Tempête solaire : ce soir, une aurore boréale peut-être visible depuis la France

G3 au rapport ! 85
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Crédits : Nata-K/iStock
Nouvelle Techno
Sébastien Gavois

Ce soir, une tempête solaire de niveau G3 est annoncée par le centre de prédiction météorologique spatiale américain. Si cela ne devrait pas causer de soucis particuliers, ce phénomène pourrait permettre d'observer des aurores boréales depuis la France, ce qui n'arrive pas forcément tous les jours. Explications.

Les aurores polaires sont des phénomènes naturels relativement impressionnants : ils donnent parfois l'impression que le ciel se « déchire ». Pour la petite histoire, sachez qu'elles se produisent lorsque des particules poussées par le vent solaire viennent heurter notre atmosphère.

Une aurore polaire, c'est quoi exactement ?

Planeterrella, un simulateur d'aurores polaires édité par le CNRS (Centre national de la recherche scientifique) et l'Université Joseph Fourier de Grenoble, en donne l'explication suivante : « certaines collisions sont simplement élastiques, elles renvoient une partie du flux entrant vers l’autre hémisphère le long de la ligne locale du champ magnétique. D’autres collisions peuvent chauffer les électrons ambiants : sous l’effet de fortes précipitations, la température des électrons peut atteindre 9 000 K à 300 km ! De plus, sous l’effet d’une collision, une molécule neutre peut, comme un personnage de dessin animé, se mettre à vibrer dans différentes directions, à tourner sur elle-même. On dit qu’elle est dans un état excité. Elle revient à son état fondamental en émettant des ondes électromagnétiques, parfois dans le domaine visible : cela donne naissance au magnifique phénomène des aurores polaires ». Une explication finalement assez simple pour un phénomène que l'on peut qualifier sans trop de risque de magnifique.

Généralement, les aurores polaires ne sont visibles que dans les régions proches des pôles. On parle d'ailleurs d'aurores boréales dans l'hémisphère nord et australes au sud. De plus, il faut attendre d'avoir une bonne obscurité afin de pouvoir les observer. En effet, si les aurores polaires se produisent continuellement - de manière plus ou moins importante - la lumière du jour (ou bien celle d'une pleine Lune tout simplement) est trop lumineuse et « écrase » complètement l'aurore polaire.

Une aurore boréale visible depuis la France ce soir ? Peut-être...

Le CNRS indique d'ailleurs que « l’intensité lumineuse [d'une aurore polaire] est si faible qu’on peut voir les étoiles les plus brillantes au travers », ce qui ajoute encore un peu de charme à l'ensemble. Ce phénomène se produisant au dessus de 80 km d'altitude, il est également important d'avoir un ciel totalement dégagé et sans le moindre nuage pour en profiter. Autant de conditions qu'il n'est pas toujours facile de réunir au bon moment.

Si vous avez la chance d'en observer une, voici ce qui vous attend selon le CNRS : « Souvent, le phénomène commence par des faisceaux de lumière blanche pâle qui semblent tomber vers la Terre. Le phénomène s’intensifie en une quinzaine de minutes ; il prend l’allure d’un voile qui oscillerait sous l’effet d’un hypothétique vent. En s’intensifiant, l’aurore se diapre de rouge en bas du voile, qui parfois frise le mauve. Plus en altitude, on distingue des franges de vert. Chaque couleur identifie parfaitement son émetteur (oxygène atomique ou moléculaire, azote, etc.) ».

Bref, un superbe phénomène, mais que l'on ne peut généralement pas observer de France, sauf en cas de tempête électromagnétique plus importante que la moyenne. Et c'est justement ce qui va se passer ce soir. Le Space Weather Prediction Center (SWPC) du National Oceanic and Atmospheric Administration (OAAN), qui dépend du département américain du Commerce, a en effet émis un bulletin d'alerte pour ce soir. Il a finalement été modifié lundi soir avec un décallage de la tempête G3 qui devrait finalement se produire entre 22 à 1h, mais aussi mardi 3 de 16 à 19h. Dans tous les cas, il est possible de suivre l'évolution réelle de l'indice KP par ici.

