[Interview] Xbox One : Microsoft reconnaît une « erreur stratégique importante » au lancement

La convergence a parfois du bon 43
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Consoles
Kevin Hottot

Près de deux ans après l'arrivée de la Xbox One en France il est temps de faire un bilan. Placement stratégique lors du lancement de la console, arrivée de Windows 10, investissement dans l'e-sport, baisse de prix et convergence sont autant de sujets que nous avons abordé avec Hugues Ouvrard de Microsoft France.

La semaine dernière, le jeu vidéo était à l'honneur avec la Paris Games Week (voir notre compte rendu). À cette occasion, nous avons pu nous entretenir avec Hugues Ouvrard, « boss final d'Xbox France » selon sa biographie Twitter et directeur de la division Interactive Entertainment Business chez Microsoft France. La Xbox One est une console qu'il connait bien puisqu'il occupe ce poste depuis le 27 novembre 2013, soit quelques jours seulement après le lancement officiel de la console en France.

Le 12 novembre vous allez déployer une mise à jour sur la Xbox One qui apportera « l'expérience Windows 10 » avec notamment une nouvelle interface. Quelle est la philosophie derrière celle-ci ?

La philosophie derrière cette interface, pour nous, c'est d'apporter Windows 10 dans la Xbox One et de profiter de cette occasion pour la rafraîchir, apporter de nouvelles fonctionnalités, notamment le Game DVR qui permet d'enregistrer vos parties de jeu sur le disque dur de la console. C'est vraiment l'aboutissement de la convergence de tous les appareils de Microsoft sur Windows 10 : les téléphones, les tablettes, les PC et maintenant la Xbox One. Cela vous permet par exemple d'avoir votre application Xbox Live présente sur tous ces appareils. Vous pouvez voir les activités de vos amis, leurs parties, leur envoyer des rendez-vous, etc.

En parlant de convergence entre la Xbox One et Windows 10, on a beaucoup entendu parler pendant la BUILD des applications universelles, est-ce qu'il y aura de nouvelles applications disponibles dès le déploiement de cette mise à jour ?

C'est une question qui est plutôt liée aux priorités des développeurs d'applications qu'à la « readyness » de la plateforme, si je peux me permettre d'utiliser ce mot. La plateforme elle est prête pour accueillir les applications universelles, c'est vraiment aux développeurs tiers de faire le reste maintenant. De notre côté nous avons par exemple un jeu qui s'appelle Anarcute, développé par un studio indépendant formé de jeunes étudiants français. Il est disponible sur Xbox One par le biais du programme ID@Xbox et Windows 10 leur permet également le porter ailleurs. Il tourne très bien sur une Surface ou sur un Windows Phone.

Il y a une autre chose que l'on apporte le 12 novembre, c'est la rétrocompatibilité. On a sorti 1 200 jeux sur Xbox 360, tous ne sont pas suffisamment intéressants pour qu'on les lance sur Xbox One. Ce qu'on a annoncé, c'est qu'il y aura une centaine de jeux compatibles dès le 12 novembre, et on poursuivra avec une centaine de jeux supplémentaires par mois.

Parmi les jeux de premier plan qui seront disponibles via la rétrocompatibilité, nous avons ceux de la série Mass Effect, Rare Replay (NDLR : qui est en fait une réédition sur Xbox One de jeux sortis sur d'autres consoles), Fallout 3, que l'on offrira gratuitement aux joueurs qui achèteront Fallout 4, ainsi que Rainbow Six : Vegas et Rainbow Six : Vegas 2. Pour la suite, on regardera quelles sont les attentes des joueurs. Ils peuvent voter via un site dédié sur les titres qu'ils veulent voir avec cette fonctionnalité. Nous en discutons ensuite avec les éditeurs. Le passage entre Xbox 360 et Xbox One est assez facile, ce n'est qu'une question contractuelle avec les éditeurs, cela devrait donc aller assez vite.

Applications Windows 10 sur Xbox One

Justement, n'y a-t-il pas de frilosité de la part des éditeurs qui en ce moment sont assez friands de réeditions en haute définition de leurs anciens titres ?

