DCRI contre Anonymous : le jugement de relaxe de Triskel

Où comme le renseignement est parfois mal renseigné 106
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Crédits : Xavier Berne
Justice
Marc Rees

Un déluge de moyens, des enquêteurs de la DCRI, une perquisition, des fouilles, une très longue garde à vue au domicile de cet éditeur d’un raccourcisseur d’URL pour IRC. Le tout pour aboutir à une relaxe…. Voilà en résumé ce qu’a subi Pierrick Goujon (ou Triskel) suite à une attaque par déni de service visant EDF menée par des « Anonymous ».

Pierrick Goujon, alias Triskel, est l’éditeur d’irc.lc. Ce service de raccourcissement d’URL, dédié à IRC avait été utilisé par des anonymous lors d’une attaque par déni de service visant EDF en avril 2011.

La preuve par flyer

Rapidement l’ANSSI alerte la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI, devenue DGSI) de cette attaque, et EDF porte plainte dès le mois de mai. Plusieurs personnes sont identifiées. Pour ce jeune homme d’une trentaine d’années, rien de plus simple. Il aura suffi d’un simple... flyer : un tract virtuel de ces pirates qui mentionnait en effet l’adresse irc.lc/anonops/operationgreenrights Un Whois sur irc.lc permettra de savoir qu’il loue un espace d’hébergement auprès d’OVH. Autre chose, son IP avait bien été enregistrée dans les logs d’EDF, mais comme il l’expliquera lors de l’audience fin 2014, c’était simplement par curiosité, pour constater les dégâts produits par l’attaque. Pas plus.

Y-a-il un masque d'Anonymous parmi les culottes de sa copine ?

Sûres de disposer de solides et épaisses preuves, les autorités, épaulées par la DCRI, entament malgré tout une perquisition chez lui, une atteinte à sa vie privée accompagnée de fouilles, le tout suivi d’une très longue garde à vue... On ne badine pas avec un opérateur d’infrastructure vitale. Les détails de cet épisode, assez impressionnants, avaient été rapportés à l’époque par notre confrère Jean-Marc Manach :

« Après s’être fait signifié son placement en garde à vue, les policiers de la DCRI entrent chez lui et s’intéressent à ses ordinateurs et disques durs. Pendant ce temps, les gendarmes fouillent un peu partout, “y compris dans les culottes de ma meuf’, à la recherche d’un masque d’Anonymous“. »

Pas de masque d’anonymous dans les culottes de sa copine, mais peu importe. En décembre 2013, Triskel est finalement poursuivi pour « participation à une entente formée en vue de conduire des entraves par déni de service, contre plusieurs producteurs/distributeurs d’énergie ».

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Pourquoi Triskel a été relaxé ?

Jugement du 7 novembre 2014 en main, on sait désormais pourquoi le tribunal correctionnel de Paris l’a finalement innocenté. Triskel a utilement fait savoir que son service n’avait pour vocation que de « rendre plus accessible les canaux de discussion IRC », nullement de mener à bien des attaques par déni de service. Le tribunal insistera : son site « n’est pas conçu spécifiquement pour le mouvement Anonymous » ni pour commettre de telles attaques.

Comme son avocat, Me Joseph Breham, l’a démontré, « l’enquête n’a pas permis de démontrer que [le prévenu] a eu l’intention de participer à des attaques ou d’en faciliter la réalisation ». Mieux, poursuivent encore les magistrats, « il n’a ni créé ni diffusé des messages incitant à participer à la campagne GreenRights ». Sa pleine et entière relaxe a donc été prononcée. Cependant, l’affaire n’est pas éteinte puisque le procureur de la République a malgré tout décidé de faire appel...


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