Altice (NC-SFR) veut se payer Bouygues Telecom, Iliad (Free) partenaire de l'opération

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Crédits : Ximagination/iStock/Thinkstock
Finances
Sébastien Gavois

Après avoir racheté SFR, Altice (Numericable) mettra-t-il la main sur Bouygues Telecom ? Une offre a en tout cas été déposée, et Iliad (Free) en est partenaire. Mais d'ores et déjà, de nombreuses personnalités se sont prononcées sur cette offre. L'occasion de faire le point avant que les décisions ne se prennent.

L'année dernière, Altice (Numericable) rachetait SFR pour plus de 13 milliards d'euros, Vivendi avait alors préféré cette offre à celle de Bouygues Telecom. Depuis, ce dernier a lancé un grand plan de restructuration et a décliné plusieurs offres de rachats dont les montants seraient situés entre 6 et 8 milliards d'euros. De quoi faire monter les enchères.

Numericable-SFR veut racheter Bouygues Telecom avec Iliad (Free) en partenaire

En effet, les choses s'emballent depuis quelques heures. Numericable-SFR vient d'annoncer officiellement qu'Altice a déposé une offre d'acquisition pour Bouygues Telecom à travers un communiqué de presse. Selon nos confrères du JDD, 10 milliards d'euros auraient été mis sur la table par Patrick Drahi, soit largement plus qu'il y a quelques mois.

Mais ce n'est pas tout puisque la marque au carré rouge annonce également « être entré en négociations exclusives avec Iliad pour la revente d'un portefeuille d'actifs dans le cadre de cette offre ». Un point confirmé par Iliad (Free Mobile) qui s'est aussi fendue d'un communiqué publié ce matin en précisant que « cette opération reste subordonnée à la négociation des accords définitifs et à l'acceptation par Bouygues de l'offre d'acquisition ».

Un terrain d'entente a donc été trouvé entre les sociétés de Xavier Niel et de Patrick Drahi, condition quasiment indispensable pour que la vente de Bouygues Telecom puisse se faire. En effet, l'ARCEP et l'Autorité de la concurrence ne permettraient probablement pas à SFR-Numericable de racheter Bouygues Telecom sans aucune contrepartie. Pour rappel, on est à peu près dans la même situation que lorsque Bouygues Telecom s'était rapproché de Free pour déposer son offre sur SFR.

Orange souhaite un retour à trois opérateurs, mais ne semble pas prendre part à cette offre

Stéphane Richard, le PDG d'Orange avait déjà indiqué à plusieurs reprises qu'il ne mènerait pas la danse si une consolidation du secteur des télécoms devait être de nouveau engagée, mais que son groupe pourrait néanmoins être un partenaire si des opportunités se présentaient.

Cela ne semble pas le cas actuellement puisque, dans une déclaration à l'AFP, un porte-parole d'Orange indique que le groupe « ne fait pas partie de ce deal et il n'y a pas de discussions aujourd'hui ». De plus, et en réponse à nos confrères du JDD qui indiquaient qu'Orange pourrait reprendre une partie des salariés de Bouygues Telecom, il ajoute : « Il est évident que Orange n'acceptera pas la reprise des salariés si ceci ne fait pas partie d'un accord créateur de valeur pour le groupe ». 

Bref, Numericable-SFR et Free Mobile semblent pour le moment bien être les deux seuls partenaires associés dans le cadre de ce rachat de Bouygues Telecom

Consolidation des télécoms : le gouvernement n'y est pas favorable

De son côté, le ministre de l'Économie Emmanuel Macron, peu favorable à un retour à trois opérateurs, a déclaré à nos confrères des Échos : « Je dis et répète que la consolidation n'est pas aujourd'hui souhaitable pour le secteur [...] Le temps n'est pas à des rapprochements opportunistes auxquels plusieurs peuvent trouver un intérêt qui ne retrouve pas ici l'intérêt général ».

Un point de vue partagé par Christian Eckert,  secrétaire d'État au budget, qui était hier soir sur France Inter : « le gouvernement n'y est pas favorable [...] Dans la mesure où Numericable-SFR avait pris des engagements en matière d'investissement, c'est le premier point qui nous préoccupe ». Mais ce n'est pas tout puisque la question des emplois revient bien évidemment sur le tapis. Il faut dire que les déclarations et les actes de Patrick Drahi en la matière ne sont pas pour rassurer tout le monde.

Sur ce sujet, le syndicat CFDT_ByTel qui se revendique comme « première organisation des salariés de la branche Télécom et 1ère chez les cadres » fait part de son inquiétude sur son compte Twitter : « Rachat de Bouygues Telecom par SFR : énorme risque de pertes d'emplois à cause de doublons. Les salariés en ont marre ». Pour rappel, ces derniers viennent déjà de subir un vaste plan de restructuration.

La réponse de Bouygues Telecom attendue mardi 

Quoi qu'il en soit, la balle est désormais dans le camp de Bouygues Telecom. Via un communiqué de presse, le groupe « confirme avoir reçu du groupe Altice une offre non sollicitée d’entrée en négociations pour la cession de Bouygues Telecom ». Il ajoute en outre que « le conseil d’administration de Bouygues se réunira mardi 23 juin 2015 pour examiner la lettre d’Altice. Aucune négociation n’est en cours ». S'il devait l'accepter, la balle passera alors dans le camp de l'ARCEP et des autorités compétentes afin qu'elles se prononcent également sur le sujet.

Dans tous les cas, il sera également intéressant de voir les morceaux de Bouygues Telecom négociés par Iliad (Free) et les conséquences que cela pourrait avoir sur la mise aux enchères des fréquences de 700 MHz censés rapporter au moins 2,5 milliards d'euros à l'État. Pour rappel, Bouygues Telecom revendique actuellement plus de 13 millions de clients, contre 29 millions pour SFR-Numericable et 37 millions pour Orange. Un rachat de BT par Numericable-SFR pourrait donc en faire le numéro un du secteur.

Quoi qu'il en soit, le marché boursier réagit plutôt favorablement à ces annonces puisque l'ensemble des opérateurs (Altice, Bouygues Telecom, Iliad, Orange et Numericable-SFR) grimpe de 10 % au plus depuis l'ouverture.


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