Big Data : quand l’Insee s’intéresse aux données des opérateurs de téléphonie mobile

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Crédits : oneinchpunch/iStock
Téléphonie ANALYSE
Marc Rees

Et si les données des téléphones mobiles permettaient d’aiguiser les statistiques publiques ? En quête de Big Data, l’Insee en a la conviction et fait actuellement le tour des opérateurs français, en préparation des futures obligations nées de la loi Lemaire.

L’Institut national de la statistique et des études économiques est une direction générale du ministère de l'Économie et des Finances. Sa mission est de « collecter, analyser et diffuser des informations sur l'économie et la société française sur l'ensemble de son territoire ».

Cet organisme public s’est rapproché de plusieurs opérateurs pour leur dire combien l’exploitation des données issues des téléphones mobiles lui serait précieuse. L’enjeu de ce Big Data ? « Construire des statistiques d’intérêt général, comme la mesure de la population présente sur un territoire qui permet aux pouvoirs publics de mieux dimensionner leurs équipements ». Voilà ce qu’elle leur a écrit récemment dans le courrier dont nous avons pu prendre connaissance.

Quels cas pratiques ?

L’Institut cite plusieurs exemples concrets  : « la gestion des risques sanitaires, des moyens de secours, des réserves d’eau potable, du traitement des déchets, de la sécurité incendie, etc. » et ce, « en fonction de la population maximale pouvant être présente sur les lieux ». Toutes ces problématiques pourraient ainsi être mieux gérées en exploitant les données puisées à partir des abonnés, histoire de mesurer par exemple la concentration de la population sur un territoire et un temps donnés.

Aux acteurs qui craindraient des mesures quelque peu intrusives, l’Institut ajoute que ces précieux carburants numériques seraient « strictement limités à la production de statistiques agrégées. Ils ne pourront être mis en œuvre que sur la base du secret des affaires, du respect de la confidentialité des données (…), dans un cadre technique donnant toutes les garanties en matière de sécurité, et sans porter atteinte à la valeur économique des données par les opérateurs au regard des usages qu’ils en font ». Spécialement, les dispositions de la CNIL seraient bien entendu suivies à la lettre.

Un groupe de travail conjoint entre l’Insee et la CNIS (commission nationale de l’information statistique), présidé par Michel Bon, l’un des anciens patrons de France Télécom, planche depuis plusieurs mois sur la question. Un livre blanc gorgé de « propositions opérationnelles » est d’ailleurs attendu d’ici la fin de l’année.

Big Data et projet de loi Lemaire

Ce rapprochement entre l’Insee et les opérateurs de téléphonie mobile ne doit rien au hasard. Dans le projet de loi Lemaire, enregistré cette semaine à l’Assemblée nationale, une des dispositions permettra au ministre de l’Économie d’imposer justement aux entreprises la transmission « par voie électronique » des « informations présentes dans les bases de données » détenues par les entreprises.

L’objectif global pour le gouvernement serait l’efficacité et l’économie, mais aussi, pour le cas présent, de disposer des données de meilleure qualité sur des informations actuellement inaccessibles. Les acteurs n'auront pas d'alternative : ceux qui refuseraient finalement de transmettre les données sollicitées, pourraient se voir infliger 25 000 euros d’amende, voire 50 000 euros en cas de récidive dans les trois ans, sans compter des mesures de publicités de la sanction.

Pour tenter de rassurer le plus grand nombre, plusieurs garanties légales sont posées par l’article 12 du texte Lemaire. Citons notamment une garantie de finalité (l’établissement de statistiques) et d’anonymat (les données produites ne devront pas permettre l’identification de la société enquêtée). De plus, les conditions de réalisation de ces enquêtes, leur faisabilité, leur opportunité, les modalités de collecte, etc. feront toutes l’objet d’une concertation entre ce service et les entreprises, un mode opératoire habituel au sein de l’Institut, qui serait désormais accompagné par la loi.

Enfin, le règlement européen encadrant ces pratiques pose deux autres principes : les données confidentielles ne peuvent être utilisées qu'exclusivement à des fins statistiques. En outre, des mesures doivent être prises pour empêcher leur divulgation illicite.

Les exigences des opérateurs

Des réunions bilatérales ont déjà été nouées « avec trois opérateurs suite à des contacts avec la Fédération Française des Télécom » indique l’Insee dans cet autre document datant de novembre dernier.

Si ces travaux ne sont pas encore finalisés, on retrouve l’idée déjà exposée, avec des indicateurs permettant de déterminer « le nombre moyen et maximal de personnes présentes en nuitée au niveau communal » (semaine/week-end) et ce, afin de « calibrer des équipements et des services d’urgences. »

Il y a évidemment des exigences exprimées en retour. Les trois opérateurs de téléphonie mobile demandent que « les indicateurs diffusés ne [fassent] pas de concurrence à leur marché développé très récemment ». Orange par exemple investie déjà sur le Big Data pour apporter des solutions très concrètes aux besoins de certaines entités (voir dans le Sud de la France visant à mesurer la fréquentation touristique « en exploitant les données collectées par le réseau de téléphonie mobile »). Autre revendication, les coûts devraient demeurer « faibles », ou sinon « pris en charge par l’administration ». Il s’agit là d’une revendication habituelle, dès lors que l’État appelle l’intervention des opérateurs.

Dernier point névralgique, ô combien sensible : « les échanges de données [doivent respecter] leur politique de protection de la vie privée vis-à-vis de leurs clients ».


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