Je ne crois pas, la preuve avec Rainbow Six et Fallout. Au contraire, je crois plutôt que les éditeurs et les studios se disent qu'ils ont développé ces jeux, qu'ils ont eu leur cycle de vie et qu'ils peuvent s'en servir aujourd'hui pour supporter le lancement. Pas avec des remakes, mais avec des nouvelles itérations de leurs franchises. Ils sont davantage dans cette dynamique-là.

La rétrocompatibilité c'est important, c'est un argument de plus pour convaincre les gens qui ont une ludothèque importante sur Xbox 360 de passer sur Xbox One et, finalement, le gros des parties jouées restera sur les jeux récents. En revanche, proposer Rainbow Six : Vegas ou Vegas 2, Fallout ou Tomb Raider avec le prochain volet de chaque série, ça permet de donner plus de contenu au consommateur et finalement de renforcer le lancement de votre prochaine itération.

Lors des dernières conférences, il était aussi question du jeu sur PC avec la marque Xbox. Ça s'est notamment traduit par l'annonce d'un lancement simultané de Fable Legends sur PC et Xbox One. Y a-t-il d'autres jeux AAA qui profiteront de la même attention à l'avenir ?

Il me semble qu'on a annoncé Gears of War : Ultimate Edition sur Windows 10. Donc ça va arriver, on a annoncé Gigantic... mais oui, il y a d'autres jeux qui arriveront prochainement sur Windows 10. Ce qu'on est en train d'essayer de faire tomber, c'est la frontière entre le PC et la console. Sur Fable, vous pourrez jouer depuis votre console avec des gens qui jouent sur PC. Et puis il y a une autre façon de faire tomber cette frontière entre console et PC, c'est le streaming depuis la Xbox One vers le PC, c'est vraiment bluffant.

Après, est-ce que l'avenir de la console c'est le PC ? Je ne crois pas. Mais est-ce que ces deux mondes resteront aussi cloisonnés qu’ils l’ont été ? Nous sommes, avec Microsoft, sur une position qui est évidemment très favorable au décloisonnement.

Microsoft n'a pas intérêt, dans une certaine mesure, à porter ses exclusivités consoles sur PC ?

C'est ce qu'on fait avec Fable, Gears of War et Gigantic, c'est ce qui existe déjà avec Minecraft... Toute la direction qu'on est en train de prendre, avec Windows 10 et la convergence entre les appareils, va dans ce sens. Je n'ai pas d'annonces particulières à vous faire mis à part Gears of War, mais oui, on va dans cette direction.

En parlant de convergence, un peu avant l'E3 2013, Yusuf Mehdi, alors vice-président de Xbox Europe expliquait que les capacités multimédia de la Xbox One permettaient de viser un marché d'un milliard d'unités. La même année on entendait Microsoft expliquer que la Xbox One pouvait trouver sa place dans les PME pour la visioconférence. Sans revenir sur les chiffres, c'est toujours une direction que vous espérez suivre grâce aux applications universelles ?

On a fait une erreur au lancement de la Xbox One avec ce type d'annonces. C'était une erreur stratégique importante. Très rapidement on a redressé le tir en expliquant que c'était d'abord et avant tout une console de jeux. Certaines personnes pouvaient l'utiliser, notamment aux États-Unis, pour avoir une approche qui était un peu plus axée sur le divertissement, pourquoi pas, vu qu'il n'y a pas de box TV là-bas.

Ça avait un sens sur le marché américain, mais cette console, c'est une console de jeux et on le montre depuis deux ans avec une focalisation qui n'est plus sur « l'entertainment », mais sur une concentration totale sur les jeux. On avait un catalogue qui était déjà très fort l'année dernière et cette année on a tout simplement le meilleur line-up de toute l'histoire de la marque Xbox, toutes générations confondues.

