Des associations dénoncent le « partenariat indigne » entre Microsoft et l’Éducation nationale

Le partenaire de la guerre 259
En bref
image dediée
Crédits : Jason Doiy/iStock
Environnement
Xavier Berne

Comme on pouvait s’y attendre, le récent partenariat conclu entre Microsoft et l’Éducation nationale (en vue du grand plan pour le numérique à l’école) est sous le feu des critiques. Des associations pointent aujourd’hui du doigt une dangereuse « collusion d’intérêts ».

Au total, ce sont douze organisations qui dénoncent un « partenariat indigne des valeurs affichées par l'Éducation nationale » : des militants du logiciel libre (April, AFUL, Framasoft, Adullact...) aux syndicats d’enseignants – à l’image de la CGT Éduc'Action ou de la SGEN-CFDT. Tous sont remontés contre l’accord de 18 mois dévoilé lundi par la Rue de Grenelle, et en vertu duquel la firme américaine propose aux établissements scolaires français des suites Office 365 Education (avec les versions cloud de Word ou Excel), de nombreuses formations relatives à ses produits, différents outils d’apprentissage du code, etc.

Aux yeux des signataires de ce communiqué, il y a une évidente « collusion d'intérêts ». « Ce partenariat prévoit de présenter une fois de plus aux élèves un logiciel privateur et des formats fermés comme seuls outils incontournables et par voie de conséquence la dépendance comme modèle à adopter. Tout cela tend à renforcer la position dominante de l'entreprise américaine, au détriment des logiciels libres et des formats ouverts, qui pourtant respectent les principes élémentaires de neutralité et d'interopérabilité. » Même s’il est bien précisé que cette convention « ne présente aucun caractère d’exclusivité », on imagine facilement qu’en prenant l’habitude d’utiliser des produits Microsoft à l’école, les enfants et adolescents auront ensuite du mal à se détacher des programmes du géant américain...

« N'hésitez pas à proposer » rétorque le ministère

Si cet accord n’a rien de nouveau (comme nous le soulignions lors la signature le 9 novembre dernier par Satya Nadella, PDG de Microsoft, d’un chèque de 13 millions d’euros au profit de l’Éducation nationale), un tel signal reste très mal vécu par les détracteurs de ce nouveau partenariat. Ceux-ci rappellent qu’il va à contre-courant des positions exprimées par les citoyens lors de la récente consultation relative au projet de loi numérique, notamment. Ils n’hésitent pas à rappeler d’autre part que le candidat Hollande avait toujours déclaré que la jeunesse était sa grande priorité. « Visiblement, une nouvelle fois, la jeunesse et la formation des esprits sont sacrifiées au profit d'intérêts économiques de grandes firmes américaines » raillent à cet égard les signataires du communiqué.

Interpellé sur Twitter par de nombreux internautes, le cabinet de la ministre de l’Éducation a tenté de se défendre en invitant les internautes à lui signaler l'existence de solutions libres. Contactée pour davantage d’éclaircissements, la Rue de Grenelle n’a cependant pas retourné nos sollicitations (pour l'instant).


chargement
Chargement des commentaires...