[Critique geek] « Hacker » vaillant... mais un peu désolant

Avec des chinois du FBI ! 67
En bref
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Crédits : badmanproduction/iStock/Thinkstock
Cinéma
David Legrand

La représentation du milieu informatique ou même du numérique en général dans la « culture populaire » est souvent dramatique. Notamment lorsqu'il s'agit du cinéma ou de la télévision. Avec Hacker, on s'attendait donc à du lourd. Et autant dire que l'on n'a pas été déçu, bien que le film garde quelques points forts.

Quand un film titré Black hat devient en français Hacker, on se dit que l'on va passer 133 minutes de bons gros « What the fuck » à se désespérer de voir une bande de génies sauver le monde devant une pelletée de lignes de code, tendance Matrix. Le synopsis n'était d'ailleurs pas pour nous rassurer : 

« À Hong Kong, la centrale nucléaire de Chai Wan a été hackée. Un logiciel malveillant, sous la forme d’un outil d’administration à distance ou RAT (Remote Access Tool), a ouvert la porte à un autre malware plus puissant qui a détruit le système de refroidissement de la centrale, provoquant la fissure d’un caisson de confinement et la fusion de son coeur. Aucune tentative d’extorsion de fonds ou de revendication politique n’a été faite. Ce qui a motivé cet acte criminel reste un mystère.  Un groupe de hauts gradés de l’APL (Armée populaire de libération chinoise) charge le capitaine Dawai Chen, spécialiste de la défense contre les cyberattaques, de retrouver et de neutraliser l’auteur de ce crime.

À Chicago, le Mercantile Trade Exchange (CME) est hacké, provoquant l’inflation soudaine des prix du soja. Carol Barrett, une agente chevronnée du FBI, encourage ses supérieurs à associer leurs efforts à ceux de la Chine. Mais le capitaine Chen est loin de l’idée qu’elle s’en était faite. Formé au MIT, avec une parfaite maîtrise de l’anglais, l’officier chinois insiste pour que ses homologues américains libèrent sur le champ un célèbre hacker détenu en prison : Nicholas Hathaway.»

Tout y est : le danger nucléaire, la méchante finance qui va finir par mener le monde à sa perte du fait de sa gestion automatisée à coup d'algorithmes et de machines sans âme, les chinois et le FBI ainsi que nos bons vieux génies du MIT. On pensera tout de même à nous mentionner deux ou trois fois le 11 septembre pendant le film, sans parler de la petite sœur craquante permettant de rajouter un peu de love story à l'ensemble. Tout cela ressemble tout de même comme deux gouttes d'eau au résultat d'un mauvais synopsis-o-tron qui aurait pour thème général : l'informatique et la fin du monde.

Mais bien que l'on ne connaisse pas Michael Mann principalement pour ses grands talents de scénariste (ce qu'il est ici, en plus de réalisateur et de producteur), nous avions décidé d'avoir confiance. Une confiance qui n'aura été qu'à moitié déçue. En effet, le film commence très rapidement avec la fameuse scène du piratage de la centrale nucléaire chinoise. Et quoi de moins visuel, et donc inadapté au cinéma, qu'un piratage. Certes, on peut vite retrouver les clichés évoqués précédemment, mais Michael n'est pas l'un de ces amateurs qui tombe si facilement dans un piège.

De gros raccourcis et des bits malfaisants

On a donc droit à une plongée au cœur de la machine, à mi-chemin entre la bonne vieille publicité Intel inside et Tron : l'héritage. Le tout est plutôt bien pensé, pas loin d'être assez réaliste, et tout juste regrettera-t-on d'avoir été effrayé lorsque cette scène s'est reproduite : va-t-on y avoir droit toutes les 10 minutes ? Sans vouloir vous retirer la moindre surprise : non, ce ne sera pas le cas. Nous sommes sauvés.

Mais en plus de rendre les choses visuelles, il faut rendre les choses simples à comprendre pour le spectateur moyen. Ainsi, on apprendra qu'un piratage prend la forme d'un petit point blanc qui apparait physiquement sur une puce, juste avant qu'un bon gros lots de méchants bits débarquent, tout de blanc vêtus, pour faire faire les pires choses à nos machines. Un choix artistique qui nous a semblé un poil exagéré.

Cette tentative du raccourci est d'ailleurs l'une des déceptions du film, qui tombe assez vite dans quelques travers du genre. On essaie ainsi de nous persuader à plusieurs reprises qu'un expert en « code », ça regarde ses fichiers en hexadécimal pour tout comprendre. Et quand il s'agit d'un langage plus accessible, il suffit d'analyser une dizaine de lignes pour comprendre toute la portée d'un malware. Décidément, ils sont trop forts ces gens du MIT !