Tempête solaire
Le bulletin modifié lundi soir

L'agence annonce en effet qu'une tempête de force G3 (sur une échelle allant de 0 à 5) est annoncée pour le 2 novembre, avec comme base de temps le Temps Universel Coordonée (UTC), qui est en « retard » d'une heure par rapport à notre fuseau horaire en heure d'hiver (20h en France aujourd'hui donne 19h UTC).

G3 correspond à un niveau « fort » et, toujours selon le SWPC, on peut généralement observer des aurores boréales jusqu'au 50e parallèle (50° nord). En France, cela correspond à quelques villes qui se trouvent au Nord (Paris est à 48° Nord de latitude par exemple). Demain, la tempête ne sera plus que G2 (modérée) et il faudra alors monter au 55e parallèle pour les aurores boréales.

Ciel parfaitement dégagé et un peu de chance sont nécessaires

Parfois, sachez qu'une autre échelle est utilisée : l'indice KP pour Planetarische Kennziffer. Il est un peu plus fin puisqu'il oscille entre 0 et 9, mais c'est surtout dans le bas du tableau qu'il est le plus utile. De 0 à 4 cela correspond en effet à G0, tandis que G1 équivaut à KP 5, G2 à KP 6, G3 à KP 7, G4 à KP 8 et enfin G5 à KP 9. Pour connaitre plus précisément la visibilité des aurores boréales en fonction de cet indice, vous pouvez vous rendre sur le site de Space Weather Live (avec des explications en français).

Selon ce dernier, voici quelques exemples de lieux qui peuvent voir les aurores boréales, à condition d'être dans des conditions parfaites : « cela inclut, mais n'est pas limité à : une vue dégagée vers l'horizon nord ou sud, pas de nuages, pas de pollution lumineuse et l'obscurité totale ». Une tempête de niveau KP 7 (équivalent à G3), sera visible depuis Londres, Bruxelles ou encore Dresde en Allemagne qui est à la même latitude que Dunkerque. Avec KP 8 (G4) on descend à Paris et KP 9 (G5) jusqu'à Marseille.

Sachez que, en moyenne, une tempête G3 n'arrive qu'environ 200 fois par cycle de vie du Soleil, c'est-à-dire par période de 11 ans. Le niveau G4 est deux fois plus rare, tandis que G5 n'arrive que 4 fois pendant ces 11 années. Au total, les tempêtes G1 à G5 ne se produisent que 1 500 jours environ sur une période de plus de 4 000 jours, le reste du temps l'activité est des plus calmes (G0).

Echelle tempête solaire G

Une ligne de visibilité qui passe en-dessous de la France métropolitaine

Quoi qu'il en soit, si l'on en croit les prévisions du SWPC, il y a de bonnes probabilités d'apercevoir des aurores boréales depuis l'Angleterre et le nord de la France, et ce, principalement ce soir entre 22 et 1h heure française ou bien demain entre 16 et 19h. Si la zone verte de présence des aurores boréales ne descend pas très bas (voir carte ci-dessous), ce n'est pas le cas de la ligne de visibilité qui passe carrément au milieu de l'Espagne, ce qui laisse donc une chance à tous les habitants de France métropolitaine... suivant la météo bien évidemment.

Notez que la ligne de visibilité donne la position la plus éloignée d'où il est possible d'observer le phénomène, alors que celui-ci se forme plus haut (ou plus bas suivant l'hémisphère) proximité des pôles (voir les deux captures ci-dessous). Ce soir, elle sera relativement basse.

Pour Keraunos, l'Observatoire Français des Tornades et des Orages violents (une organisation à but non lucratif), cela signifie que « des teintes rosées pourront apparaître à l'horizon nord ». Après l'éclipse totale de super Lune de fin septembre, voilà qui devrait intéresser les amateurs de photos et d'espace.

Il ne s'agit dans tous les cas que de prévisions et il faudra donc attendre ce soir pour savoir ce qu'il en est vraiment de la puissance de la tempête et de sa visibilité ; difficile donc de prévoir en avance si vous aurez la chance d'en observer une. L'horaire devrait néanmoins laisser l'occasion à tout le monde de jeter un oeil dehors pour voir ce qu'il se passe. Comme toujours, n'hésitez pas à nous faire part de vos retours via les commentaires.

SWPC Aurores boréalesSWPC Aurores boréales
Les prévisions du SWPC pour plages horraires de 19-22h (G3/KP 7) et 22-01h (G2/KP 6)


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