4Gmark : les résultats faussés par des problèmes sur un serveur OVH

Et personne ne sait pourquoi 30
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Crédits : dolgachov/iStock/ThinkStock
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Guénaël Pépin

Si vous avez testé le débit de votre connexion mobile sur 4Gmark en février, il y a une chance que votre résultat ait été faussé. Samedi, Vivien Guéant, du forum spécialisé La Fibre.info, a révélé que des baisses de trafic touchaient l’un des serveurs OVH du service de mesure. Celui-ci a été remplacé, en attendant de connaître la raison de ce « bridage ».

Dans un sujet sur son forum La Fibre.info, le spécialiste des réseaux Vivien Guéant a révélé samedi les difficultés d’un service de mesure de débit mobile hébergé par OVH : 4Gmark. « J’ai vu passer des tweets sur des ralentissements entre Free et 4GMark. Ce n’était pas logique, Free et OVH [qui héberge 4Gmark] s’entendent très bien » nous a-t-il expliqué. Il a alors décidé de mener une enquête afin de savoir d'où venait exactement le problème.

« L’application 4Gmark utilise deux serveurs qui sont tous les deux chez OVH (le premier sur le datacenter de Roubaix et le second sur le datacenter de Gravelines) » indique-t-il.  Il remarque alors des « phénomènes étranges sur le serveur de Roubaix (très forte gigue qui fait que les paquets arrivent dans le désordre à très haut débit), mais il est difficile d'en savoir plus sur l'origine, sans trace coté serveur. De plus la gigue n’empêche pas d'avoir des débits corrects - en tout cas à des années lumières du serveur de 4Gmark de Gravelines  ».

Ce dernier n’envoie en effet qu’une fraction des données qu’il est censé pouvoir envoyer, ce qui est assez gênant pour un service qui veut mettre à l'épreuve la connexion des smartphones. Le spécialiste s’est donc lancé dans une série de tests sur le serveur dédié hébergé à Gravelines afin de déterminer la source exacte du problème, dont les résultats ont de quoi surprendre.

4Gmark chez OVH Gravelines : des débits divisés par 50

Suite aux remontées de débits « plafonnés », il a essayé plusieurs méthodes de téléchargement sur le serveur 4Gmark chez OVH Gravelines. Il a d’abord tenté d'y récupérer un fichier de 125 Mo via le serveur de La Fibre.info, en passant par l’opérateur Adeli. Premier constat : « on est à 12,5 Mb/s alors qu'on devrait aller à plus de 700 Mb/s » écrit Vivien Guéant, soit un débit divisé par 56. En sortant du réseau d'OVH, une grande quantité des paquets transmis sont perdus en chemin et doivent être renvoyés par le serveur de 4Gmark, ce qui réduit d'autant la vitesse. Une première hypothèse se dessine alors : une saturation de l'interconnexion entre les réseaux d'OVH et d'Adeli, qui passe par le point d'échange Internet Equinix, qui sert à connecter de nombreux opérateurs entre eux.

Un deuxième essai de téléchargement, cette fois via le réseau de Bouygues Telecom (et non plus Adeli), plafonne à 23,8 Mb/s, alors qu'il est normalement possible d'atteindre 800 Mb/s. Une division par 33 du débit. Cette fois encore, les paquets perdus sont nombreux, obligeant le serveur à les renvoyer. Mais le problème ne concerne pas que les deux opérateurs.  « Des débits catastrophiques sont également observés avec les autres FAI » précise l’administrateur de La Fibre.info. Il y a « peu de chance que tous les opérateurs saturent leur peering [interconnexion] avec OVH, donc le problème est probablement chez OVH, par exemple sur le lien entre Paris et le datacenter de Gravelines » estime-t-il.

Un problème limité à un seul serveur ?

D'où un troisième essai : télécharger (une nouvelle fois via le serveur de La Fibre.info) un fichier à partir d'un autre serveur dédié situé juste à côté de celui de 4Gmark à Gravelines, sur le même routeur. Là, le résultat est tout autre : malgré une latence toujours élevée, le débit est en moyenne de 690 Mb/s en passant par Adeli, ce qui correspond bien à la capacité du lien Gigabit pour un tel téléchargement. Cette fois, un seul paquet s'est perdu, contre des milliers auparavant. En passant par le réseau Bouygues Télécom, le téléchargement atteint 833 Mb/s, sans perte de paquet. En clair, les conditions de téléchargement deviennent parfaites en passant du serveur 4Gmark à celui situé juste à côté.

Un dernier test intéressant a également été réalisé : télécharger le même fichier de 125 Mo du serveur de 4Gmark depuis le serveur dédié situé sur le même routeur. La vitesse est cette fois-ci conforme aux attentes avec 941 Mo/s.

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Crédits : Vivien Guéant (licence: CC by SA 4.0)

« D’autres personnes ont fait des analyses comparatives qui vont dans ce sens. Elles constatent une trop grande différence entre les deux serveurs » nous affirme Thierry Moncorger, directeur associé chez 4Gmark, qui a été prévenu en amont de la publication sur La Fibre.info. Il a complété ces essais par une analyse statistique, qui confirme les essais techniques. Néanmoins, la société n'a rien publié pour le moment.

