Six mois de prison supplémentaires pour le détenu s'étant filmé via Periscope

Les ondes du pénitentier 84
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Crédits : fergregory/iSotkc/Thinkstock
Justice
Xavier Berne

Après s’être filmé en direct, via son smartphone et l’application Periscope, un détenu de la prison de Béziers a été condamné hier à purger six mois de prison supplémentaires. Un énième fait divers qui ravive les questions autour des brouilleurs d’ondes, dont la mise en œuvre s’avère encore très délicate.

Il n’y a pas que les footballeurs qui dérapent sur Periscope. Samedi dernier, un prisonnier âgé de 20 ans n’a rien trouvé de mieux que d’inviter les utilisateurs de Twitter à échanger avec lui en direct, via l’application vidéo Periscope. L’intéressé est apparu « à visage découvert, [se filmant] notamment un joint à la main » rapporte Sud Ouest. L’occasion pour ce jeune homme purgeant une peine de quatre ans de prison pour vol aggravé de pousser la provocation : « Pendant qu'on est en promenade, on se fait jeter des petites balles de tennis remplies de ce qu'on veut. La prison, c'est un petit Club Med » a-t-il expliqué devant ses « spectateurs »...

Face au retentissement médiatique de cette affaire – mais aussi au comportement du détenu, qui a finalement facilité le travail des enquêteurs – les choses sont allées très rapidement. Dès dimanche, celui qui se faisait appeler « Luciano » a été transféré dans un autre quartier de la prison du Gasquinoy, à Béziers. Son téléphone portable fut d'ailleurs saisi, explique Le Midi Libre. Lundi, il était auditionné au commissariat. Mercredi, dans le cadre d’une comparution immédiate, il a été condamné à six mois de prison ferme supplémentaires par le tribunal correctionnel de Béziers.

Accusé de recel d'un objet irrégulièrement introduit dans un établissement pénitentiaire, le prévenu était au moins passible de 5 ans de prison et de 375 000 euros d’amende. Le tribunal n’est cependant pas allé aussi loin. Il n’a pas non plus suivi le réquisitoire du procureur – qui demandait 10 mois de prison ferme.

Le brouillage des téléphones revient sur le devant de la scène

D’après La Charente Libre, le détenu avait déjà écopé d'une sanction administrative en janvier, où « trois portables avaient alors été retrouvés dans sa cellule ». Ce fait divers a de ce fait remis sur le tapis la lancinante question de l’utilisation de téléphones portables par les prisonniers, qui est revenue de manière régulière sur le devant de la scène au fil des dernières années.

Interrogé mardi sur Europe 1, le nouveau ministre de la Justice, Jean-Jacques Urvoas, a expliqué qu’il comptait apporter deux réponses à ce problème. Premièrement, rendre les téléphones « inutilisables, donc il faut les brouiller ». Et ce grâce à « une technologie particulière, parce que sinon toutes les habitations qui sont autour des prisons vont être brouillées ». Un chantier effectivement délicat, déjà engagé sous Christiane Taubira, puisque 3 millions d’euros avaient été débloqué en ce sens l'année dernière (voir notre article). Deuxièmement, le Garde des Sceaux a évoqué un renforcement de « l’étanchéité » des prisons, afin d’éviter que les détenus puissent se faire transmettre des téléphones. L’ancien président de la commission des lois a précisé que 30 000 portables avaient été saisis en 2015 par l’administration pénitentiaire.


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