Kickstarter en France, qu'est ce que ça change ?

Finalement, pas grand chose pour le moment 36
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Kevin Hottot

C'est hier que Kickstarter, le géant américain du financement participatif, a annoncé son arrivée d'ici la fin du mois dans l'Hexagone. Si cela devrait bousculer un peu les acteurs nationaux que sont KissKissBankBank et Ulule, à quels changements doivent s'attendre les donateurs et les porteurs de projets ?

Le 27 mai, la plateforme de financement participatif  Kickstarter ouvrira officiellement ses portes en France. Une arrivée plutôt symbolique puisque jusqu'à présent les internautes français pouvaient déjà lancer leurs propres projets sur le site ou bien apporter leur soutien à ceux déjà existants. Cette annonce apporte quand même avec elle quelques changements aussi bien du côté des porteurs de projets que des donateurs.

Des frais en plus, des contraintes en moins

Étant donné que Kickstarter ne lancera pas de site distinct pour la France, la différence au niveau du contenu sera inexistante. Pas de panique donc, vous pourrez toujours soutenir votre développeur de jeux indépendants préféré ou vous offrir la prochaine version de la montre Pebble. La plateforme cherchera tout de même à y mettre en avant des projets locaux grâce à un système de filtrage géographique, déjà existant. Rien de neuf donc de ce côté-là. 

Bonne nouvelle pour les porteurs de projets : il n'est plus nécessaire d'être domicilié aux États-Unis pour pouvoir proposer son idée sur le site. Désormais, une adresse en France et une carte bancaire suffisent pour les particuliers, tandis que les entreprises devront fournir quelques documents supplémentaires. Un changement plutôt bienvenu dans la mesure où cela rendait la tâche plus complexe aux entreprises hexagonales, celles-ci devant jusqu'ici faire confiance à un prestataire américain avec les risques que cela implique, comme le soulignait Gamekult il y a quelques mois.

D'autres nouveautés se situent au niveau des commissions prélevées par les partenaires de la plateforme au titre des prestations de paiement. Aux États-Unis, les frais s'élèvent à 3 % + 0,20 dollar par transaction supérieure à 10 dollars ou 5 % + 0,05 dollar pour toute contribution inférieure à ce montant. Les porteurs de projets français devront supporter des tarifs légèrement supérieurs, puisque si la partie variable des commissions reste la même, la part fixe passe à respectivement 0,20 euro et 0,05 euro, soit une augmentation d'environ 10 % au cours actuel.

On notera d'ailleurs que les frais prélevés par Kickstarter sont un peu plus élevés que ceux pratiqués par ses concurrents hexagonaux comme KissKissBankBank et Ulule, qui de leur côté ne prélèvent que 3 % du montant collecté au titre des frais de paiement par carte bancaire. Ils sont néanmoins un peu meilleur marché que ceux de PayPal (3,4 % + 0,25 euro). Si la différence sera importante sur les projets de grande envergure, elle sera par contre un peu plus négligeable sur ceux où seulement quelques milliers d'euros seront collectés.

Kickstarter ne représente pas l'ensemble du financement participatif

Si Kickstarter est sans aucun doute la plateforme de financement participatif la plus connue, elle n'est pas la seule a œuvrer dans ce domaine, et surtout elle n'en couvre absolument pas toutes les branches. Certains acteurs hexagonaux ne devraient donc pas souffrir davantage de cette nouvelle concurrence. C'est par exemple le cas de plateformes spécialisées comme Tipeee (propriété de My Major Company) qui proposent de soutenir de façon récurrente des créateurs de contenus ou de celles spécialisées dans les prêts participatifs.

Contacté par nos soins, Vincent Ricordeau, le fondateur de KissKissBankBank ne voit d'ailleurs pas l'arrivée de Kickstarter en France comme une nouvelle menace, dans la mesure où le géant américain faisait déjà partie du paysage. « Techniquement, ils sont déjà présents en France, ils y ont levé 7 millions d'euros l'an dernier pendant que nous en levions 15 millions. Ils sont donc déjà troisièmes derrière Ulule. Leur arrivée provoquera surement un appel d'air sur le marché français et il faudra voir quelle part de marché ils saisiront sur cet appel. S'ils ne récoltent que les fruits du marché qu'ils ont créé, tout ira pour le mieux chez nous, s'ils vont au-delà, ça sera peut-être un petit peu différent  » nous explique-t-il. 

La plateforme française pense d'ailleurs pouvoir tirer son épingle du jeu malgré l'arrivée du géant américain sur ses terres, en sortant un atout de sa manche : la proximité. Vincent Ricordeau nous explique en effet qu'en six années de présence en France, sa plateforme a pu tisser tout un réseau de « mentors » qui peuvent soutenir les porteurs de projets tout au long de son avancement, même après la levée de fonds. Un avantage sur lequel Kickstarter ne peut pas encore compter. « Nous avons six ans d'avance sur ce point », esquisse le responsable.

Les acteurs français pourront également compter sur leur diversification pour maintenir leurs parts de marché. Comme nous l'avons vu plus haut, certains s'essaient au « tip », quand d'autres misent sur les prêts participatifs, des secteurs où Kickstarter n'a pas (encore ?) mis les pieds. Vincent Ricordeau prévoit d'ailleurs de s'attaquer au marché de l'investissement participatif (equity-based crowdfunding) d'ici 2017, un terrain encore vierge de tout géant américain.


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