Hacker
Crédits : Universal Pictures

Une force que l'on ne retrouve pas dans les élites d'autres institutions. Ainsi, un Marshall se fait berner par une simple manipulation de son smartphone dans lequel on trouve une option permettant de régler la fréquence de localisation d'un bracelet électronique... à une fois par jour. Une manipulation faite alors qu'il avait besoin qu'on lui active le roaming, comme s'il était un simple abonné de Free mobile. Que dire de ce membre de la NSA qui va se faire berner par un bon vieux phishing permettant de récupérer un mot de passe contenant à peine plus de huit caractères, ou de cet outil top secret accessible en ligne depuis n'importe quel ordinateur sans aucune procédure de sécurité, même pas une pauvre petite 2FA (connexion à deux facteurs) que l'on retrouve pourtant pour protéger le compte Facebook de Madame Michu.

On vous évitera les passages où le héros nous montre une URL en indiquant que c'est une adresse IP récupérée à la sueur de son front, ou qu'il ne peut pas casser des données chiffrées via GPG sur... 512 bits. D'ailleurs les incohérences ne s'arrêtent pas au domaine informatique et l'on se retrouve parfois avec un personnage qui traverse la moitié de la ville en quelques secondes à peine, sans parler des balles qui traversent ou non tel ou tel matériau en fonction du potentiel dramatique ou de notre héros, toujours bien coiffé, qui porte constamment une chemise toute neuve et parfaitement à sa taille comme si elles poussaient par miliers, alors qu'il est fugitif.

De Thor... à Tor

L'autre gros point noir du film tient d'ailleurs, non pas à Chris Hemsworth, mais plutôt au casting de manière générale. On se demande bien ce que ce bon vieux Thor est venu faire ici, si ce n'est montrer ses muscles et tenter de se détacher de son image de héros de Marvel. Autant dire que cela ne risque pas de vous donner envie de le voir dans une autre situation. Mais aucun autre acteur ou personnage ne se détache vraiment du lot. Heureusement, Ritchie Coster campe ici un second couteau responsable des basses besognes plutôt charismatique. Mais finalement, très mal exploité.

Hacker
Crédits : Universal Pictures

Le scénario n'est pas non plus ce qui sauvera l'ensemble, puisqu'il peut tenir sur une simple feuille, sans parler des grosses ficelles et autres scènes que l'on a vu venir à des kilomètres. Quelques clichés font aussi un peu mal au cœur, notamment lorsque les américains ont subi une attaque similaire aux chinois, mais que eux n'ont pas été touchés (America is serious business !) ou lorsque quelques dirigeants chinois se doivent de se ranger à une décision américaine parce que même si ce sont des ennemis sur certains fronts, ce sont des alliés commerciaux avec lesquels il faut s'entendre (vive la realpolitik).

Outre nos critiques évoquées au départ sur le traitement du domaine informatique, on ne pourra néanmoins pas retirer qu'un minimum de travail a été mené pour rendre le tout cohérent, et certaines scènes et discours sont loin d'être ridicules... même si comme nous l'avons vu, cela est totalement gâché par des approximations dramatiques. On nous a aussi évité la cascade de placements de produits, même si l'on aperçoit par ici un portable Toshiba ou une clef USB Sony. Cela reste finalement assez léger.

Hacker perdu

Hacker se révèle d'ailleurs être un dilemne. Car autant le film est creux par plusieurs de ses aspects, autant il est sauvé par de nombreux petits points qui ont leur importance. Michael Mann signe ici une réalisation assez soignée, des plans de découverte des paysages superbes, accompagnés d'une bande originale assez ennivrante. L'ensemble sait passer d'une situation paisible avec une ambiance à la Drive à quelque chose de bien plus punchy avec des scènes d'actions sobres, sans surenchère. La violence est directe, mais de courte durée. C'est d'ailleurs l'un des aspects qui rend la seconde partie du film bien plus convaincante. Le combat n'est alors plus numérique, il devient physique.

On se retrouve ainsi avec un bon film d'action, sans prétention, mais avec un traitement décevant de ce qui est présenté comme le principal de l'intrigue : le milieu informatique. Si vous n'avez pas d'allergie particulière sur ce point, ou qu'un discours sur Tor ou GPG vous parait de toute façon incompréhensible, n'hésitez pas : vous pouvez profiter de la fête du cinéma qui se tiendra dès dimanche pour aller voir Hacker. Comme les 10 personnes qui étaient avec nous dans la salle, vous ne passerez sans doute pas un mauvais moment. Mais vous ne découvrirez pas non plus le film du siècle.

À l'heure où nous écrivons ces lignes, Hacker a droit à une note de 3,3 chez Allociné et 5,6 chez IMDb. Il n'est pas encore proposé en précommande, ni en DVD, ni en Blu-ray.


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