Kerbal Space Program : vers l'infini et au delà ?

Avec toutes nos condoléances à la famille de Jeb 24
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Kevin Hottot

Le mois dernier, Kerbal Space Program quittait enfin le programme Early Access de Steam, après y avoir campé pendant plus de deux ans. Curieux de savoir quel niveau de qualité on pouvait attendre d’un titre indépendant ayant connu une gestation aussi longue, nous avons décidé de l’étudier en profondeur.

Il était une fois, la conquête spatiale

Lui, c’est Jebediah Kerman, mais tout le monde l’appelle Jeb. Rien ne le distingue vraiment des autres habitants de la planète Kerbal, mais aujourd’hui il va marquer de son empreinte l’histoire de son peuple. Il va devenir le premier astronaute de la planète Kerbin, et c’est un peu grâce à vous. En effet, vous venez de lancer le tout premier programme spatial de cet astre qui ressemble à s’y méprendre à notre bonne vieille Terre.

Le gouvernement local vous a fourni une modeste ligne de crédit, qui vous a permis de construire un petit centre spatial, avec une piste d’atterrissage en terre, un petit hangar pour bricoler vos fusées, et une petite équipe de bras cassés. Il faut dire que la technologie aéronautique de Kerbin n’est pas vraiment avancée, vous aurez donc également la lourde tâche d’en dicter les évolutions afin de faire avancer vos travaux.

Carrière ou bac à sable ?

Mais avant de vous lancer dans le grand bain, vous allez devoir apprendre les bases du métier en lançant le tutoriel. Si celui-ci ne vous est pas imposé par le jeu, il est tout simplement indispensable si vous avez pour objectif de retarder un minimum les funérailles de Jeb. Le pilotage des fusées est en effet assez délicat, et vous aurez également besoin de quelques notions d’astrophysique si vous espérez mettre des sondes en orbite ou marcher sur la Mune, la Lune de Kerbin.

Kerbal Space Program Kerbal Space Program

Une fois le tutoriel terminé, il sera alors temps de choisir quel mode de jeu vous intéresse le plus. Dans le mode carrière, chacune de vos sorties dans l’espace (ou dans l’atmosphère de Kerbin) sera l’occasion d’accumuler des données scientifiques qui vous permettront de débloquer de nouveaux éléments pour vos aéronefs. Vous devrez faire attention à votre réputation (faire exploser des kerbonautes est assez mal vu) mais aussi à vos fonds, le gouvernement n’ayant pas envie de dépenser des milliards pour envoyer de petits bonshommes verts dans l’espace. Si vous voulez juste faire exploser des fusées pour le fun, le mode bac-à-sable vous tend les bras.

Un mode carrière où l'on raconte sa propre histoire

Dans le mode Carrière de Kerbal Space Program, le joueur doit donc commencer avec les moyens du bord et remplir diverses missions confiées par le gouvernement et diverses entreprises afin de collecter de quoi faire avancer votre programme spatial. Le jeu laisse d'ailleurs une assez grande liberté de ce point de vue, puisque les différents objectifs proposés peuvent être effectués dans n'importe quel ordre.

Le jeu ne proposant aucune forme de narration pour accompagner le mode carrière, on se prend assez rapidement a narrer à soi-même sa propre histoire. Comme celle de Jebediah Kerbal, ce valeureux kerbonaute qui sera le premier à quitter l'atmosphère si vous ne vous trompez pas dans vos calculs. Voici par exemple ce à quoi s'est résumée notre première heure de jeu.

Jeb, ce héros à la carrière trop courte

Avec les maigres technologies disponibles, marcher sur la Mune s’annonce difficile. Comme il faut bien commencer quelque part, notre premier essai se limitera à un lanceur très rudimentaire, Kerbia I, composé d’un seul étage avec un propulseur, une capsule de commandes, quelques instruments scientifiques et trois ailettes pour faire joli (et faciliter les manœuvres dans l’atmosphère). Au dernier moment, nous ajoutons un parachute, ça peut servir.

