OpenAI, une alliance ouverte pour la recherche sur l'intelligence artificielle

Elon Musk affronte ses peurs 33
En bref
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Crédits : VLADGRIN/iStock/Thinkstockl
Applications ANALYSE
Vincent Hermann

Plusieurs personnalités et entreprises se sont réunies pour former une alliance autour de l’intelligence artificielle. Nommée OpenAI, cette initiative a pour but de financer des travaux dont les résultats pourront profiter à tous. Elon Musk, l’un des membres fondateurs, rêve ainsi d’une « intelligence artificielle générale » qui pourrait s’occuper de presque tout type de calculs.

OpenAI est à la fois une alliance, une initiative et une société de recherche à but non lucratif. Ses membres fondateurs sont des industriels connus ou des entreprises ayant un intérêt direct à voir se développer des outils améliorés et de nouvelles pistes de recherche pour l’intelligence artificielle. Les deux co-présidents seront ainsi Elon Musk, qui dirige Tesla et SpaceX, et Sam Altman, le patron d’Y Combinator. Ilya Sutskever, chercheur travaillant auparavant chez Google, sera le directeur de recherche de la structure, et on compte d’autres têtes connues, comme l’investisseur Peter Thiel, ainsi que des entreprises telles qu’Amazon (sa branche Web Services) et l’Indien Infosys.

Un budget d'un milliard de dollars pour l'instant

Le fonctionnement d’OpenAI est un peu particulier. L’acte de fondation prévoit un budget d’un milliard de dollars, mais dont seule une petite partie sera utilisée durant les premières années de travail. L’activité sera évidemment centrée sur le développement de nouvelles techniques autour de l’intelligence artificielle, qui seront ensuite librement utilisables par d’autres structures. Le communiqué annonce cependant que la route sera parsemée d’embuches : « L’aboutissement de cette aventure est incertain et le travail sera difficile, mais nous pensons que l’objectif et la structure sont justes ».

Le communiqué s’attarde sur un changement profond de la perception de l’intelligence artificielle. Les fondateurs d’OpenAI rappellent ainsi que durant les premières années, beaucoup pensaient que travailler sur la résolution de tâches spécifiques, comme une partie d’échecs, déverrouillerait l’accès à une compréhension plus globale de l’influence humaine et donc de sa synthèse. Mais chaque solution trouvée restait spécifique à un problème, sans nécessairement pouvoir être généralisée. En apprentissage profond, utilisé par pratiquement tous les services en ligne, les architectures doivent au contraire s’adapter automatiquement à de nouveaux cas, sans que les développeurs aient besoin de créer de nouveaux algorithmes. Ce qui suppose évidemment qu’une telle architecture soit à même d’identifier les situations pour y faire face correctement.

« les chercheurs seront fortement encouragés à publier leurs travaux »

Le but d’OpenAI ? Aller justement dans le sens de la généralisation : « Il est difficile de prédire quand une intelligence de niveau humaine sera à portée. Quand ce sera le cas, il conviendra d’avoir une institution de pointe dans la recherche capable de mettre la priorité sur de bons résultats pour tous, plutôt que sur son propre intérêt ». En tant que structure à but non lucratif, son but est de « de créer de la valeur pour tous plutôt que pour les actionnaires ». De fait, « les chercheurs seront fortement encouragés à publier leurs travaux, qu’il s’agisse de compte-rendu, de billets de blog ou de code ». OpenAI ajoute : « Nos brevets (s’il y en a) seront partagés avec le reste du monde. Nous collaborerons librement avec d’autres à travers de multiples institutions et espérons travailler avec des entreprises pour chercher et déployer de nouvelles technologies ».

OpenAI a déjà attiré plusieurs chercheurs assez connus dans le domaine de l’intelligence artificielle, notamment Trevor Blackwell, Vicki Cheung, Andrej Karpathy, Durk Kingma, John Schulman, Pamela Vagata et Wojciech Zaremba. Il manque cependant de nombreuses informations sur le fonctionnement précis de la structure, ou sur son financement. On ne sait pas par exemple comment le milliard de dollars sera dépensé, ni pourquoi OpenAI ne compte en utiliser qu’une petite partie durant les premières années. On ne connait pas non plus la participation exacte de chaque membre fondateur.

Il est par ailleurs amusant de voir Elon Musk prendre une part très active quand on sait que l’industriel éprouve certaines angoisses face à l’intelligence artificielle. Il a cependant indiqué au New York Times : « Il existe toujours un risque qu’en essayant de faire progresser l’intelligence artificielle, nous créions en fait la chose qui nous inquiète ».

Des retombées potentiellement très larges

Les domaines d’application des résultats sont en tout cas très nombreux. Une entreprise telle qu’Amazon pourra ainsi profiter directement des avancées réalisées sur l’apprentissage profond et les réseaux neuronaux. L’intelligence artificielle étant par ailleurs au cœur des voitures autonomes, on imagine qu’Elon Musk attend avec impatience les premiers retours pour enrichir les gammes Tesla. Outils d’analyse et décisionnels, diagnostics médicaux, robots chirurgiens, services en ligne, assistants divers : les champs d’applications ne manquent pas.

On peut se demander enfin si l’initiative n’attirera pas de nouveaux participants dans les prochaines années. Microsoft, Apple, Google ou encore IBM ne sont pas impliqués dans la structure, alors même que ces entreprises investissent lourdement dans ce domaine. En outre, les centres de recherche sur l’intelligence artificielle ne sont pas nouveaux. Par exemple, le co-fondateur de Microsoft, Paul Allen, a déjà créé un institut à but non lucratif l’année dernière, avec les mêmes objectifs. Les universités travaillent elles aussi sur ce type de technologie, notamment Stanford. De son côté, Facebook a déjà lancé son AI Research depuis plusieurs mois.

Le chercheur Eric Horvitz lui a d’ailleurs fait don d’une somme inconnue pour étudier l’impact de l’IA sur le quotidien. Le constructeur Toyota va lui aussi investir un milliard de dollars dans un laboratoire près de Stanford, pour un programme de recherche sur cinq ans qui portera sur l’intelligence artificielle et les technologies robotiques. Qui sait, le transit de masse automatisé de Minority Report n’est peut-être plus si loin.


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