Free : la fin annoncée des ralentissements sur les services de Google, dont YouTube

Mais PewDiePie restera bien insupportable 149
En bref
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Crédits : Ryhor Bruyeu/iStock Editorial/Thinkstock
FAI
Par
le jeudi 12 mars 2015 à 17:30
Guénaël Pépin

Suite à l'annonce de l'arrivée d'une Freebox sous Android TV, une question se pose : est-ce le signe du réchauffement des relations entre Free et Google, que ce soit sur le terrain des débits de YouTube ou de la gestion de la publicité ? Et il semblerait bien que oui.

Free a dévoilé avant hier sa nouvelle Freebox mini 4K. « Surprise », ce fameux boitier utilise le système Android TV de Google, alors que les deux entreprises sont censées être en froid depuis plusieurs années. Les services de l’américain, YouTube en tête, sont parfois très ralentis sur le réseau Free, poussant même certains à changer de FAI.

La raison : l’interconnexion entre Google et Free n’est pas dimensionnée pour la demande de ses clients. Selon Xavier Niel, les coûts d’acheminement des contenus pourront exploser dans les prochaines années. Free aurait donc essayé de négocier un accord commercial avec Google, comme condition pour que le lien entre leurs réseaux puisse satisfaire la demande. Le conflit a culminé fin 2012 et début 2013 quand, après une tentative de conciliation par l’ARCEP, Free a bloqué pendant quelques jours les publicités de Google, via une option de sa Freebox. Le FAI avait imposé un ultimatum auquel Google n’a semble-t-il pas répondu à l’époque.

Google et Free : un accord avec « de bonnes conditions financières »...

Depuis plusieurs mois, deux opérateurs ont sauté le pas et proposent un boitier TV sous Android 4.2, Bouygues Telecom et SFR, même si ce dernier fera machine arrière le 1er avril prochain. Une décision très mal vue par le directeur général d’Iliad (maison-mère de Free), Maxime Lombardini, à l’époque. Lors du dernier colloque ARCEP, en octobre, il estimait ainsi que « laisser les clés » de la box à Google était une mauvaise idée, signifiant que l’abonné appartenait un peu moins à l’opérateur et plus au géant américain.

Ces déclarations ressemblent désormais à une manœuvre destinée à influencer les négociations entre les deux entreprises... qui semble avoir porté leurs fruits. « Nous n'agissons pas contre nos intérêts. Nous avons conclu avec Google un accord présentant de bonnes conditions financières » explique-t-il désormais dans un entretien à La Tribune.

... mais pas un accord commercial selon Xavier Niel

Les détails exacts de l’accord sont (pour l’instant) inconnus, mais il concerne très probablement à la fois l’intégration d’Android TV dans la box et les conditions d’interconnexion (peering) entre les deux acteurs. Du donnant-donnant. Néanmoins, selon notre confrère Guillaume Grallet, Xavier Niel profitait de l'annonce des résultats trimestriels du groupe, pour affirmer qu'il n'y a pas d'accord commercial autour du peering entre Free et Google.

« Proxad [le réseau de Free] et Google ont signé un accord de peering il y a quelques semaines » nous affirme un expert du secteur, ce qui nous a été confirmé par d'autres sources depuis. Signe supplémentaire, des responsables juridiques de Free ont tweeté l’entretien publié dans La Tribune avec des mots-clés équivoques, entre « interco » et « #peering ». Maxime Lombardini répond également à nos confrères que les utilisateurs ayant remarqué une amélioration des débits sur les services Google sont « de bons observateurs ». « Les gens sur les forums ont l'air très contents de ce qui se passe sur YouTube. Je crois que tout le monde peut regarder des films en 4K, même en 5K, le soir chez soi. Ça marche bien, quelle que soit l'heure » a déclaré, pour sa part, Xavier Niel à Univers Freebox.

De nouvelles interconnexions repérées sur le réseau de Free

Le plus concret vient pourtant du réseau lui-même. Ce matin, l’outil IpSpy du Journal du Freenaute a détecté de nouvelles « interconnexions de réseaux privés » (PNI) sur le réseau Free. Ce programme vérifie régulièrement quel service est associé aux adresses IP de l’opérateur, par une recherche DNS inversée. Hier matin, à 5h05, une dizaine de nouveaux matériels ont été mis en ligne, nommé « free-pni » ou « g-pni ». Ces nouveaux points sont « à quelques IP de celles du fameux google-pni-3.routers.proxad.net (212.27.40.102), et des autres PNI de Free » remarque  Freenews, un élément supplémentaire qui va dans le sens d'une interconnexion, mais sans pour autant le prouver avec certitude.

Contacté sur le sujet, Google n'a pas encore répondu précisément à nos questions. « Nous ne communiquons pas sur ce point » nous a répondu Free.

Free Google Peering
Crédits : Le Journal du Freenaute

Un problème réglé avec Google, un nouveau avec Netflix

Pourtant, malgré tous ces indices, aucun responsable de Free ne confirme ouvertement cet accord, soit par pudeur, soit à cause des conditions du contrat lui-même. Pas même Xavier Niel. « On va supposer que ça se passe bien » entre Google et Free, répondait-il avant hier au micro de 01Net TV. « Ça n'a jamais été vraiment tendu. On a eu des discussions sympathiques et conviviales. Vous savez comment on est, on s'emporte pour un rien. Google est taquin, nous sommes taquins. On se rencontre et on discute » ironise-t-il gentiment.

« On n'a pas amélioré, ni diminué la qualité de nos relations avec Google. On a pu ne pas être d'accord sur certains sujets, mais c'est du passé. Maintenant on a un truc qui marche. On est ravis d'avoir commencé à travailler avec eux il y a un an sur cette Freebox Android. On a reçu un support fantastique de Google » complétait-il chez Univers Freebox.

« On a décidé de faire entrer Google dans la maison et de l'installer dans vos téléviseurs parce que vous aimez Google » a clamé le vice-président de Free lors de sa conférence de presse mardi matin. Cela alors que Maxime Lombardini estimait que choisir Android était « faire entrer le loup dans la bergerie ». Pour Niel, choisir Android TV est simplement répondre à la demande des internautes, mais sans doute aussi réduire les coûts sur l'offre d'entrée de gamme. « On entend les pouvoirs publics dire 'On va bloquer, on va bloquer, on va bloquer'. Le décideur, au bout, c'est le consommateur » a-t-il insisté sur 01Net TV.

Après Google, une petite pique destinée à Netflix

Mais le soleil n’est pas au beau fixe pour tous. Si Google et Free semblent avoir trouvé un terrain d’entente, c’est au tour de Netflix de poser problème. Le service de vidéo par abonnement (SVOD) n’est pas présent officiellement sur la nouvelle box de Free, contrairement à des concurrents comme CanalPlay, partenaire de longue date de la société de Xavier Niel. Netflix souhaiterait ainsi imposer ses conditions, là où les autres services de SVOD seraient plus conciliants.

« Dites à Netflix de revenir nous voir, qu'on tombe d'accord avec eux comme avec d'autres avec qui on a pu avoir des rapports conflictuels » a lancé Xavier Niel. Pour lui, la présence de services « de qualité équivalente », comme CanalPlay, devrait « faire réfléchir » Netflix. Une pique qui en rappelle une autre, lorsque le même Xavier Niel recommandait Dailymotion quand le lien avec YouTube saturait. « J'invite les gens qui ont des problèmes avec YouTube de s'apercevoir que sur Dailymotion souvent il y a les mêmes vidéos » déclarait à l'époque le vice-président d'Iliad.


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