HelloAsso, le financement participatif au service des associations

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Crédits : HelloAsso
Solidarité ANALYSE
Kevin Hottot

Dans le domaine du financement participatif, certains acteurs se concentrent sur une niche précise. C'est par exemple le cas de HelloAsso qui, avec une offre gratuite, cible les 1,3 million d'associations françaises qui cherchent à lever des fonds tous les ans pour assurer leur fonctionnement.

Quand on parle de financement participatif, il est plus souvent question de lever des fonds pour lancer la production du dernier gadget à la mode, ou d'un jeu vidéo que tout le monde aura oublié dans un an. Pourtant, les plateformes de crowdfunding n'ont pas toutes cet objectif-là, et certaines ciblent un marché bien plus spécifique mais pourtant gigantesque, celui des dons aux associations.

Il y a en France plus de 1,3 million d'associations, qui cumulent à elles toutes 35 milliards d'euros chaque année de transactions avec les particuliers et les entreprises. Un chiffre qui englobe bon nombre d'activités, du club de football du coin aux associations d'envergure nationale. Ces associations organisent des évènements, récoltent des cotisations auprès de leurs adhérents, et bien souvent pour les plus petites, les moyens de paiement proposés sont restés bloqués au XXe siècle.

HelloAsso, « une boîte à outils pour les associations »

C'est à ce moment là qu'intervient HelloAsso, une start-up fondée en 2010 qui se présente comme « une boîte à outils pour les associations » nous explique Ismaël Le Mouël, son président et cofondateur. Elle permet actuellement à environ 10 000 associations situées en métropole et dans les DOM-TOM de collecter des fonds auprès de leurs adhérents et plus globalement du grand public. Environ 8 000 apparaissent dans l'annuaire de la plateforme tandis que 2 000 autres ont choisi au moment de leur inscription de ne pas y figurer.

Le principe est assez simple, l'association se présente à la plateforme, qui vérifie son existence juridique avant de lui permettre de créer sa propre page sur le site. L'organisme s'y présente alors, explique ce qu'il souhaite financer et propose aux internautes d'y contribuer. Quand le don est éligible à une déduction fiscale, le montant de cette dernière est précisée et le site émet le reçu adéquat. 

HelloAsso

Dans le cas d'un don, les contreparties offertes aux internautes sont limitées : elles ne doivent pas excéder 25 % de la valeur du don. « Nous voyons souvent des contreparties "émotionnelles" comme la participation à une fête ou une carte postale », nous explique-t-on. Par contre, les associations peuvent également se servir de la plateforme pour gérer la billetterie en ligne pour un de leurs évènements ou pour collecter les cotisations de leurs adhérents.

Il faut accompagner les associations dans leur transition numérique

Selon Ismaël Le Mouël, « la moyenne d'âge des dirigeants d'associations tourne autour de 60 ans, il est nécessaire de les accompagner dans leur transition vers le numérique. On leur propose donc des outils, mais aussi des éléments pour comprendre ce qu'il faut faire ou pas du point de vue de leur présence numérique ». Cet accompagnement passe par la mise à disposition d'outils sur la plateforme, qui facilitent certaines tâches, telles que l'émission de reçus fiscaux, mais aussi par des formations en ligne gratuites.

De ce côté-là, HelloAsso se présente « comme un passe plats » explique son fondateur. « Nous ne prélevons aucune commission sur les dons et les transactions. Le contributeur est débité directement, et l'association reçoit les fonds dans la foulée. Nous faisons de même avec les données personnelles des participants, elles appartiennent aux associations et nous ne les exploitons pas. Nous ne nous servirons jamais de l'e-mail d'un contributeur pour lui proposer de donner à d'autres organismes » nous assure-t-on. Les organismes peuvent également entrer leurs propres bases de données dans le back-office de la plateforme, afin d'en faciliter la gestion. Là encore, HelloAsso promet de ne pas exploiter ces informations.

HelloAsso collecte
Crédits : HelloAsso

La recette semble fonctionner, puisqu'en 5 ans, 15 millions d'euros ont été collectés pour le compte d'associations. 11 millions concernent des dons directs, tandis qu'environ 2 millions proviennent d'adhésions et encore 2 autres millions de la billetterie pour des événements ponctuels. Ces 2 derniers postes affichent une croissance « solide » et globalement, « la courbe des montants récoltés suit une progression exponentielle ».

