Le marché du PC recule, ses acteurs préparent leur mutation

Winter is coming 69
Accès libre
image dediée
Crédits : stevanovicigor/iStock/Thinkstock
Société
Kevin Hottot

Depuis quelques années, le marché du PC est en pleine mutation et ses acteurs cherchent des solutions pour diversifier leurs activités pour tenter de ne pas sombrer en même temps que lui. Si certains ont encore le temps de voir venir, d'autres commencent à sentir le vent tourner.

S'il y a encore quelques années, les ventes d'ordinateurs progressaient trimestre après trimestre, ce n'est plus vraiment le cas. Désormais, constructeurs et assembleurs peinent à garder le sourire, et ce même quand ils annoncent que leurs ventes se sont écroulées moins vite que celles de la concurrence.

Un marché du PC en net recul

Les deux principaux analystes sur la question, l'institut Gartner et leurs confrères de chez IDC sont d'accord : le marché du PC est en berne, et la tendance se confirme. Au deuxième trimestre le premier indiquait une baisse globale de 9,5 % des ventes dans le monde sur un an, tandis que le second parle même d'une chute de 11,8 % des ventes sur la même période.

Si l'on se fie aux chiffres de Gartner, ce n'est plus vraiment la fête sur le marché du PC depuis fin 2012. La démocratisation des smartphones et des tablettes couplée au désamour des clients pour Windows 8 sont en effet passés par là. Il faut aussi dire que les performances de machines qui ont déjà quelques années peuvent encore être considérées comme suffisantes, à moins de ne s'intéresser qu'aux derniers jeux à la mode.

Sur les cinq dernières années, les ventes ont ainsi chuté de près de 18 % (Q2-10 vs Q2-15), et la tendance ne semble pas s'inverser pour le moment, même si Windows 10 pourrait permettre une petite relance avec les fêtes de fin d'année.

Marché PC Gartner 2010-2015

La plupart des fabricants d'ordinateurs sont touchés par cette baisse. Au dernier trimestre et selon les chiffres de Gartner de juillet 2015, l'ensemble du top 5 en a pris pour son grade. Acer encaisse par exemple une baisse de 20 % sur un an, ASUS est dans la moyenne avec -10 % tandis que les deux leaders HP et Lenovo font à peine mieux (-9,5 et -7 % respectivement).

Il n'y a finalement que Dell pour sauver les meubles avec un recul de seulement 5 %, lui permettant d'augmenter significativement ses parts de marché et qu'Apple pour s'en sortir avec les honneurs, la marque à la pomme signant une progression de 16 % sur un an selon IDC.

Le marché des GPU échappe à AMD

Sur le segment des cartes graphiques (hors IGP), nous étions habitués depuis quelques années à voir une espèce de statut quo entre AMD et NVIDIA (voir ce graphique sur 10 ans chez Hardware.fr), le premier gardant environ 40 % des ventes, tandis que le caméléon s'en adjugeait environ 60 %. Mais depuis mi-2014, le vent a brusquement tourné. Une tendance nette qui n'a cessé de nos remonter de la part de différents constructeurs ces derniers mois.

Du côté d'AMD, l'architecture GCN qui a pris le relais de TeraScale en 2011 avec le lancement des premières Radeon HD 7000 n'a pas vraiment connu de changements profonds depuis, à l'exception du support de la mémoire HBM avec la récente Fury X. Dans le même temps, la firme de Sunnyvale a multiplié les renommages dans l'ensemble de sa gamme avec le lancement des Radeon R9 200 puis R9 300, ce qui a quelque peu nuit à son image.

Une pratique encore courante, aussi exploitée chez NVIDIA, mais qui prend une place bien trop importante dans la stratégie d'AMD. Le point d'orgue était sans doute la dernière conférence publique de la marque où l'on a pu voir Richard Huddy présenter la « nouvelle » gamme comme la révolution du moment, sans jamais mentionner le fait qu'il s'agissait de GPU utilisés depuis des années. De quoi exciter les fans, et la Red Team Plus, mais pas de quoi convaincre les acheteurs.