Le compte à rebours est lancé : cinq, quatre, trois, deux, un, mise à feu. À notre grande surprise rien n’explose et Kerbia I décolle. À 2 000 mètres d’altitude, nous demandons à Jeb comment se passe le vol. « Je vois ma maison d’ici » nous répond-t-il. Une réponse qui nous rapporte 30 points de science. 500 mètres plus haut, le moteur s’éteint faute de carburant, mais la fusée continue de grimper grâce à son élan. Jeb observe une boule de gelée que nous avions accrochée à la carlingue pour étudier son comportement « Elle bouge bizarrement ». Paf, 30 points de plus ! On va peut-être pouvoir financer de nouveaux outils avec une telle découverte.

Kerbal Space Program Kerbal Space Program 

A 4 000 mètres d’altitude, la fusée pivote, et entame sa descente. Dans un éclair de génie, Jeb actionne le parachute, ce qui le sauve d’une mort certaine, et nous permet de faire quelques économies : on réutilisera sa capsule au prochain vol.

Les résultats des expériences de Jeb nous ont permis de débloquer des crédits et de mettre au point de nouveaux propulseurs, plus gros, mais surtout de fabriquer des découpleurs. Ces objets permettent de séparer un lanceur en plusieurs étages et donc d’alléger l’engin au fur et à mesure de son ascension. Les ingénieurs planchent sur un lanceur Kerbia II, bardé d’instruments compliqués comme des thermomètres, des antennes de communication et des batteries. On installe même un petit laboratoire pour Jeb. Kerbia II dispose de trois étages de propulsion, et on espère bien dépasser la barre des 70 km d’altitude, frontière entre l’atmosphère et l’espace. Si nous y parvenons, le gouvernement nous promet un gros chèque pour financer nos recherches sur les satellites.

Kerbal Space Program Kerbal Space Program
Kerbia II et son premier retour sur Kerbin

Kerbia II s’envole. À 15 000 mètres d’altitude, le premier étage se détache sans encombre. « Vous êtes tout petits vus d’ici » lance Jeb, pour 50 points de science. À 47 km d’altitude, le deuxième étage se décroche et la fusée poursuit sa route. « Le thermomètre n’indique plus rien, on dirait qu’il ne marche plus », indique notre pilote, nous rapportant encore quelques points de science. Le troisième étage ne s’éteint finalement qu’à 95 km au dessus du niveau de la mer, Jeb nous confirme qu’il est « très beaucoup dans l’espace » ce qui est une première pour un habitant de Kerbin. Dans le centre de commande, tout le monde célèbre cette victoire… pendant que la capsule de Kerbia II se dirige à plus de 2 km/s vers la terre ferme.

Dans le ciel, on voit une longue trainée orangée. Nous appelons Jeb pour savoir ce qu’il se passe. « Vous êtes tous petits vus d’ici » nous répond-il avant que sa capsule ne se désintègre sous l’effet de la chaleur. Jeb n’était pas très malin, les ingénieurs qui ont oublié le bouclier thermique sous la capsule non plus. On profitera du prochain chèque de l’État pour faire des recherches dans le domaine. On tâchera également de ne recruter plus que des kerbonautes orphelins, cela nous épargnera des discussions tendues avec leurs familles.

Un mode bac à sable presque sans limite

Si vous n'avez pas la patience de remonter tout l'arbre des technologies avant de vous lancer dans des missions de plus grande envergure, Kerbal Space Program dispose d'un mode « bac à sable » dans lequel l'ensemble des pièces est directement disponible. Plus besoin donc de devoir composer avec des propulseurs rachitiques pour quitter l'orbite de Kerbin.

Kerbal Space Program
Ce modèle est peut-être un peu trop compliqué

Vous pourrez soit fabriquer votre propre lanceur taille XXL selon vos besoin, soit composer avec la base de lanceurs standards proposée par le jeu. Leur capacité d'emport est souvent plus élevée que celle des fusées que vous pouvez construire au début du mode carrière, cela vous permettra de faire preuve de plus d'ambition, les seules limites étant votre imagination... et vos compétences de pilotage.

