L'ICANN a nommé son prochain PDG, le suédois Göran Marby

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Guénaël Pépin

L'ICANN a trouvé son futur PDG, Göran Marby, directeur général de l'ARCEP suédoise. Il entrera en fonction en mai et succèdera à l'Américain Fadi Chehade, qui a initié la sortie de l'organisation du contrôle américain. Un long chemin reste tout de même à parcourir, notamment pour concilier la volonté de la direction de l'ICANN à celle de sa communauté.

Göran Marby, le directeur général de l'ARCEP suédoise (PTS), sera le prochain PDG de l'ICANN. L'organisation, qui gère les ressources mondiales d'Internet (comme les adresses IP et les noms de domaine), a annoncé la nomination dans un communiqué publié lundi. Pour sa prise de fonctions, il quittera la Suède pour Los Angeles.

« Son expérience dans la direction en tant que PDG et fondateur de start-up, ainsi que son expérience en tant que directeur général de l'Autorité des télécoms et des postes suédoise, sera inestimable alors que l'ICANN avance vers le prochain chapitre de son histoire » justifie l'ICANN.

Un changement de président entre mars et mai

Le prochain PDG de l'institution succédera en mai à l'Américain Fadi Chehadé, nommé à ce poste en juin 2012 et qui quittera ses fonctions en mars. L'intérim sera assuré par Akram Atallah, président de la division domaines. Cela alors que le travail sur la transition de l'ICANN de sa tutelle américaine à un contrôle par sa communauté reste important. Ainsi, alors qu'elle devait intervenir le 30 septembre dernier, la fin du contrôle américain sur l'ICANN a finalement été repoussée d'un an, au 30 septembre 2016.

Fadi Chehadé, l'un des principaux architectes de cette transition, ne cache pas les difficultés qui attendent l'organisation. « Les prochains mois seront déterminants pour notre succès et ils seront difficiles, mais nous sommes à la veille de quelque chose de vraiment remarquable, le triomphe du modèle multipartite » affirmait le PDG de l'ICANN dans son billet de départ en août, peu avant le report de la date de transition.

Une transition sous haute tension

L'enjeu : garantir une gouvernance multipartite d'Internet (incluant les entreprises et la société civile), là où certains pays préfèreraient un contrôle d'Internet par les États sous l'égide de l'ONU. Des pays comme la Chine ou la Russie, bien connus pour leur attachement aux libertés numériques, sont en tête de file pour imposer une vision onusienne d'Internet.

S'ils ont été longtemps considérés comme extrêmes, l'affaire Snowden a jeté une lumière nouvelle sur le contrôle d'Internet par les États-Unis, les premiers promoteurs d'une gouvernance multipartite qui, au fond, ne profiterait qu'à eux. Surtout, le spectre de l'ONU est devenu l'épouvantail préféré de l'ICANN, notamment pour forcer certaines décisions.

Dans ce débat, l'organisation est le plus grand symbole du contrôle américain, malgré son simple rôle de gestionnaire de ressources. Fin 2013, sa direction a donc annoncé sa volonté de s'émanciper, en amont d'un sommet au Brésil sur le sujet. Depuis, l'organisation tente une transition difficile vers une gouvernance par « la communauté Internet », qui doit tenir éloigné le spectre d'un contrôle des ressources du Net par les pays seuls.

Des différends entre direction et communauté

Cette transition s'effectue d'ailleurs sous le contrôle strict de l'administration américaine, qui a posé plusieurs exigences pour accepter d'abandonner sa mainmise. La principale est que le contrôle de la communauté soit réel, pour garantir une gouvernance qui soit bien multipartite. Pour mémoire, l'ICANN est une organisation avec son conseil d'administration, ses employés et trois communautés : celle des noms de domaine, celle de la numérotation (dont les adresses IP) et celle des paramètres du réseau (menée par l’IETF, où se décident les standards du Net).

En août, l'ICANN a présenté un plan précis pour sa transition (voir notre analyse), qui est une compilation des propositions des trois communautés, qui se complètent. Comme nous l'avions analysé à l'époque, avec ce plan, la communauté doit avoir un pouvoir sans précédent à l'ICANN. Contrairement à aujourd'hui, elle pourrait opposer un veto aux décisions du conseil d'administration, notamment sur le budget, ou limoger les membres du bureau. Cette séparation des pouvoirs, qui est déjà une proposition négociée, serait encore jugée trop extrême par les dirigeants de l'organisation.

Comme le relatait The Register en octobre, le board fait planer le spectre d'un échec de la transition si elle est repoussée. Pour une adoption rapide, la communauté devrait ainsi renoncer à certains pouvoirs proposés en août, au motif qu'elle ne serait pas assez représentative de la communauté Internet au sens large.

Il faudra donc voir si l'arrivée de l'Européen Göran Marby sera l'occasion d'une meilleure communication entre conseil d'administration et communauté, alors que l'échéance est de plus en plus proche. Si personne n'a d'intérêt à un échec de la transition, surtout pas les États-Unis, le chemin reste encore long. Les parties ont donc jusqu'à septembre pour se décider sur un plan fixe, pour enfin permettre la transition de la fonction IANA hors des mains de l'administration américaine.


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