On n'a jamais eu comme ça quatre blockbusters en quatre mois. On a commencé avec Gears of War au mois d'août, Forza Motorsports 6 en septembre, Halo 5 : Guardians aujourd'hui et début novembre nous aurons Rise of The Tomb Raider. C'est à la fois, pour cette fin d'année, la console où il y aura le plus d'exclusivités et c'est aussi la seule console où vous pourrez jouer à la fois à Call of Duty, à Halo, à FIFA, à Forza, à Star Wars, à Tomb Raider... et pour certains d'entre eux, comme Star Wars, vous pouvez même y jouer avant les autres grâce à EA Access.

Xbox One

Pour revenir sur les « erreurs stratégiques », Kinect est absent de vos grandes conférences depuis 2014. Dans les prochains semestres, que peuvent attendre les joueurs qui disposent de ce matériel ?

Il y a deux choses à dire sur Kinect. D'abord on a lancé Kinect directement avec la Xbox One, alors que dans la génération précédente, il est apparu dans la quatrième ou la cinquième année du cycle de vie de la Xbox 360. Kinect n'est pas un périphérique pour les « hardcore gamers ». Il ne l'a jamais été, même pas sur Xbox 360. Côté jeux, on avait Kinect Sports, je me souviens d'un Star Wars Kinect, de Just Dance... Ce sont des jeux ultra grand public. 

On a choisi de lancer la console avec Kinect, c'est un choix qui se discute. À mon sens on aurait dû lancer la console avec Kinect, mais aussi sans. On a choisi de ne la lancer qu'avec, pour répondre à cette promesse qui était une promesse de faire quelque chose d'un peu plus global qu'une console de jeu. J'ai deux consoles chez moi. Une avec Kinect et une sans, et pour tout un tas de raisons je préfère celle avec Kinect. Vous pouvez l'allumer, vous pouvez lui parler, vous pouvez zapper, lancer des enregistrements, la piloter à la voix. On parlait du Game DVR, si vous voulez enregistrer une partie et que vous avez Kinect, vous avez juste besoin de lui dire, sans quoi c'est un peu plus compliqué. 

Je pense qu'il y a deux façons de voir Kinect pour les mois et les années à venir. Si vous êtes un consommateur et que vous avez Kinect, je pense que vous vous rendez déjà compte de ce que ça apporte à la console. Pas forcément encore en termes de jeux, mais c'est normal parce que ça viendra dans un deuxième temps avec des jeux plus grand public.

Et le deuxième point c'est que ce n'est pas parce que Kinect, au lancement de la console, n'est pas focalisé sur les jeux qu'il ne le sera pas par la suite. Et retenez vraiment ça, je l'ai dit à d'autres aujourd'hui, Kinect, ce n'est pas un appareil pour les « hardcore gamers ». Il s'épanouit dans la deuxième partie du cycle de vie de la console.

Tout récemment, vos concurrents chez Sony ont annoncé une baisse du prix de leur console, tandis que chez vous il est encore question de promotions à durée indéterminée. Envisagez-vous de clarifier la situation ?

Le prix d'une Xbox One pour le consommateur, depuis plusieurs semaines, voire un peu plus (NDLR : depuis janvier 2015), c'est 349 euros. On peut faire une annonce officielle pour faire une annonce officielle, mais la réalité du prix c'est qu'on est déjà à 349 euros. Ce n'est pas dans notre logique de faire des annonces officielles, on en a fait rarement sur le cycle de vie de la Xbox 360.

Je n'ai pas de nouvelles annonces de prix à vous faire, tout ce que je peux vous dire, c'est que notre prix est de 349 euros depuis un moment. On peut faire des annonces, mais le seul prix qui compte, c'est celui que paie concrètement le consommateur.

Hugues Ouvrard
Crédits : Microsoft. Hugues Ouvrard.

Au sujet de la manette Xbox Elite, elle a un positionnement très particulier au niveau de ses fonctions, mais aussi de son tarif. Il existe vraiment un public pour une manette pour console de jeu à 150 euros ?

Est-ce que vous savez combien il y a de personnes qui s'intéressent à l'e-sport en France ? Selon une étude récente de Newzoo, il y a 4,5 millions de personnes en France, non pas qui pratiquent l'e-sport, mais qui s'y intéressent, qui en regardent. L'e-sport est en train de devenir un phénomène de masse, vous avez des gens qui pratiquent, c'est avec eux et pour eux qu'on a construit cette manette.