Libre à vous par exemple de mettre au point une station spatiale équivalente à l'ISS, en amenant chacun de ses composants en orbite, ou de lancer une mission d'exploration du même type que Voyager. Les plus téméraires pourront tenter de se poser sur la Mune pour y construire une colonie voire d'aller se poser sur l'équivalent de Mars ou essayer de reproduire la mission Rosetta.

Kerbal Space Program
Ne souris pas trop Bill, on ne sait pas encore si tu vas pouvoir rentrer 

Il est d'ailleurs à noter que le jeu ne permet pas seulement de construire des fusées, mais également d'en faire autant avec les sondes que vous déploierez sur les astres que vous visiterez. Il est ainsi possible de reproduire ce bon vieux Curiosity pour aller explorer d'autres mondes.

Si l'aviation vous passionne, sachez que vous pourrez également tenter de produire vos propres avions, pour ensuite les piloter. Attention toutefois, ne vous attendez pas à retrouver ici un concurrent de Flight Simulator X. Les commandes disponibles sont simplifiées au maximum et l'intérêt du jeu réside davantage dans la conception des appareils plutôt que dans leur pilotage.

Quelques mods sont disponibles... à condition de savoir les gérer

Comme de nombreux jeux indépendants, Kerbal Space Program dispose d'une communauté très active dans le domaine des mods, qui propose quelques centaines d'ajouts possibles au titre. Certains sont presque indispensables tant ils apportent de fonctionnalités, comme Mechjeb, un module permettant de faciliter certaines manœuvres délicates, notamment celles consistant à rejoindre un objet déjà en orbite, en vous permettant de les préparer avant le lancement. Ce module est également assez pratique pour les joueurs ayant choisi de se lancer dans l'aviation, puisqu'il propose une fonction permettant de faciliter l'atterrissage, voire l'automatiser.

Seul point noir, contrairement à ce que l'on a pu voir avec Cities Skylines, Kerbal Space Program n'intègre pas les fonctionnalités du Steam Workshop. L'installation et la mise à jour des mods doit donc se faire « à l'ancienne » en ajoutant manuellement les fichiers requis dans les répertoires du jeu. Les développeurs disent ne pas prévoir l'intégration de cette fonction pour le moment.

Linux n'est pas oublié, les petites configurations non plus

Au chapitre des bonnes nouvelles, on retiendra que les développeurs du studio Squad ont cherché à éviter de mettre trop de joueurs sur le carreau, en rendant leur jeu plutôt léger, mais surtout compatible avec un maximum de plateformes. Que vous utilisiez Linux, OS X ou Windows, vous devriez être en mesure de jouer convenablement à Kerbal Space Program, à partir du moment où vous ne disposez pas d'une machine vieille de huit ans.

La configuration minimale sur PC se limite à un simple Core 2 Duo équipé de 2 Go de mémoire vive et une carte graphique avec 512 Mo de mémoire et supportant les Shaders Model 3.0. Sur un PC portable à base de Core i5-4210U équipé d'une GeForce GT 840M, le jeu fonctionne de façon parfaitement fluide en 1920 x 1080 pixels et le niveau de détails maximal.

Dans l'espace, personne ne vous entendra craquer

Finalement, la seule question qui se pose avant d'acheter ou non Kerbal Space Program, est de savoir si oui ou non ce type de jeu est réellement fait pour vous. Si vous cherchez un jeu simple d'accès, que vous pourrez prendre en main immédiatement tout en parcourant l'ensemble de son contenu en une dizaine d'heures, vous devriez probablement passer votre chemin ou vous essayer à sa démonstration gratuite afin de vous faire un avis.

Si vous êtes passionnés par la conquête spatiale, que passer une dizaine d'heures pour simplement comprendre les mécanismes de base d'un jeu ne vous rebute pas et que vous voulez crier au monde entier qu'il est possible d'établir une colonie sur Mars, parce que ça marche dans le jeu, dans ce cas, n'hésitez pas une seule seconde. 

Pour tous les autres, la question du prix se pose. À 39,99 euros, Kerbal Space Program fait payer son originalité au prix fort et le passage par la version de démonstration s'impose avant de le glisser dans son panier. À moins qu'une promotion ne lui rende temporairement le prix qui était le sien lors de sa phase d'alpha test : moins de 20 euros.


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