ce genre continuent de se multiplier, et les lignes pourraient bien encore bouger dans quelques années.


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