De la même façon qu'il y a une manette qui coûte 150 euros pour les e-sportifs, la chaussure de Zlatan, elle, coûte aussi 150 euros. Les joueurs de foot, même amateurs, ont envie de jouer avec un bon matériel. Ce n'est pas parce qu'ils ne sont pas aussi forts que Zlatan qu'ils ne peuvent pas bénéficier des mêmes avancées technologiques que lui. Ils ont envie d'avoir ces chaussures-là de la même façon que vous ou moi, qui ne sommes pas des e-sportifs, avons envie de jouer avec une manette qui nous fait bénéficier de toutes les avancées. On a déjà tous pesté contre une manette quand on jouait, donc le contrôleur Elite représente un intérêt pour tout le monde. 

Oui, elle vaut 150 euros, mais une fois en mains la différence avec les modèles existants est vraiment énorme. Est-ce qu'il y a un public pour cette manette ? Ce que je peux vous dire, c'est qu'elle est extrêmement, extrêmement demandée par les consommateurs. C'est un succès commercial prévu. Elle sort entre cette semaine et la semaine prochaine, on n'a pas de date officielle de lancement, mais on a déjà un nombre très important de précommandes.

Il y a un autre aspect à prendre en compte. La manette c'est une chose, mais elle s'inscrit dans un programme plus global sur le sport électronique que l'on a annoncé ce matin, qui s'appelle Xbox Elite Series. C'est un programme réservé à la France, qui n'existe ni en Angleterre ni en Allemagne, et qui permettra aux joueurs français de gagner 100 000 euros en « cash prize ».

C'est une somme importante et les joueurs français n'ont que rarement l'opportunité de jouer pour ces montants dans des compétitions internationales, car ils n'ont ni le niveau, ni les structures d'entraînement, ni les possibilités économiques qui permettent d'y arriver. C'est ce qu'on veut changer. On veut permettre à des équipes françaises, et à des jeunes qui ne se sont pas encore constitués en équipes, de se faire connaître, de gagner de l'argent et donc de pouvoir s'entraîner dans de bonnes conditions. C'est un championnat gratuit, qui va démarrer le 17 novembre avec notamment Halo, mais aussi Forza et d'autres jeux d'éditeurs tiers.

Dans le cadre de ce programme e-sport, vous envisagez d'opter pour un modèle similaire aux LCS sur League of Legends, avec un circuit professionnel et des équipes soutenues financièrement directement par vos soins ?

Ça sera forcément différent de ce que fait Riot Games, vu qu'ils créent un évènement d'échelle mondiale, et ce n'est pas mon rôle en France de monter quelque chose à cette échelle. Ils ont quasiment salarié des équipes, ce n'est pas ce que l'on veut faire. Nous pensons qu'on ne peut pas être organisateur d'évènements et propriétaire d'équipes. Notre vision de l'e-sport, c'est de le voir comme du sport. Et dans le sport l'UEFA n'a pas d'équipe attitrée par exemple.

On pense vraiment fondamentalement que ce n'est pas possible. Déjà pour des questions déontologiques, mais aussi pour des questions de bon sens. Si vous organisez les Xbox Elite Series et que vous avez une équipe aux couleurs de Xbox, c'est compliqué d'assumer une victoire ou une défaite au premier tour.

Ceci étant dit, sans aller jusqu'au salariat des équipes comme peut le faire Riot Games, nous en soutenons certaines.  Nous aidons ainsi quelques équipes connues (Vitality, Millenium, Pulse) et d'autres en devenir. Nous voulons développer l'e-sport en France, nous voulons que les e-sportifs aient l'occasion de briller au niveau international. Pour cela, nous les aidons financièrement, en payant leurs déplacements, car c'est une barrière importante pour ces équipes. Nous leur fournissons aussi du matériel, notamment des manettes Elite, qui leur permettront de mieux jouer face à des gens qui n'en sont pas équipés. Tout ce qui peut améliorer la performance en jeu, c'est toujours bienvenu. 

Merci, Hugues Ouvrard.


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