Deux piliers pour un modèle économique

Pour survivre sans prélever de commissions, HelloAsso compte sur la générosité des internautes. La plateforme leur propose de lui laisser un pourboire lors de la finalisation d'une transaction, et selon Ismaël Le Mouël, environ 60 % des contributeurs laissent une petite pièce pour le service. En moyenne, le pourboire laissé correspond à 4 % de la somme offerte, « ce qui est plus faible que les 8 % habituellement ponctionnés par les sites de financement participatif traditionnels et c'est une bonne chose », note le dirigeant. 

Avec 800 000 euros de chiffre d'affaires cette année, HelloAsso est parvenu à trouver l'équilibre sur le plan financier. Une moitié des revenus provient des pourboires laissés par les internautes, et l'autre par la vente de licences sur les technologies que la start-up a développé. Parmi ses clients, on retrouve notamment Orange, qui les intègre dans Orange Collecte, une application de transfert de fonds utilisée par l'opérateur sur le continent africain.

Orange CollectePayZen Don

Pour gagner en visibilité, HelloAsso s'est associée avec PayZen, une plateforme de paiement en ligne qui dispose d'une fonctionnalité baptisée « L'arrondi ». Elle permet à un site marchand de proposer à ses clients d'arrondir le montant de leurs achats en faisant un don à une association, choisie par le commerçant. HelloAsso s'occupe alors de la gestion de ce don.

Jusqu'ici, AlloResto est le seul acteur notable du marché français à avoir opté pour cette solution, en proposant à ses clients de donner pour Action contre la faim. Ces micro-dons « ne représentent qu'une part marginale des sommes collectées jusqu'ici » par HelloAsso. La start-up estime par contre que ce partenariat permet surtout de « montrer [sa] capacité à innover ».

Une levée de fonds et un soutien de l'Elysée pour tenir le cap

Si l'entreprise est rentable depuis cette année, elle a par le passé dû piocher dans ses propres réserves pour soutenir sa croissance. Heureusement, elle a pu compter sur quelques coups de main pour se maintenir. Trois fonds d'investissement français ont ainsi pris part à la première (et seule) levée de fonds de la société en 2013, pour un montant d'un million d'euros. 

HelloAsso a également pu compter sur le soutien de l'Elysée, dans le cadre de l'initiative « La France s'engage », un fonds doté de 50 millions d'euros destiné à soutenir des entreprises innovantes pendant la durée du quinquennat de François Hollande. Un engagement de l'État qui selon Ismaël Le Mouël prend plusieurs formes avec la mise à disposition « de moyens, d'un réseau, et de soutien personnalisé ». La jeune pousse ne profite par contre d'aucune autre forme de subvention publique, que ce soit au niveau local ou national.

Fundraiser : même pas peur

Sur sa niche, HelloAsso n'a pas vraiment de concurrent qui se dégage pour le moment. La jeune pousse française doit par contre tenter de défendre son territoire face à Ulule ou KissKissBankBank qui sont également utilisés par des associations pour mettre sur pied leurs projets, même si ce n'est pas la finalité première de ces deux plateformes.

Depuis peu, Facebook s'est également lancé sur le créneau des levées de fonds caritatives, avec son initiative Fundraiser. Pour l'heure, l'accès à cet outil n'est réservé qu'à quelques ONG triées sur le volet et il n'est toujours pas possible de participer à une campagne depuis la France. HelloAsso n'y voit pas une forme de concurrence, bien au contraire, la plateforme se dit « plutôt ravie » de l'initiative prise par le réseau social.

Facebook Fundraiser

« Nous sommes conscients que les levées de fonds caritatives reposent sur la viralité. Les donateurs doivent être des ambassadeurs des causes qu'ils défendent, que Facebook s'intéresse à cela est donc intéressant, d'autant plus que l'intégration directe du paiement dans leur système facilite l'acte », résume Ismaël Le Mouël.

Quelques zones d'ombre subsistent cependant selon le responsable. Facebook étant une organisation multinationale, elle n'a pas forcément de compétences particulières pour gérer les spécificités de chaque pays en matière de régulations fiscales. Autre point de détail : quid des données personnelles des donateurs ? Le réseau social les garde-t-il jalousement ou bien les partage-t-il avec les ONG ? Enfin, quid des commissions prélevées par la firme de Mark Zuckerberg ? Aucune de ces questions n'a encore de réponse actuellement.

Quoi qu'il en soit, en ce mois de décembre toujours plus prompt à engendrer des gestes de générosité, la plateforme par laquelle transitent nos dons importe peu. Ce qui compte, c'est que chacun puisse faire un geste. En ce sens, disposer de plusieurs options pour faire ses dons ne peut être qu'une bonne chose.


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