Numericable : les futures offres destinées aux opérateurs inquiètent

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Crédits : hjalmeida/iStock/ThinkStock
FAI
Guénaël Pépin

Le rachat de SFR n’a pas été sans contraintes pour Numericable. Le groupe a dû soumettre à consultation publique les nouvelles conditions d’accès à son réseau par les autres opérateurs. Les prospects des réseaux SFR et Numericable ont trois semaines pour soumettre leurs avis, qui risquent de ne pas être très positifs pour le nouveau groupe.

Il y a quelques jours, l’Autorité de la concurrence publiait les propositions de Numericable concernant les conditions d’accès à son réseau. Cela concerne à la fois les réseaux câble et DSL de ses deux filiales, SFR et Completel (spécialisée dans les entreprises). Concrètement, l’autorité a mis en ligne les contrats et les tarifs censés s’appliquer aux opérateurs qui passent par les réseaux de Numericable, comme Bouygues Telecom actuellement. Selon l’autorité de la concurrence, ces conditions doivent permettre aux autres opérateurs de concurrencer directement Numericable là où la fibre n’est pas encore déployée avec leur propre réseau.

Les opérateurs ont deux possibilités pour utiliser le fameux réseau câble. D’une part, une offre en marque blanche où Numericable fournit le réseau et de l’équipement pour connecter le client final, destinée aux opérateurs ne disposant pas de leur propre box. D’autre part, une offre « bitstream », comme le propose Orange en zone non-dégroupée, qui doit permettre à tout opérateur d’offrir une connexion par câble, en utilisant des équipements qui lui sont propres.

La mise de départ pour se connecter au câble est importante : 50 000 euros de frais d’étude et surtout 5 millions d’euros de frais de « mise à disposition », auxquels il faut ajouter 250 000 euros de frais de maintenance par an. Cela en plus des coûts réguliers pour chaque ligne. Sur le DSL, les conditions d’accès sont censées « garantir que les tiers disposeront de conditions identiques à celles appliquées par la nouvelle entité pour ses besoins internes » avec des frais d’accès au réseau et de mise en service qui se chiffrent en milliers d’euros.

Des conditions d’accès au câble jugées excluantes

Les acteurs concernés par ces offres ont jusqu’au 9 mars pour répondre à la consultation publique de l’Autorité de la concurrence, et une partie a déjà exprimé son scepticisme. Selon les calculs d’un spécialiste que nous avons interrogé, et avec les conditions proposées par Numericable, seuls les opérateurs voulant connecter au minimum 200 000 lignes pourront rentabiliser leur investissement. Les frais d’accès au réseau chiffrés en millions d’euros sont une part du problème.

« De tels montants excluent de facto une bonne partie des MVNO, qui se raréfient au fil des ans et des rachats » estime également Les Échos. Deux de ces MVNO pourront accéder à ces offres : Coriolis et EI Telecom (NRJ Mobile, offres de banques…), qui a indiqué à nos confrères que ces conditions ne lui permettront pas de fournir du quad play (Internet fixe, téléphone, TV et mobile). De son côté, Bouygues Telecom juge l’offre « bitstream » (où ne sont fournis que les « tuyaux ») moins intéressante que celle par laquelle ils font transiter leurs 400 000 clients utilisant le réseau Numericable. Interrogé par Les Échos, le groupe répond que les conditions sont pourtant globalement équivalentes.

Pour le spécialiste interrogé, l’offre de Numericable écarterait donc les petits opérateurs, notamment ceux qui se concentrent sur une région. « On est dans un mode de consolidation du marché, en fermant la porte d’entrée aux plus petits » affirme-t-il, faisant le parallèle avec la réduction du nombre d’opérateurs au passage de l’Internet bas débit à l’ADSL il y a plus de dix ans.

Sur l’offre de câble en marque blanche, SFR-Numericable imposerait dorénavant ses sous-traitants. Pour l’installation d’une ligne ou toute intervention chez le client final, l’opérateur devra faire appel aux sous-traitants du groupe. « Il y a une préemption de la relation client pour les petits opérateurs »  dont le service personnalisé est l’un des principaux arguments de vente, estime notre spécialiste.

Ces conditions signeraient aussi la disparition des offres « non garanties » sur le volet DSL (SDSL symétrique et ADSL asymétrique). La grille tarifaire de SFR ne mentionne plus de tarifs pour les opérateurs qui fournissent une connexion au grand public ou aux petites entreprises, soit la majeure partie du marché. Ces offres sans débits garantis ou temps de rétablissement garanti en cas de panne, seraient ainsi exclues. « C’est une dégradation dramatique de la concurrence sur le marché de gros » estime l’expert.

Une domination sur la revente à d’autres opérateurs

Une solution alternative est de passer par des réseaux d’initiative publique (RIP) en DSL ou fibre optique. Ces réseaux, encouragés par le plan Très Haut Débit du gouvernement, sont gérés par des collectivités (ville, départements...) et proposent à tous les opérateurs un accès aux mêmes tarifs et aux mêmes conditions. Certains sont ouverts au grand public, quand d’autres sont réservés aux entreprises. La difficulté est que leur couverture du territoire est encore bien moins complète que celle des opérateurs en place et qu’être présent sur toute la France nécessiterait de passer des accords locaux, avec une multitude de réseaux publics et presque autant de gestionnaires. D’autant que ces réseaux doivent compléter les réseaux de fibre optique des opérateurs privés, et non les remplacer.

Les conditions d’accès aux réseaux de Numericable sont donc importantes pour une grande part des opérateurs de petite et moyenne taille. « En dehors de l’offre régulée d’Orange, SFR est le seul opérateur DSL de cette taille à ouvrir son réseau à d’autres. Le réseau de Free est matériellement incapable de gérer d’autres opérateurs. Bouygues Telecom a une direction technique avec une politique saine mais la partie commerciale ne voit que l’acquisition client » explique le spécialiste interrogé. Il n’est pas le seul à s’en inquiéter.

En mars 2014, alors que Vivendi devait décider du repreneur de SFR, OVH s’était publiquement inquiété d’un rachat par Numericable. « La vente de SFR menace le marché du fixe pour entreprises » arguait le co-fondateur d’OVH, Octave Klaba, dans un entretien à l’Usine digitale en mars 2014. Pour rappel, OVH Telecom est un opérateur DSL, qui revend des accès aux réseaux SFR et Completel à d’autres. « Il y a plus de 60 ou 70 opérateurs qui travaillent pour les professionnels. Ce sont beaucoup de petits intégrateurs locaux qui font appel à des entreprises comme la nôtre » expliquait Octave Klaba, pour qui la moindre augmentation de prix par Numericable serait reportée sur la facture finale. Contacté à plusieurs reprises, OVH n’a pas répondu à nos sollicitations.

Completel est l’un des premiers opérateurs spécifiquement tournés vers les entreprises, ce que n’a pas manqué de remarquer l’Autorité de la concurrence. « Numericable s'est engagé à céder le réseau DSL de Completel pour permettre l'apparition d'un nouvel opérateur » concurrent de l’ensemble Numericable-SFR, écrit l’autorité. En attendant, les opérateurs DSL sont limités aux offres du groupe du câblo-opérateur, sous contrôle de l’Autorité de la concurrence. Cette dernière pourrait également se rappeler au bon souvenir de SFR-Numericable, comme ce fut le cas avec la vente d'Outremer Télécom à La Réunion et à Mayotte.


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