Après son rachat, Qobuz nous présente ses pistes pour se développer en 2016

Cours de rattrapage 9
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Crédits : ocean yamaha (CC BY-ND 2.0)
Streaming
Guénaël Pépin

Le nouveau propriétaire de Qobuz, Xandrie, a présenté les idées qui doivent aider le service en ligne cette année. Au programme : forfait famille, fonctions sociales et nouvelles applications. La société de Denis Thébaud compte investir 12 millions d'euros dans les prochaines années, en gardant le même cap qu'auparavant.

Qobuz est relancé et prépare de grosses évolutions pour 2016. Après sa reprise fin décembre, le service de streaming et de téléchargement de musique haute-fidélité reprend sa marche. Son nouveau propriétaire, Xandrie, a annoncé hier les nouveautés prévues dans les prochains mois, sur le fond et la forme. Nous avons également pu discuter de la stratégie à venir avec l'entreprise, qui compte rester dans la droite lignée de l'ancienne direction.

Pour rappel, Qobuz est un service qui vise un public « mélomane », avec une forte emphase sur la qualité de son, l'éditorialisation et l'aide au choix de matériel audio. Malgré des dizaines de milliers de clients et un chiffre d'affaires en hausse de 55 % en 2015, l'entreprise a longtemps été en difficulté, faute d'investisseur prêt à donner au service les moyens de ses ambitions, notamment à l'étranger.

Après un an de procédure de sauvegarde et un redressement judiciaire, Xandrie est enfin venue à la rescousse de Qobuz. Pour l'instant, l'entreprise édite Allbrary, un magasin culturel en ligne. « Avec Xandrie, j’ai décidé de devenir le spécialiste de la culture et du divertissement. J’avais déjà repéré Qobuz il y a environ un an. Quand il y a eu l’annonce qu’ils cherchaient un repreneur en octobre, nous nous sommes mobilisés » nous explique son patron, Denis Thébaud. « On avait beaucoup d’a priori, mais on a découvert une équipe formidable, passionnée » poursuit-il. L'activisme des clients et le soutien des majors ont aussi rassuré le repreneur.

Une nouvelle refonte des applications, avec plus de fonctions

L'annonce d'hier était surtout destinée à montrer les idées qui devraient être concrétisées en 2016, même si les détails manquent encore. Le service compte d'abord revoir ses applications, avec le support du Hi-Res (audio 24 bits) sur toutes les plateformes, une nouvelle interface et un nouveau moteur de recherche. La dernière refonte de ces applications date d'à peine un an, avec l'arrivée de nouvelles fonctions entretemps, comme le support du Chromecast en Hi-Res.

Une nouvelle application mobile Qobuz Mag, qui reprendra la partie magazine du service, est aussi prévue... Tout comme le Hi-Res sur Windows Phone. Pour le reste, Qobuz doit se livrer cette année à une grande séance de rattrapage face aux géants du streaming, comme Deezer ou Spotify.

Alertes, forfait familial, recommandations... Des ébauches d'idées

En 2016, le service doit ainsi inaugurer un forfait familial (Qobuz Family), comme tant d'autres en proposent aujourd'hui. Selon Denis Thébaud, il concernera tous les abonnements en streaming, du basique en MP3 à l'offre « Sublime » en 24 bits. Par contre, les prix et la date d'arrivée restent un mystère, tout n'étant pas arrêté. Il doit arriver au second semestre, selon les négociations avec les majors, pour un prix « beaucoup moins cher qu’un abonnement solo ».

Surtout, le service doit ajouter toute une ribambelle de fonctions qui lui font gravement défaut aujourd'hui. Qobuz doit ainsi se doter de meilleurs moyens de recommandation (algorithmes, listes de lecture et webradios) et d'alertes sur des artistes et albums, comme le proposent Deezer ou Spotify. 

De nouvelles fonctions de partage doivent aussi apparaître, comme des communautés d'utilisateurs par affinités, apprend-on. L'API Qobuz doit pour sa part passer à la « v3 » et s'enrichir, à la fois sur les métadonnées et dans ses intégrations dans des matériels et applications tierces.

Toutes ces nouveautés ne sont pourtant pas garanties. Comme nous l'affirme le patron de Xandrie, ce ne sont que des pistes qui étaient déjà dans les tuyaux de Qobuz. L'équipe doit lui présenter un plan détaillé fin janvier lors d'un séminaire. En clair, au-delà de l'annonce, tout reste vraiment à construire, y compris avec les partenaires.

Injecter 12 millions d'euros tout en gardant le cap

Pour répondre à ses ambitions, Daniel Thébaud compte injecter 12 millions d'euros dans Qobuz sur cinq ans. Sept millions d'euros seront consacrés au marketing, notamment à l'étranger, et cinq millions à la technique. Des montants qui correspondent à ce qu'espérait globalement le cofondateur du service, Yves Riesel. « Ça ne veut pas dire que Qobuz n’avait pas de marketing et ne faisait pas de technique, mais qu'elle n'avait pas les moyens de ses ambitions » affirme Denis Thébaud.

Qobuz est déjà présent dans neuf pays européens, même s'il n'en avait pas les moyens, nous expliquait Yves Riesel. Les sept millions d'euros supplémentaires doivent contribuer à la communication et aux partenariats.

Côté technique, l'argent doit permettre au service de « renforcer son système d'information », notamment pour ingérer plus de métadonnées par morceau. L'un de ses objectifs est de passer d'un modèle centré sur l'album à une gestion par piste, qui doit le rendre plus accessible. Cet investissement est aussi censé améliorer la gestion commerciale de l'entreprise. Cette plateforme technique sera d'ailleurs partagée avec Allbrary, nous affirme-t-on.

Pour Xandrie, le but est de respecter les choix de Qobuz. « La rencontre avec les fondateurs (Alexandre Leforestier et Yves Riesel) chez l’administrateur judiciaire. On est tombés assez vite sur la même longueur d’onde. Nous adhérions à la direction artistique et aux choix. Ça a énormément facilité les relations avec Yves Riesel », qui reste en conseil externe pendant la transition, nous affirme Xandrie. 

Deux services de musique dans un même groupe ?

Qobuz est un choix logique pour Xandrie, qui compte multiplier les acquisitions « dans la culture et le divertissement » dans les prochains mois. « Nous cherchons des entreprises qui ont un potentiel de développement, très riches humainement et qui ont besoin de s'adosser à groupe en préservant leur identité » nous affirme son patron.

Reste que la stratégie a mis du temps à se mettre en place. Ainsi, quand le magasin culturel en ligne Allbrary devait se lancer en 2013, il a finalement ouvert début 2015. « On a mis beaucoup de temps à construire les fondations de nos services, qui doivent être très bonnes quand on s'adresse à un marché mondial » défend Xandrie.

Dans ses prochains lancements, l'entreprise devra aussi veiller à la cohérence. Elle compte ainsi lancer un service musical lié à Allbrary au second semestre, qui devra être « différent de Qobuz », sans plus de précisions. « Dans tous les domaines, vous avez une clientèle plus exigeante, c’est sur ce créneau qu’on se positionne » avec Qobuz, se contente-t-elle d'expliquer.


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