Un éventuel bridage par OVH reste à confirmer

Ces difficultés de téléchargement, qui ne s’appliquent qu’au serveur de 4Gmark à Gravelines, en épargnant un autre situé sur le même routeur, laissent une hypothèse à La Fibre.info : un bridage du serveur par OVH, peut-être à cause d'une trop grande consommation de données. Cet éventuel bridage serait conditionné par l'heure, en étant soit activé uniquement aux heures de pointe sur le réseau OVH (là où chaque échange coûte le plus cher) ou uniquement désactivé la nuit, la période creuse de la journée.

Problème : les conditions ne sont pas réunies pour un bridage, très loin de là. 4Gmark dispose de deux serveurs chez OVH. D’un côté, son serveur principal « sur une offre supérieure, qui envoie les scénarios aléatoires aux clients et qui collecte les tests », soit le point central de l’infrastructure du service, sur lequel 4Gmark a ajouté un renfort de bande passante. De l’autre, le fameux serveur secondaire dans le datacenter de Gravelines, qui utiliserait peu de débit.

Le serveur incriminé repose sur une « offre infrastructure » à 122 euros par mois, datant de 2013, bien au-dessus des serveurs low cost sur lesquels on peut s'attendre à un bridage. Cette offre comprend un « débit garanti » de 500 Mb/s, quelques dizaines de fois supérieur aux débits constatés (12,5 Mb/s et 23,8 Mb/s). « Le terme ‘garanti’ ne va pas du tout » affirme Vivien Guéant. « Tu ne peux pas le garantir à tous. Habituellement, pour disposer d’un débit garanti, il faut compter au minimum 1 000 à 2 000 euros par mois. Ici, c’est un peu bidon » juge-t-il.

Le plus important reste tout de même l’usage. 4Gmark indique ainsi à La Fibre.info que le trafic réel est « très faible », ne dépassant pas les 10 Mb/s en moyenne. « Ce serveur ne sert qu’à la France, soit 200 000 tests par mois, comprenant les tests en Wi-Fi, ce qui n’est rien » par rapport au volume d'un service comme Degrouptest, estime Thierry Moncorger de 4Gmark.

Le serveur aurait consommé de 1 To à 1,5 To de données en février. Une telle consommation n’est rien à l'échelle d'un service de mesure de débit et, surtout, d'un hébergeur comme OVH, nous confirment des spécialistes. « 15 To, ça commencerait à faire beaucoup, mais 1,5 To c'est de la rigolade » résume l’un d'eux. L’explication reste donc à trouver. Mystère et boule de fibre.

Une communication défaillante de l'hébergeur

Averti par Vivien de La Fibre.info, 4Gmark a sorti le serveur hébergé à OVH Gravelines de son circuit. Il l’a remplacé, dimanche, par un serveur chez Mediactive Network. Les résultats sur février du serveur incriminé seront sortis du rapport mensuel du service. À aucun moment OVH n’a contacté 4Gmark à propos de ce problème, ce qui contribue à leur étonnement.

L’hébergeur est en fait resté muet jusqu’à mardi, nous explique Thierry Moncorger de 4Gmark . « J’attends des explications. J’ai contacté OVH ce matin. Octave [Klaba] répondait publiquement sur Twitter. Il m’a suivi et je lui ai envoyé des messages privés » nous affirmait lundi Thierry Moncorger. L'hébergeur aurait répondu à 4Gmark de devenir « partenaire » (comme DegroupTest) et non plus simple client... Ce que le service de mesure de débit aurait demandé auparavant, sans réponse formelle de la part d'OVH.

Mardi, 4Gmark nous a affirmé avoir « pas mal discuté » avec OVH, qui privilégie la piste d'un problème technique. « Il ne voit aucun indicateur qui monte, on est dans une utilisation normale » explique Thierry Moncorger. OVH aurait mis en place un paramétrage spécifique, pour régler le problème, possiblement au niveau d'une interconnexion. De nouveaux tests ont été effectués avec ces nouveaux « paramètres », toujours aussi peu concluants. Résultat pour l'instant : OVH n'aurait eu aucun indicateur interne laissant penser à un problème, mais l'hébergeur roubaisien a lancé une enquête afin d'en déterminer la cause.

À propos d’un éventuel bridage, « je ne veux pas faire de procès d’intention, il y a peut-être une erreur technique, on a peut-être fait une bêtise » avance prudemment le service de speedtest. « J’ai deux réseaux, je peux comparer. On augmentera peut-être la part de Mediactive Network si nous n’avons pas de réponse [précise] d’OVH » poursuit-il. OVH semble rester évasif sur ces difficultés, même auprès de son client, qui a revu en urgence son infrastructure et ses chiffres. Contacté, l’hébergeur n’a pas non plus répondu à nos sollicitations pour l'instant.


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