L’accès à Internet bientôt autorisé lors des examens universitaires ?

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Crédits : PeopleImages/iStock
Loi
Xavier Berne

Les étudiants français auront-ils un jour le droit de se rendre sur Internet lors de leurs partiels ? Selon un rapport remis le 8 septembre à François Hollande, ce mouvement est « inéluctable ». De nombreuses autres préconisations concernant le numérique ont d’ailleurs été faites à l’exécutif, par exemple s’agissant de l’usage de licences libres pour les ressources pédagogiques ou de l’introduction d’une licence « Humanités numériques ».

Après plus d’un an de travaux, le comité pour la Stratégie nationale de l'enseignement supérieur (StraNES) a présenté mardi ses conclusions au gouvernement. Au travers d’un volumineux rapport de 250 pages, cette institution composée d’universitaires, de représentants des collectivités locales et d’acteurs du « monde socio-économique » se penche notamment sur la question des nouvelles technologies. Faisant le constat d’un « nouveau rapport au savoir né avec Internet », les auteurs mettent en avant plusieurs pistes visant à « inventer l’éducation supérieure du XXIe siècle ».

Des ordinateurs pour tous les étudiants, l’accès au Web autorisé durant les examens

Première proposition : prévoir un « usage systématique du numérique » dans la formation et l’évaluation des élèves. « L’environnement numérique de travail doit désormais être la règle, ce qui exige un accès des étudiants à un ordinateur, la mise en place des infrastructures nécessaires mais surtout un usage systématique par les enseignants et enseignants chercheurs qui auront été formés et impliqués » plaide le comité présidé par l’universitaire Sophie Béjean. Il est ainsi préconisé que les établissements de l’enseignement supérieur s’assurent que chaque étudiant dispose d’un ordinateur pour, « dans le cas contraire, mettre en place un système de prêt ».

Le rapport invite ensuite à prendre acte de la transformation de l’accès aux connaissances. « Cela fait maintenant plusieurs décennies qu’on autorise les calculatrices dans les examens ; l’étape suivante est d’autoriser – comme au Danemark par exemple – les ordinateurs avec accès total à Internet. Cette étape est inéluctable, anticipons-la afin de permettre le déploiement d’une formation adaptée au monde qui nous entoure » exhortent ainsi les rapporteurs. Ceux-ci préviennent cependant que « si toute l’information devient accessible en situation d’examen, les épreuves devront évoluer en conséquence ». Plus concrètement, cela signifie que les professeurs seraient amenés à faire jouer « la capacité [de leurs étudiants] à savoir trouver l’information pertinente, à la comprendre pour la réinvestir dans une production personnelle ou collective ».

Visiblement inspiré par les travaux du Conseil national du numérique, le comité recommande également l’instauration d’une licence « d’humanités numériques », sans toutefois détailler le contenu de cette formation. Pour rappel, l’institution présidée par Benoît Thieulin militait pour l’introduction d’un bac « Humanités numériques », qui aurait côtoyé les traditionnelles séries S, ES et L. La piste ne semble cependant pas avoir été retenue par l’exécutif. L’idée était de mêler des enseignements généraux avec de nouvelles méthodes pédagogiques, le tout à renfort de cours en lien avec l’informatique (programmation, pensée algorithmique...).

Vers des campus modèles ?

D’une manière plus générale, le comité StraNES demande à ce que les universités se rénovent et passent à l’ère « 2.0 », sur un plan technique :

« Il s’agit d’utiliser dès à présent tous les leviers pour construire pas à pas des campus intelligents et numériques, adaptés aux pédagogies par projet et par le numérique, avec des espaces de co-working et des classes connectées. Il s’agit aussi de prévoir des systèmes de gestion des espaces qui mobilisent le numérique pour une meilleure adaptation aux usages et aux besoins des étudiants, des personnels, des personnes en situation de handicap : capteurs pour moduler chauffage et éclairage en fonction de l’affluence, information en temps réel des étudiants sur les emplois du temps, la disponibilité de places... »

Sachant pertinemment qu’un tel mouvement pourrait prendre beaucoup de temps (au-delà de ses implications financières), les rapporteurs proposent d’introduire des « critères d’adaptation aux nouvelles pédagogies » dans le cahier des charges de tous les projets « bâtiment » des contrats de plan État-Régions.

Une incitation claire en faveur de l'Open Source et des Creative Commons

S’agissant des contenus pédagogiques, où là aussi le comité invite les pouvoirs publics à prendre pleinement en considération les opportunités offertes par les nouvelles technologies, c’est un appel à la vigilance qui est lancé, à propos de la propriété intellectuelle. « Face aux investissements massifs réalisés actuellement dans le domaine de l’e-éducation, la France doit prendre des directives très claires pour protéger les créations de notre enseignement supérieur d’une possible privatisation », mettent ainsi en garde les rapporteurs.

Leur préconisation à ce sujet est plutôt inattendue : « La démarche « Open Source » doit être soutenue pour tous les outils développés par les agents de l’enseignement supérieur public. Plus avant, les contenus construits dans le cadre de l’enseignement supérieur doivent être placés sous licence « Creative Commons », afin d’éviter qu’une entreprise ne les capte pour mieux les diffuser... et empêche les enseignants à l’origine de la création d’en rester maîtres. » Selon les rapporteurs, « ceci n’exclut en rien le soutien à une industrie créative, tant que celle-ci respecte les droits de la communauté de l’enseignement supérieur et l’intérêt général ». Une pique à peine voilée envers les acteurs de l’édition qui pourraient monter au créneau contre cette proposition.

En attendant la feuille de route de l’exécutif...

Selon l’Élysée, ce rapport sera débattu « dès cet automne » devant le Parlement. Il faudra donc encore patienter avant de connaître le sort qui sera réservé à ces recommandations. Du côté de la Rue de Grenelle, on indique à cet égard que « des chantiers seront ouverts dans les prochaines semaines afin que des actions concrètes puissent être annoncées par les ministres et rapidement mises en œuvre », sans plus de précision.


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