Une application d’échange de livres visée par un contrôle de la DGCCRF

L'amour est dans le prêt 41
En bref
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Crédits : CHRISsadowski/iStock
Justice
Xavier Berne

Un agent de la brigade de répression des fraudes a effectué voilà plusieurs jours une inspection chez Booxup, une start-up ayant développé une application de mise en relation destinée aux particuliers qui souhaitent se prêter des livres au format papier. Face à la médiatisation de l'affaire, Bercy cherche à temporiser, assurant en substance qu’il ne s’agissait que d’un banal contrôle de routine.

Lundi, le site Actualitté rapportait qu’un inspecteur de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) avait débarqué dans les locaux de Booxup pour une « enquête préventive ». L’application de la start-up, parfois présentée comme le « Airbnb des bibliothèques », permet aux possesseurs d’iPhone de géolocaliser d’autres utilisateurs qui auraient des livres à prêter, gratuitement. Il n’est cependant pas nécessaire de proposer soi-même des ouvrages à échanger, même si cela peut aider dans la pratique... Pour s’inscrire, il suffit de se connecter via son compte Facebook ou Twitter. À charge ensuite aux deux lecteurs de se rencontrer pour procéder à l’échange du (ou des) livre(s).

David Mennesson, cofondateur de Booxup, expliquait ainsi que deux procès-verbaux avaient été dressés par cet agent de la DGCCRF. « Pour le premier, il souhaitait connaître nos liens avec les grands éditeurs informatiques, comme Google, Amazon... Le deuxième était un peu moins contraint, et il nous demandait quelles étaient nos ambitions, notre business model... » L’intéressé a également indiqué à nos confrères que sa société avait fait l’objet d’une telle inspection suite à une alerte émanant d’un professionnel du livre, « distributeur, diffuseur ou éditeur ». « Nous n'avons pas pu connaître son identité » a-t-il déclaré.

Bercy affirme que ce contrôle était « purement informatif »

Faut-il pour autant y voir une volonté de la DGCCRF de mettre des bâtons dans les roues des entreprises innovantes, alors que certains acteurs de la filière de l’édition perçoivent probablement cette application comme une forme de concurrence ? L’institution s’en défend vivement, affirmant que les PV dressés pour l’occasion n’étaient que purement déclaratifs – et donc sans lien avec ceux rédigés d’habitude pour les procédures judiciaires : « Le contrôle qui a été fait était purement informatif, c’est-à-dire qu’on a voulu voir comment ils fonctionnaient. Mais pour l’instant, ça ne va pas au-delà. »

Contactée par nos soins, la DGCCRF soutient ne pas avoir reçu de plainte visant Booxup. Cela ne signifie pas pour autant qu’aucun signalement n’a été fait de manière moins formelle auprès des pouvoirs publics... « Nos services contrôlent de manière régulière les professionnels dans tous les domaines. Nous travaillons sur la base de ciblages effectués par nos services ou de plaintes. Dans les secteurs innovants, comme l’économie collaborative, les entreprises font également l’objet de visites dont l’objectif est de comprendre le fonctionnement des marchés et de connaître les opérateurs économiques, ainsi que de vérifier si les pratiques constatées sont légales ou non » explique-t-on du côté de Bercy.

Si l’agent de la DGCCRF ne semble rien avoir constaté de particulier chez Booxup, le co-fondateur de La Quadrature du Net, Philippe Aigrain, a profité de la médiatisation de cette affaire pour se pencher sur le fonctionnement de l’application, qui a d’ailleurs permis à la start-up de lever récemment plus de 300 000 euros :

« Booxup est totalement silencieux sur le modèle commercial de son activité de facilitation du partage (la page d’accueil mettant plutôt l’accent sur la gratuité de l’accès). Par contre, ils font état de leurs plans de développer une activité d’éditeur et de distributeurs commerciaux mais rémunérant mieux les auteurs. Derrière cette opacité se cache une question plus importante : Booxup est-il donc un intermédiaire de Circul’Livres ou un pilleur de données sur la lecture en propre ou pour des tiers (cf. obligation de s’enregistrer avec un compte Facebook ou Twitter) ? Il va falloir qu’ils choisissent. Et l’idée que si le service qu’ils rendent a de la valeur, il serait possible que ce soit ses usagers qui le payent (ou qu’il soit financé participativement) ne semble pas les effleurer. Pourtant le coût d’opération de l’intermédiation du prêt de livres est minime. Elle pourrait à vrai dire être pratiquée par des communautés d’usagers dans un contexte local (et sans localisation des usagers contrairement à Booxup) sur la base d’un logiciel libre dont le coût de développement lui-même serait très minime. »


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