Marché GPU Mercury 2014-2015

On pourrait penser que le fait de devoir faire avec une finesse de gravure qui stagne en 28 nm est le problème principal. Mais, bien que cela n'arrange rien, ce n'est pas forcément une fatalité. NVIDIA a d'ailleurs bien joué son coup avec l'arrivée de l'architecture Maxwell dans les GeForce GTX 750 Ti, puis dans les GTX 900. Cela a donné l'occasion à la marque de progresser significativement sur le plan du rapport performances/watt et de proposer de nouveaux produits, pendant que les renommages de puces se limitaient à l'offre d'entrée de gamme.

Fatalement, cela a eu de lourdes conséquences sur les ventes de cartes graphiques dédiées pour PC de bureau. D'après Mercury Research, les parts de marché d'AMD se sont tout simplement effondrées, passant de 38 % à seulement 18 % en l'espace d'un an, le grand gagnant dans l'affaire n'étant autre que NVIDIA qui se paye un score de 82 %. Heureusement que les consoles sont encore là pour que les rouges puissent sauver les meubles.

AMD dépense-il moins en R&D ? Oui, mais... 

Pour AMD, la période n'est pas seulement difficile sur le marché des GPU. Les plus défaitistes diront que le navire prend l'eau dans tous les compartiments, les autres noteront simplement que les bénéfices manquent à l'appel depuis quelques années, et que ses revenus décrivent une pente descendante.

Dernièrement, on a pu entendre que Mark Papermaster, le CTO (directeur technique) d'AMD, avait été interrogé lors d'une conférence au sujet de la baisse des dépenses en recherche et développement de l'entreprise. Un analyste d'un fonds d'investissement expliquait ainsi que « Lorsque je parle d'AMD avec des investisseurs, il y a quelques inquiétudes. Je veux dire par là qu'on a vu une baisse de 40 % des dépenses en R&D depuis le début de la décennie ». 

Présentée comme ça, la nouvelle a de quoi faire paniquer, tant l'industrie du CPU et du GPU nécessite d'efforts pour assurer l'avenir des produits, et donc de la marque. Pourtant, il faut faire attention à la façon dont on regarde les chiffres. Les dépenses en R&D d'AMD sont passées de 1,41 milliard de dollars en 2010 à 1,07 milliard en 2014, ce qui correspond plutôt à une baisse de l'ordre de 27 %.

Si l'on compare le deuxième trimestre de 2010 avec celui de 2015, la baisse atteint dans ce cas 36 %. On pourrait donc penser qu'AMD réduit ses efforts dans ce domaine, ce qui serait tout sauf une bonne nouvelle. Pourtant, c'est plutôt le contraire qui se produit :

AMD R&D 2008-2015

Si l'on rapporte les dépenses en R&D au chiffre d'affaires, on observe en réalité que le ratio est relativement constant depuis 2010 (autour de 22 %), après une chute amorcée en 2009 suite à la revente de Global Foundries. On peut même remarquer que depuis le début de l'année, le taux tourne plutôt autour de 25 % signe à la fois d'une accentuation des efforts, mais aussi d'une réduction des revenus.

Mark Papermaster explique quant à lui que l'entreprise met l'accent sur deux points. Le premier est la conception de la prochaine architecture CPU d'AMD : Zen, sur laquelle on sait peu de choses pour le moment. Le second concerne les cartes graphiques, et plus particulièrement l'architecture GCN qui ne va pas être remplacée, mais devrait continuer d'évoluer dans les mois et années à venir.

AMD se focalise donc principalement autour de deux secteurs qui sont actuellement sur le déclin, sans se concentrer sur le mobile qui est en pleine explosion. Mais la société n'a pas non plus les moyens de faire davantage pour le moment. Espérons que cela permettra tout de même à la firme de Sunnyvale de reprendre du poil de la bête. Les investisseurs ont accueilli avec une certaine frilosité les déclarations de Papermester. Depuis la tenue de ce discours, l'action AMD a perdu 18 % de sa valeur, pendant que le NASDAQ ne reculait que de 3,5 points.

La société n'est désormais plus valorisée qu'à 1,3 milliard de dollars, contre 3,3 milliards il y a un an et la chute ne semble pas se ralentir. De quoi continuer de nourrir des rumeurs de rachat.

