L'inquiétude grandit autour des futurs tarifs des réseaux publics en fibre

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Crédits : arcoss/iStock/Thinkstock
FAI
Guénaël Pépin

Des associations de collectivités, d'industriels et un opérateur s'alarment des nouveaux tarifs de gros bientôt décidés par l'ARCEP. Pour ces acteurs, les prix bientôt fixés par l'ARCEP sur les réseaux publics en fibre sont trop élevés et ne permettraient pas aux réseaux publics de concurrencer efficacement les réseaux privés.

L'association des collectivités locales sur le numérique (AVICCA), la Fédération des industriels des réseaux d'initiative publique (FIRIP) et un opérateur (Coriolis) montent au créneau pour dénoncer les futurs tarifs de gros que l'ARCEP compte imposer sur les réseaux d'initiative publique (RIP). Pour rappel, ceux-ci doivent couvrir en fibre optique (FTTH) près de la moitié de la population dans les zones peu denses, que les opérateurs privés ne considèrent pas rentables. Aujourd'hui, les prix de ces réseaux publics ne sont pas harmonisés, ce qui peut mener à des incohérences entre départements ou entre offres.

Comme lui demande la loi Macron, l'ARCEP a mis en consultation publique des lignes directrices sur les prix de gros pour les dizaines de réseaux publics qui commencent à sortir de terre (voir notre analyse détaillée). Selon le régulateur des télécoms, ces prix sont progressifs (selon l'âge du réseau et les besoins de déploiement) et correspondent aux prix pratiqués par les opérateurs privés dans les zones denses. Pourtant, les représentants des industriels des RIP et des collectivités locales sur le numérique ne sont pas du tout de cet avis.

Des tarifs de gros plus chers que les prix finaux en zones denses

Selon les organisations AVICCA et FIRIP, les prix de gros proposés par l'ARCEP sont globalement supérieurs à ceux pratiqués par les opérateurs privés, en ville, pour les clients finaux. « Avec des tarifs d’accès au réseau allant jusqu’à 26 euros HT/mois (31,20 euros TTC) [...] auxquels s’ajoutent leurs propres coûts (box, contenus audiovisuels, commercialisation…), il est impossible de bâtir des offres de détail attractives » affirment-ils dans un communiqué conjoint.

En clair, il serait impossible de répliquer des offres type « 19,99 euros par mois pendant un an », pratiquées sur la fibre par certains opérateurs privés. « Les habitants et professionnels des zones rurales devraient payer plus cher leurs services qu’en zone urbaine » résument les deux organismes.

Pour eux, les tarifs proposés par l'ARCEP auraient pour conséquence d'augmenter les prix finaux, de diminuer l'attractivité des offres et de freiner l'innovation dans les réseaux. « Un relèvement massif des tarifs des RIP, qui rendrait de fait la commercialisation des services « triple play » sur la fibre virtuellement impossible dans les zones peu denses » explique pour sa part l'opérateur Coriolis, dans une tribune dans Les Échos. « Il marquerait l'arrêt du plan France très haut débit à brève échéance pour les « réseaux des champs » et la vente à l'encan (et à perte) au profit d'opérateurs privés, d'infrastructures ayant bénéficié d'argent public pour leur construction » prophétise même la société.

L'ARCEP compte « amender » ses propositions

Les grands opérateurs sont encore très peu présents sur les réseaux d'initiative publique. C'est un énorme problème pour les RIP qui comptent sur ces grands noms pour attirer les particuliers, qui font en majorité peu confiance aux petits opérateurs locaux qui se multiplient avec les réseaux. L'un des points noirs des petits opérateurs est leur capacité à fournir des services TV du niveau de ceux des opérateurs nationaux.

C'est pour y pallier que le service de vidéo à la demande VideoFutur a lancé une box dédiée aux réseaux publics, avec TV et vidéo à la demande incluses. Un premier pas pour combler les attentes des habitants, en attendant ou non les grands opérateurs. Pour l'instant, ils privilégient donc les zones densément peuplées où ils maîtrisent le réseau de bout en bout. Sans leurs offres, les réseaux publics ne pourraient pas être rentables à long terme.

Ces opérateurs privés seraient donc les grands gagnants des tarifs voulus par l'ARCEP, estiment l'AVICCA et la FIRIP. « Demain, sans modification des propositions soumises à consultation, ils seraient en mesure d’exercer une pression structurelle forte sur toute l’économie des réseaux publics » affirment-elles dans leur communiqué. Cela alors que le plus gros d'entre eux, Orange, fait déjà pression sur les élus pour qu'ils privilégient sa montée en débit.

De son côté, l'ARCEP semble bien avoir entendu le message. « Nous avons reçu les éléments des acteurs dans les derniers jours. Ces contributions sont très riches et nous amènent en partie à amender notre travail » expliquait hier Sébastien Soriano, son président, lors d'une audition à l'Assemblée nationale. Restera donc à voir comment le régulateur bougera sur ce dossier une fois la consultation publique close, début décembre.


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