Un sénateur veut interdire tablettes et téléphones à l’école

Faire face à « l’envahissement du numérique » 146
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Crédits : ianying yin/iStock
Loi
Xavier Berne

Alors que tous les élèves de cinquième devraient être équipés d’une tablette à partir de la rentrée 2016, un rapport sénatorial vient de préconiser leur interdiction pure et simple dans les écoles primaires. L’installation de brouilleurs d’ondes est également mise (une nouvelle fois) sur la table.

Une vision anxiogène du numérique

Chargé d’une commission d’enquête portant « sur la perte de repères républicains que révèle la vie dans les établissements scolaires et sur les difficultés rencontrées par les enseignants dans l’exercice de leur profession » (ouf !), le sénateur Jacques Grosperrin a dévoilé la semaine dernière ses conclusions, au travers desquelles il s’inquiète tout particulièrement de « l’envahissement du numérique » au sein des salles de classes. Si l’élu Les Républicains (ex-UMP) se défend de toute remise en cause de « l'utilité du numérique en tant que complément aux outils pédagogiques traditionnels », il ne manque pas pour autant d’asséner plusieurs coups de griffes à Internet et aux nouvelles technologies.

« Selon plusieurs personnes entendues par la commission d'enquête, la numérisation de la société favoriserait le développement d'une forme de « paresse intellectuelle » chez les élèves, tendant à considérer le savoir comme un ensemble de connaissances immédiatement accessibles et disponibles et non comme le fruit d'un effort » écrit-il par exemple. « Cette apparente accessibilité du savoir, qui semble rendre inutile tout effort intellectuel, réduit la capacité des élèves à faire preuve de distance critique et les rend plus perméables à la masse d'informations auxquelles ils ont accès, via les réseaux sociaux notamment » indique son rapport. Pour étayer son propos, il ajoute cette anecdote :

« Les élèves n'hésitent plus à comparer le contenu des enseignements avec l'information disponible sur Internet : « vous aviez raison je suis allé voir sur Internet et ils disent pareil ». Et si ça n'est pas le cas, ce sera nécessairement l'enseignant qui aura tort... »

Affirmant ensuite que « l'expérience menée par le conseil général des Landes visant à proposer à l'ensemble des collégiens un ordinateur portable ne s'est pas traduite par une amélioration significative des résultats de ces élèves », Jacques Grosperrin « considère que l'utilisation des outils numériques ne devrait être envisagée qu'après l'acquisition et la consolidation des savoirs de base, en fin de primaire ». D’où sa préconisation d’interdire les tablettes à l’école uniquement.

Des propositions à contre-courant des ambitions gouvernementales

Les téléphones portables sont également dans le collimateur du sénateur. Pour lui, leur « utilisation systématique dès l'école élémentaire est source de nombreuses difficultés, perturbation des classes et distraction des élèves ». Il demande donc à ce que s’ouvre une réflexion en vue de mettre systématiquement en place, « au sein des établissements scolaires, des brouilleurs d'ondes destinés à interdire l'utilisation des téléphones portables en classe ». Cette proposition, régulièrement remise sur la table, avait cependant été écartée par le ministre Vincent Peillon en 2012 - pour des raisons pratiques et juridiques (voir notre article de l’époque).

Quant à une éventuelle interdiction des tablettes, elle semble plus qu’improbable à l’heure où le grand « plan pour le numérique à l’école » de François Hollande doit se décliner tant dans les écoles primaires que dans les collèges. Les programmes devraient par ailleurs être revus en conséquence, prévoyant entre autre un éveil au code informatique dès le CE1.

Ces propositions sont également à contre-courant des récentes recommandations du Conseil national du numérique, qui demandait quant à lui de modifier l’article du Code de l’éducation qui interdit actuellement l’utilisation de téléphones portables durant les cours (de la maternelle au collège), « pour donner la possibilité aux élèves d’utiliser leurs équipements personnels ». L’institution réclamait également des connexions à Internet dans toutes les salles.


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