Altice s'offre le câblo-opérateur américain Cablevision pour 17,7 milliards de dollars

I got 99 problems but debt ain't one 149
En bref
image dediée
Crédits : Tijana87/iStock/Thinkstock
Finances
Kevin Hottot

Altice continue de s'agrandir, à sa façon. La société de Patrick Drahi vient en effet d'annoncer le rachat de Cablevision, l'un des principaux câblo-opérateurs américains, pour un total de 17,7 milliards de dollars. Une opération qui vient gonfler un peu plus la dette du groupe.

Altice vient tout juste de conclure la vente de Cabovisao et de ONI, deux opérateurs portugais, et déjà la multinationale refait parler d'elle. Cette fois-ci, il n'est pas question de céder deux petites entités pour faire plaisir aux autorités européennes, mais d'un rachat de grande envergure aux États-Unis. 

Drahi et le rêve américain, une longue histoire

On se souviendra qu'en mai dernier, Altice avait déjà mis un pied aux États-Unis en croquant SuddenLink, l'un des dix premiers câblo-opérateurs du pays contre la somme de 9 milliards de dollars. Dans la foulée, la société néerlandaise (depuis son transfert de siège social cet été) avait tenté d'avaler Time Warner Cable et espérait ainsi devenir un géant au pays de l'Oncle Sam. Une tentative loupée, puisque le gros lot a été remporté par Charter, le numéro 3 du secteur, qui avançait un chèque de 55 milliards de dollars sur la table.

Patrick Drahi n'a pas baissé les bras après ce coup dur et a initié une restructuration au sein d'Altice pour que « le groupe profite d'une puissante capacité d'acquisition sans que cela ne porte préjudice au contrôle de la société par les actionnaires fondateurs. Cela renforce la position d'Altice dans sa prochaine phase de croissance ». Cela signifie notamment qu'Altice a désormais la possibilité de se lancer dans des augmentations de capital sans que cela ne nuise au droits de vote des actuels actionnaires. Et cette nouvelle arme, l'entreprise en a fait usage aujourd'hui. 

Pour 10 milliards t'as plus rien

Dans un long communiqué, Altice explique avoir mis la main sur Cablevision, le quatrième câblo-opérateur en taille sur le marché américain (selon le Leichtman Research Group) avec 3,1 millions de clients (pour 5,1 millions de prises) dont environ deux tiers ont souscrit à une offre triple-play. L'entreprise a généré un chiffre d'affaires de 6,5 milliards de dollars sur les 12 derniers mois, et a dégagé un bénéfice net de 75,6 millions de dollars au dernier trimestre. Le revenu moyen par abonné est quant à lui stratosphérique, et atteint 158,52 dollars par mois. De quoi faire pâlir d'envie n'importe quel opérateur français. 

Bien que rentable, l'opérateur américain fait face au poids d'une dette relativement lourde, de 9,6 milliards de dollars. C'est justement sur cet angle qu'Altice a pu attaquer. Le groupe de Patrick Drahi a mis en place un montage dans lequel 14,5 milliards de dollars sont apportés par Cablevision en cumulant leurs dettes actuelles, d'autres dettes souscrites pour l'occasion, et leurs réserves de liquidités, tandis qu'Altice injecte 3,3 milliards de dollars de liquidités. Une opération qui évalue Cablevision à 17,7 milliards de dollars. 

Pour financer sa part, Altice ne devrait pas lever de dette, puisqu'il est plutôt question de l'émission de nouvelles actions, pour un montant qui n'a pas encore été dévoilé. C'est ici qu'intervient la restructuration orchestrée par l'entreprise l'été dernier. Elle permet à Altice de vendre ces nouvelles actions sans diluer les droits de vote des anciens actionnaires, afin qu'ils gardent le contrôle de leur entreprise en toute circonstance. 

Cablevision, de l'internet, mais aussi des médias

Si la majeure partie des revenus de Cablevision proviennent de ses activités de fournisseur d'accès à Internet et de contenus vidéo, la société a plus d'une corde à son arc et dispose de ses propres médias. Il finance ainsi les activités de Newsday, un journal crée en 1940 et principalement distribué dans l'aire de New-York, qu'il a racheté en juillet 2008 pour 650 millions de dollars. 

Autre actif de l'entreprise, News 12 Networks, un groupe de sept chaines d'actualités locales, principalement diffusées elles aussi autour de New-York. Ces deux activités, couplées avec sa régie publicitaire sont par contre un poids mort dans les résultats de l'entreprise. Non seulement leurs revenus sont marginaux (5,5 % du chiffre d'affaires) mais ces activités plombent le résultat opérationnel à hauteur d'environ 92 millions de dollars sur les six derniers mois. Des coupes sont donc probables de ce côté-là, une fois qu'Altice aura décidé de remettre « la fille à papa dans le droit chemin », façon SFR.

Les marchés financiers eux, sont euphoriques. À l'ouverture de la bourse de Paris, l'action d'Altice a grimpé de près de 10 %, ce qui valorise la société à environ 27 milliards d'euros, mais cette hausse ne suffit pas à retrouver le plus haut atteint lors de la finalisation de la restructuration en août dernier. L'action de Cablevision grimpe quant à elle de 16 % à la bourse de New-York.


chargement
Chargement des commentaires...