E-éducation : les universités ont encore « de gros efforts à accomplir »

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Xavier Berne

Le Conseil économique, social et environnement (CESE) a adopté hier à l’unanimité un rapport sur la « pédagogie numérique » au sein des établissements de l’enseignement supérieur. Les auteurs de ces travaux estiment que la France a encore de gros progrès à effectuer. 

« L’accompagnement par l’État de la montée en puissance de la pédagogie du numérique dans les universités et les écoles supérieures est de plus en plus structuré » constatent d’entrée les deux rapporteurs. Azwaw Djebara et Danièle Dubrac citent tout particulièrement l’exemple de la plateforme officielle de MOOC (pour « Massive open online courses »), France Université Numérique, qui a ouvert ses portes début 2014. Ce site permettant à tous les internautes de suivre gratuitement des cours en ligne n’est toutefois qu’une des facettes du vaste concept de « pédagogie numérique », qui désigne selon l’avis « l’ensemble des moyens humains, technologiques et matériels dédiés à l’apprentissage de connaissances et de compétences qui intègrent les usages numériques, que ce soit en présentiel, ou à distance via Internet ».

Djebara et Dubrac préviennent ainsi qu’il « reste de gros efforts à accomplir, à un rythme assez soutenu pour s’inscrire dans l’évolution mondiale ». La liste des pistes d’amélioration se révèle d’ailleurs extrêmement longue : « Former les enseignants et les autres personnels, équiper les étudiants et les locaux, disposer des outils de gestion les plus appropriés, avancer en matière de recherche pédagogique et d’innovation et, tout simplement, convaincre les responsables d’établissements d’investir suffisamment sur ce sujet et d’en faire une vraie priorité ». Rien que ça...

Dresser un état des lieux plus précis

Les préconisations formulées dans l’avis du CESE sont donc assez nombreuses. Tout d’abord, les rapporteurs se sont aperçus que tous les établissements de l’enseignement supérieur ne disposaient pas d’outils de pédagogie numérique. Ils préconisent ainsi la réalisation d’un véritable état des lieux, école par école, des équipements collectifs et individuels en la matière. Celui-ci « pourrait déboucher sur la mise en place d’un plan national de mise à niveau du parc informatique » des universités ou autres écoles.

Dans le même état d’esprit, l’avis en appelle à un passage en revue des dispositifs de pédagogie numérique par le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES). « L’objectif est d’évaluer l’ensemble des pratiques existantes et de maitriser les effets concrets que ces expérimentations ont notamment sur la réussite étudiante. » Ces travaux pourraient bien entendu mettre en avant les pratiques les plus efficaces, histoire de les promouvoir.

Parmi leurs nombreuses recommandations, Djebara et Dubrac demandent en outre à ce que « les étudiants mais aussi les personnels des établissements soient mieux informés et formés aux risques concernant l’utilisation des données personnelles ». Leur proposition en la matière est plutôt « légère », puisqu’il est question de la réalisation d’un guide pratique par CNIL, et ce alors que l’institution délivre d’ores et déjà de nombreuses fiches d’information sur son site Internet... L’avis souligne néanmoins qu’il est « nécessaire d’encourager les établissements d’enseignement supérieur à faire l’usage de logiciels libres pour contribuer à la transparence en termes d’usage des données personnelles ».

L’utilisation des Creative Commons encouragée par le CESE

Se penchant tout spécialement sur la question du droit d’auteur, les rapporteurs expliquent que « beaucoup d’enseignants sont aujourd’hui inquiets quant à la réutilisation de leur production à des fins commerciales », par exemple en ce qui concerne les MOOC.

Face à ce problème, Djebara et Dubrac encouragent expressément l’utilisation de licences libres, de type Creative Commons. « Inspirées des licences de logiciels libres, les licences Creative Commons facilitent l’utilisation, la circulation et l’évolution des œuvres, dans le cadre de conditions fixées au préalable par leur auteur. Si l’œuvre n’est pas réservée au profit du seul auteur, et que chacun peut ajouter sa contribution, à l’inverse d’une œuvre libre de droits, elle présente néanmoins quelques garanties pour son auteur. »

L’avis souligne dans le même temps que ce type de licences « n’offre toutefois pas pour le moment suffisamment de protection pour les auteurs ». Il est de ce fait vaguement préconisé de compléter ce mouvement par des mesures permettant d’éviter « la réutilisation commerciale des productions des enseignants ».

Favoriser le développement de ressources numériques

Autre proposition clé : inciter les écoles et autres facultés à développer un environnement favorable au numérique. « Le CESE considère que chaque établissement devrait avoir une « Ressources factory » ou un « Digital center ». Cette entité aurait pour objectif d’accompagner la création et le développement de contenus pédagogiques numériques en conseillant les enseignants sur la scénarisation de leurs cours, la production de produits numériques (MOOC, SPOC, contenus en ligne...) ainsi que sur le redesign de contenus classiques. » Ce type d’initiatives permettrait au passage de favoriser les rapprochements entre étudiants, chercheurs, entrepreneurs, etc.

L’avis demande enfin à ce que l’accès au haut débit soit garanti sur tous les sites de l’enseignement supérieur, qu’un « réseau Wi-Fi de qualité » soit déployé, que les services en ligne soient pensés pour les différents terminaux mobiles (ordinateurs, tablettes, smartphones...), etc.


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