TF1 : derrière le rachat de Newen, celui de Neweb (Gamekult, Les Numériques, ZDNet, etc.)

Le chamboulement ultime ? 87
En bref
image dediée
Société
Par
le vendredi 30 octobre 2015 à 10:01
David Legrand

Alors que la concentration dans les médias continue de se faire à des niveaux plus ou moins élevés, TF1 a annoncé hier qu'il pourrait prendre la majorité au sein de la société Newen. Mais ce géant de la TV française cache un acteur important de l'internet francophone : Neweb.

Alors que l'on vient d'apprendre la nomination de Gilles Pélisson à la tête de TF1, qui entrera en fonction en février 2016, la première chaine a surpris son monde hier en annonçant rien de moins qu'une entrée en négociations exclusives avec Newen « afin de nouer un partenariat dans le domaine de la production et de la distribution de droits audiovisuels ». Des discussions qui peuvent aboutir à une prise de participation majoritaire au sein de la société. Et si l'information peut sembler anodine pour qui ne connaît pas Newen, elle a son importance à plus d'un titre. 

Quand TF1 fait ses emplettes, ça fait du bruit

En effet, la société est l'un des plus gros fournisseurs de contenu de la télévision française, avec des filiales au nom reconnu comme 17 juin media, Be aware (Cauet), CAPA ou Telfrance. Côté programmes, cela inclus de nombreuses émissions françaises comme Allo docteurs, Le magazine de la santé, Enquêtes criminelles, Faites entrer l'accusé, Harry, Les maternelles, etc. Côté séries, c'est bien entendu Plus belle la vie, mais aussi Braquo, Templeton ou encore Versailles.

De quoi provoquer la colère de la concurrence. Ainsi, dans un communiqué diffusé hier, le groupe France Télévisions a rappelé que « plus des deux tiers du chiffre d’affaires de Newen » sont réalisés avec le service public et a contesté « que les investissements de France Télévisions, principalement financés par la contribution des citoyens par la redevance, puissent aujourd’hui faire l’objet d’une telle tractation commerciale ».

De quoi inciter à la suspension des projets en cours. Pour France Télévisions, « Ce sont les idées, les savoir-faire et les compétences développées en partenariat avec le service public qui constitueraient l’actif essentiel de cette opération entre notre principal fournisseur et l’un de nos principaux concurrents [...] Cela pose, de manière urgente et cruciale, la question d’un nouvel équilibre entre France Télévisions et les producteurs ».

Même son de cloche du côté de la SACD. Sur son compte Twitter, Pascal Rogard a ainsi été très critique sur cet éventuel rachat : « Quand c'est votre concurrent qui détient les droits de vos programmes financés par l'argent public, il y a un problème et même un gros problème ».  Pour lui il s'agit là d'une « absurdité de la règlementation française [...] destinée à protéger une production indépendante qui se vend au plus offrant ».

Pour lui, « le seul  moyen pour que les droits des films financés par FTV restent en France c'est qu'ils soient la propriété du service public ». Il en appelle ainsi à Fleur Pellerin, mais semble avoir été plutôt refroidi par sa première réaction :

Neweb et ses sites sont concernés par le rachat

Autant dire que l'affaire n'est pas gagnée, donc. Mais en attendant que des décisions définitives soient prises, après les échanges qui ne vont pas manquer de se faire en coulisse dans les jours qui viennent, se pose une autre question. Celle de l'acquisition de Neweb par TF1. Pour rappel, il s'agit d'une structure récemment constituée suite au rachat de Factory Eleven (Les Numériques, Focus-numérique), CUP Interactive (Gamekult, ZDNet, Cnet), ou encore la régie M4Media (devenue depuis Neweb Régie).

En effet, dans la présentation de Newen qui est faite dans le communiqué de presse, il y est indiqué que Neweb est une filiale de la société. Dans la pratique, ce n'est pas vraiment le cas. En effet, comme nous l'avions déjà détaillé, toutes deux appartiennent à FLCP (Fabrice Larue Capital Partners). Le rachat de l'une n'entraine donc pas forcément celui de l'autre. Mais il nous a été confirmé que les deux structures sont bien concernées par l'opération de TF1.

De quoi signer (enfin ?) une réelle présence du groupe dans le numérique, plusieurs années après M6 (notamment via le rachat de Clubic) et de NextRadioTV (01Net, BFM, Telecharger.com, etc.). Cela n'est par contre sans doute pas un enjeu majeur pour le groupe dans ce rachat, même s'il sera intéressant de suivre les évolutions du côté de la régie publicitaire.

De son côté, Thomas Cusseau (aka Yukishiro) s'est voulu rassurant. Le rédacteur en chef de Gamekult a en effet publié hier une série de tweets dans laquelle il indique que « TF1 pourrait racheter le groupe qui possède notamment le groupe qui possède notamment le groupe qui possède notamment GK » et que cela n'a pas d'implications sur l'indépendance éditoriale du site. Il rappelle au passage que le meilleur garde-fou reste la vigilance des lecteurs, ce qui est d'autant plus le cas que le site propose un abonnement Premium depuis quelques mois maintenant.


chargement
Chargement des commentaires...