Intel : un géant dans le milieu du PC, un nain dans la mobilité

À l'inverse, on pourrait penser qu'Intel est complètement à l'abri, pourtant le géant de Santa Clara a lui aussi des raisons de s'inquiéter pour son avenir. Sur le plan financier tout va très bien pour le moment et les trimestres bénéficiaires s'accumulent sans discontinuer, mais sur le long terme, cela s'annonce comme un peu plus compliqué. 

Désormais, le concurrent qu'Intel doit garder à l'œil n'est plus AMD, mais plutôt Qualcomm et les autres constructeurs de l'univers ARM. L'équipementier spécialisé dans la téléphonie mobile occupe de plus en plus d'espace dans le domaine des SoC pour smartphones et tablettes avec ses puces Snapdragon. Or il s'agit d'un secteur dans lequel Intel peine à se faire une place. Le fondeur a bien tenté de glisser ses puces Atom dans des smartphones, comme le Orange avec Intel Inside, ou le Motorola Razr I, mais l'expérience n'a pas vraiment porté ses fruits.

Motorola Razr I
Souvenirs, souvenirs...

Aujourd'hui, Intel est presque complètement sorti du marché des processeurs pour smartphones mais reste actif sur celui des tablettes. Cependant ses ventes restent relativement faibles, avec un total de 10 millions de puces écoulées au dernier trimestre, pendant que Qualcomm en livrait 225 millions à lui seul sur ces deux segments. Ce dernier doit néanmoins aussi s'adapter sur ce marché où la concurrence se renforce, et vient ainsi de licencier 15 % de ses effectifs.

Le dernier cheval de bataille du fondeur se trouve du côté de l'internet des objets. Lors de l'IDF, Brian Krzanich, PDG d'Intel expliquait que l'explosion attendue du nombre d'objets connectés est une occasion rêvée pour déployer des millions de serveurs à base de puces Xeon. Mais si la société pouvait également prendre sa part du gâteau dans les millions voire milliards d'objets connectés qui se vendront dans les prochaines années, ce serait pour elle le nirvana.

Malgré tous ses efforts, Intel ne peut malheureusement pas encore complètement compter sur sa branche « Internet of Things » (IoT) pour prendre le relais. Ses résultats stagnent encore et les revenus qu'elle génère (559 millions de dollars au dernier trimestre) ne représentent que 4% du chiffre d'affaires de l'entreprise. Intel va donc devoir, comme tous ses concurrents, cravacher encore un peu avant de se faire une nouvelle place au soleil.

Diversification à tous les étages : du darwinisme appliqué au secteur informatique

Mais il n'y a pas que chez les géants de l'industrie que le besoin de diversification se fait sentir, les vendeurs de composants et de périphériques sentent aussi le vent tourner et tentent de saisir de nouvelles opportunités en attendant le jour où l'hiver viendra. EVGA par exemple, que l'on connait surtout pour ses cartes graphiques a ainsi montré un prototype d'ordinateur portable lors de l'IDF, équipé d'une puce mobile de génération Skylake au coefficient multiplicateur déverrouillé (série K).

Razer qui s'est fait un nom en vendant des périphériques pour les joueurs a quant à elle choisi de s'offrir une porte de sortie du marché du PC en croquant les actifs de Ouya pour une bouchée de pain, et va proposer une webcam RealSense (voir cet article). Et l'on ne compte plus les marques qui tentent leur chance sur le marché des mini-PC, des accessoires pour Gamers et autres idées en tout genre afin de s'assurer d'une diversification suffisante tout en cherchant le relai de croissance qui les aidera à rester en bonne place dans un marché du PC très concurrentiel.

NVIDIA a d'ailleurs un peu le même genre de parcours avec son arrivée dans le secteur du mobile, qui a été l'occasion de quelques déceptions. Après avoir abandonné les smartphones et les modems, la marque s'est concentrée sur le lancement de ses consoles et tablettes SHIELD. Il en va de même pour la multiplication des partenariats avec les constructeurs automobiles pour les ordinateurs de bord de leurs futurs véhicules. Un autre El dorado que chaque acteur rêve de conquérir.

Car l'on est assurément passé d'un monde où le PC était tout puissant à un monde où les opportunités sont aussi multiples que mouvantes. Et seuls les plus habiles et les plus capables de s'adapter arriveront à tirer leur épingle du jeu.


chargement
Chargement des commentaires...