Facebook Messenger mise sur le transfert d'argent, qu'en pensent ses concurrents ?

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Alors que Facebook a annoncé récemment qu’il sera désormais possible de s’échanger de l’argent via Messenger, nous nous sommes demandé ce qu’en pensent les acteurs déjà présents sur ce secteur. Mais si officiellement ils ne sont pas particulièrement inquiets, cela va forcément changer la donne.

Le paiement et le transfert d’argent sur mobile n’ont rien de nouveau. Des acteurs comme PayPal le proposent en effet depuis des années. Mais voilà, désormais, ce secteur intéresse un nombre croissant de sociétés, dont de gros acteurs de la Silicon Valley poussés par l’essor des messageries instantanées et des réseaux sociaux. On a ainsi déjà vu Amazon lancer son #AmazonCart, alors que SMoney a de son côté inventé le transfert d’argent initié sur Twitter, disponible depuis septembre dernier.

Mais il y a quelques jours, Facebook annonçait l’arrivée sur Messenger d’un système équivalent avec l’apparition d’un nouveau bouton « $ ». Une solution que proposent déjà d’autres applications comme Snapchat, Line ou WeChat. Le fait que David Marcus, le nouveau responsable de Facebook Mobile soit un transfuge de PayPal et que le paiement, ou plus exactement la récupération des données bancaires des utilisateurs ne sont sans doute pas étrangers à l’affaire, surtout que ces solutions sont au centre de toutes les attentions en ce moment. Pour autant, les acteurs spécialistes du transfert d’argent mobile doivent-ils avoir peur ? Nous les avons contactés afin d’en savoir plus.

L’arrivée de nouveaux acteurs montre qu’il y a un marché à conquérir

Et c’est plutôt le contraire pour Cyril Chiche, le fondateur de Lydia, qui s’en réjouit : « Nous sommes ravis, ça attise l’intérêt pour le paiement mobile. Chaque annonce comme ça est un pic d’inscription chez nous. Le lendemain, le 18 mars, nous avons eu entre 600 et 700 nouvelles inscriptions dans la journée. C’est parfait, ça concrétise le fait que le paiement mobile c’est maintenant ! » Pour lui, cette annonce n’a rien de bien innovant : « Toute une déferlante médiatique pour un truc qui n’existe pas encore qui arrivera uniquement aux États-Unis dans quelques mois et que tu peux faire déjà grosso modo par quarante autres moyens. C’est quoi la grande nouveauté ? C’est dans Facebook. Ah. »

Et il a raison. Orange propose déjà le transfert d’argent via Facebook à ses clients polonais via son service Finanse dont nous vous parlions récemment. De son côté, SMoney y songeait déjà quelques semaines après son annonce via Twitter. Armand dos Santos, directeur technique du service, expliquait alors envisager « de développer la même solution pour les autres réseaux sociaux en 2015. Nous pourrions décider sur Google + ou Facebook de n’autoriser la visibilité du paiement que par un nombre restreint d’utilisateurs. »

De l’intérêt d’une solution tierce, mais aussi d’une large base de clients

Reste à déterminer si l’offre de Facebook présente un réel intérêt. Pour Cyril Chiche, la réponse est clairement non. « Les usagers n’ont pas à ce point envie de payer avec leurs téléphones qu’ils veulent se compliquer la vie avec. Je suis sûr que ce sera un super produit qui fonctionnera pour s’échanger de l’argent avec ses amis Facebook, mais ma vie n’est pas que de l’argent échangé sur Facebook. Pour Facebook, mais il faut avoir Messenger, si je vais chez Starbucks il faut l’application Starbucks. C’est comme si ta banque te donnait une carte pour chaque action que tu vas faire. La logique est d’avoir une solution qui serve, quelles que soient les circonstances. » 

Yannick Borgomano, cofondateur de Flooz, n’est lui aussi pas convaincu : « Pour nous, en plus de l’ergonomie, il manquait un contexte social. Facebook même avec toute sa force, ça reste un utilitaire d’une personne à une autre, sans mise en avant. Chez nous le paiement peut être suivi, liké et commenté. La plupart de nos utilisateurs partagent leurs paiements, il y a une photo, une petite histoire. Le montant n’est visible que de l’expéditeur et du destinataire. Il n’y a qu’une chose qui peut vraiment développer le paiement mobile : la viralité. Demain quand je vais payer grâce à Flooz sur un e-commerce on pourra le liker et le voir. »

Mais voilà, Facebook aura tout de même pour lui sa grande base d’utilisateurs exploitant déjà Messenger. Là où des applications comme Lydia ou Flooz doivent être installées, et utilisées après la création d’un compte. De plus, le géant des réseaux sociaux a annoncé vouloir faire de son application de messagerie instantanée une plateforme à part entière, pouvant être exploité par n’importe quelle application mobile. Dès lors, entre l’apparition éventuelle d’un bouton « Acheter » sur son réseau, et l’exploitation possible des données de paiement par des éditeurs tiers on imagine le potentiel d’une telle solution.

Tout est une question de confiance, de sécurité et d’implantation locale

Mais c’est justement là que le bât blesse : la question de la confiance et de la sécurité des données. Quelle que soit la compétence de ses équipes, Facebook est perçu comme un aspirateur à données personnelles, les exploitants pour son compte, ou celui de ses partenaires.

« L’application Messenger est très mal notée, et la confiance en Facebook chute fortement même pour les données personnelles, alors leur donner sa carte bancaire... » remarque Yannick Borgomano. Tandis que Cyril Chiche se demande : « à qui faire confiance pour donner tes informations sensibles, à un GAFA ou à un service surveillé par la Banque de France ? » Une question de confiance et de sécurité qui sera sans doute tranchée aux premières failles de sécurité découvertes.

En attendant, et avant que ce service ne se développe et n’arrive en France ou même ne deviennent transfrontalier (ce qui pourrait fournir une alternative particulièrement intéressante aux taux exorbitants de Western Union et consorts pour les migrants), il reste quelques étapes légales à franchir. Il faudra que Facebook se conforme au droit européen et français concernant les transferts d’argent (notamment la lutte contre le blanchiment de capitaux) et le stockage des données bancaires (y compris la trace des transferts faits dans une messagerie privée). Et donc qu’ils acceptent de se conformer à un droit autre que celui de l’État de Californie.

Un temps précieux pour ses futurs concurrents déjà implantés au niveau local qui, s’ils n’ont pour le moment pas peur de ce géant encore lointain, vont sans doute commencer à sérieusement s’activer pour consolider leurs positions et se développer. C’est d’ailleurs sans doute pour cela qu’un acteur comme Lydia  a levé 3,6 millions fin 2014.


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