Orange devient le seul actionnaire de Cloudwatt

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Guénaël Pépin

Mise à jour : Dans un communiqué de presse diffusé ce matin, Orange annonce reprendre la totalité du capital de Cloudwatt : « Les actionnaires de Cloudwatt ont finalisé les discussions et Orange confirme le rachat de la totalité des titres de Cloudwatt. Orange acquiert ainsi les titres détenus par Thales (22,2%) et la Caisse des Dépôts (33,3%), qui intervient en son nom et pour le compte de l’Etat dans le cadre du Programme d’Investissements d’Avenir, et reprend l’ensemble des salariés. En rachetant Cloudwatt, Orange renforce son offre de services de cloud computing pour les entreprises, qui est un axe important du plan stratégique du groupe Essentiels2020 » (voir notre analyse).

Après deux ans d'activité sans percer sur le marché du « Cloud » hexagonal, Cloudwatt est en passe de devenir la propriété exclusive d'Orange. L'entreprise, financée par l’État, est l'un des deux projets lancés en 2012 pour faire naître des géants européens dans le domaine. Après un revirement stratégique et un changement de patron, ce rachat ressemble à un constat d'échec.

Cloudwatt est à un croisement. L'entreprise avait été lancée en 2012, aux côtés de Numergy, pour proposer une offre de « Cloud souverain » cofinancée par l'État (voir notre dossier). Elle est possédée par Orange (44,4 %), le spécialiste de la sécurité informatique Thales (22 %) et la Caisse des Dépôts (33,3 %) pour un investissement total de 225 millions d’euros. En deux ans, la société aurait généré à peine quelques millions d’euros de chiffre d'affaires, selon Les Echos.

Le journal économique annonce, ce lundi, qu’Orange compte racheter les parts des deux autres actionnaires de Cloudwatt. « Parmi les options envisagées pour assurer cette nouvelle phase de développement, Orange pourrait acquérir la totalité des titres de Cloudwatt et reprendrait alors la totalité de ses salariés » a annoncé le groupe dans un communiqué publié ce matin. Toujours selon Les Echos, les trois actionnaires seraient en phase de « due diligence » et prévoient la fin de l’opération en mars. Les données sont déjà hébergées dans le datacenter d’Orange à Val-de-Reuil.

Une brique de plus pour Orange

Cloudwatt est l'une des deux entreprises nées du projet Andromède, visant à co-financer à hauteur de 150 millions d’euros des acteurs du « Cloud » français à dimension européenne. Orange a mené le projet Cloudwatt avec Thales, quand SFR a créé Numergy avec Bull. Cela avait provoqué à l'époque une levée de boucliers des acteurs français du secteur, qui voyaient d’un mauvais œil l’arrivée de deux entreprises financées par l’État et pilotées par les deux mastodontes des télécoms que sont Orange et SFR.

Les deux sociétés comptaient s’arroger respectivement 10 % et 15 % du marché français du « Cloud » d’ici 2020. Une visée optimiste au vu des résultats actuels, au point que la secrétaire d’État à l’économie numérique, Axelle Lemaire, aurait suggéré de fusionner les deux entreprises pour revenir à une seule… comme l’avait prévu l’État au début du projet en 2011. Les ambitions européennes, elles, semblent toujours être un doux rêve.

Des deux sociétés, Cloudwatt est pourtant celle qui a le moins réussi, la faute à un positionnement flou. Contrairement à Numergy qui s’est d’abord appuyé sur la plateforme « Cloud » de SFR, Cloudwatt a dû monter de zéro sa propre offre de location d'infrastructure, fondée sur Openstack, lancée en juillet dernier. Soit deux ans après le lancement de l’entreprise. En attendant, elle avait décidé de se lancer dans des offres grand public (dont un concurrent de Dropbox, Cloudwatt Box), avant de se recentrer sur les entreprises avec son changement de patron.

Un constat d'échec et une offre qui perdrait sa caution « publique »

« Dès que vous existez, vous avez des opportunités pour faire entrer de l'argent. La Cloudwatt Box a été cette déconcentration : du logiciel (SaaS) fourni directement aux entreprises (B2B) et même aux particuliers (B2C). [...] Ça a créé de la confusion. [...] Il faut gérer les dépenses comme une start-up, et pas comme une filiale de grand groupe », nous expliquait le président de Cloudwatt, Didier Renard, dans notre dossier dédié au « Cloud souverain » publié en septembre. La société comptait louer 10 000 machines virtuelles à la fin 2014, et tripler ce chiffre dans l’année 2015.

La morosité de l’entreprise est aussi expliquée par des prévisions optimistes sur la croissance du marché français, moins rapide que prévu. À l’époque, l’entreprise se voyait officiellement rentable entre 2018 et 2020. Elle est désormais en passe de devenir une brique de plus dans les offres d’Orange, que Thales vendrait également à ses clients. En revenant dans le giron de son principal actionnaire, l’entreprise perdrait sa caution « publique » (la Caisse des Dépôts n'étant plus présente), alors que l’une des prochaines grandes batailles du marché français est le passage des administrations de l’État au « Cloud ».

Dernière mise à jour le 20/03/2015 11:38:31

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