Radicalisation : un rapport propose de surréférencer les contre-discours étatiques

La mission Pietrasanta 142
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Crédits : shironosov/iStock/ThinkStock
Loi
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le vendredi 10 juillet 2015 à 16:45
Marc Rees

En février dernier, le député Sébastien Pietrasanta a été missionné par Manuel Valls en vue de lutter contre les discours de radicalisation (djihadistes, etc.), notamment sur les réseaux. Dans sa copie, tout juste remise au Premier ministre, il considère que la déradicalisation doit passer par un permis Internet mais aussi un surréférencement des contre-discours étatiques.

Celui qui fut le fidèle rapporteur du projet de loi contre le terrorisme l’assure : « Internet est un véritable terreau du radicalisme. Il n’est pas la seule cause de radicalisation, mais il agit comme un catalyseur ». Pour étrangler les messages trop fleuris sur le Net, explique-t-il dans son rapport révélé par France Info, il propose donc une panoplie de mesures.

Un permis Internet pour les plus jeunes

Parmi elles, il suggère l’amélioration de la coopération entre les autorités et les acteurs du web afin de faciliter le retrait des contenus considérés comme illicites. Du côté des plus jeunes, la piste est celle de guides pour les parents, mais surtout du « permis Internet » au sein de l’Education nationale (à l’image de ce que certaines écoles font passer à leurs CM2 par des gendarmes depuis fin 2013). Ce permis, ou plutôt « Passeport Internet », deviendrait une « obligation pour tous les élèves », histoire d’expliquer la différence entre le loup et l’agneau sur les réseaux. U

Pour les autres, le député s’arrête sur le site gouvernemental Stopdjihadisme, celui destiné à « décrypter les processus d’embrigadement », « déconstruire le discours tenu par les terroristes sur Internet et les réseaux sociaux et de montrer la réalité du quotidien dans les zones contrôlées par les organisations terroristes ». Or, une telle plateforme souffrirait d’un petit défaut d’exposition.

Qu'à cela ne tienne. Pour mieux irriguer les esprits, Pietrasanta imagine une « task force » de « community managers » qui viendrait écumer les réseaux, notamment sociaux, pour contrer les messages djihadites. De tels efforts pourraient cependant s’avérer insuffisants, notamment en raison des moteurs de recherche, incapables d’écrémer la bonne parole étatique de la soupe djihadiste. Pas de problème ! Pietrasanta a deux idées dans son chapeau.

Déréférencer le mauvais, surréférencer le bon message étatique

D’une part, imposer le déréférencement de ces contenus djihadistes. On se souvient que la loi sur le terrorisme prévoit déjà un tel déréfencement administratif. Seulement, elle se focalise sur les seuls messages incitant au terrorisme ou faisant son apologie. Dans son rapport remis à Manuel Valls, l'auteur semble vouloir donc aller au-delà en tapant sur la radicalisation, qui prône certes le terrorisme, mais aussi la violence.

Surtout, le parlementaire envisage « des mesures proactives en matière de référencement ». Comment ? « En lien avec les moteurs de recherche, un référencement positif doit être mis en œuvre ». Plus clairement, il s’agit d’un surréférencement de la propagande étatique (au sens non préjoratif), menée avec la complicité volontaire - ou forcée - des moteurs de recherche.

Un tel levier garantirait évidemment une parfaite exposition des messages gouvernementaux. Seulement, un tel label n’a pas le monopole de la vérité (voir en ce sens notre vrai vrai/faux du gouvernement sur le projet de loi renseignement). Il est vrai que Sébastien Pietrasanta a pu s’en laisser convaincre, le si respectueux projet de loi contre le terrorisme, dont il a été le rapporteur, n’ayant pas été soumis au Conseil constitutionnel.

En outre, sur la première page des moteurs, les places sont chères. Ce surréférencement conduirait mécaniquement à reléguer aux pages subalternes des résultats, les autres contenus, même les plus innocents et sérieux d’entre-eux. Une forme larvée de discrédit numérique, de mise au ban du Web, par claquement de doigts administratif.

On peut craindre qu’une telle démarche, consacrée dans un très hypothétique projet de loi, se heurterait de plein fouet à la liberté d’information, la liberté de communication voire à la liberté d’entreprendre, toutes de niveau constitutionnel. D’ailleurs, si l’exécutif veut être surexposé sans délai, il peut toujours opter pour les solutions des moteurs, celles des encarts publicitaires. Mais il est vrai que le droit oblige à clairement identifier ces annonces, histoire de dire là-aussi la vérité.


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