Face aux menaces terroristes, Sony abandonne le lancement de The Interview

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Crédits : fergregory/iStock/Thinkstock
Securité
Vincent Hermann

Après une période d’hésitation, Sony Pictures Entertainment a finalement décidé d’annuler complètement la sortie du film The Interview : le studio prend au sérieux les menaces terroristes du groupe de pirates Guardians of Peace. Parallèlement, selon NBC, le gouvernement semble certain de la piste nord-coréenne, qui avait pourtant été écartée.

Malgré l'intervention de Barack Obama, Sony Pictures annule la sortie du film

Dans une actualité publiée hier, nous indiquions que plusieurs sources pointaient vers une annulation pure et simple de la sortie du film The Interview par Sony Pictures Entertainement. En cause, les menaces terroristes du groupe Guardians of Peace, les mêmes qui avaient largement piraté le studio pour en extraire 11 To de données. Même si la sécurité intérieure du pays avait répondu que ces menaces ne devaient pas être prises au sérieux, deux chaines de cinéma avaient déjà annoncé leur intention de ne pas diffuser.

Mais dans les heures qui ont suivi, la situation a empiré pour le studio. Trois autres chaines ont ainsi enchéri sur le refus de diffusion, portant le total à cinq : Regal, AMC, Cinemark, Carmike Cinemas et Cineplex Entertainment. Une réaction directe au message des pirates qui évoquaient le 11 septembre 2001. Même Barack Obama était pourtant intervenu pour enjoindre la population à ne pas céder à la peur : « Nous serons vigilants, si nous voyons quelque chose qui nous parait sérieux et crédible, nous alerterons le public. Mais pour l’instant, mon conseil est que les gens aillent dans les cinémas ».

Rien n’y fait et le studio s’y est donc résolu : « À la lumière de la décision de la majorité des salles de ne pas projeter le film The Interview, nous avons décidé de ne pas poursuivre le lancement prévu pour le 25 décembre. Nous respectons et comprenons la décision de nos partenaires et, bien entendu, nous partageons complètement leur intérêt souverain pour la sûreté de leurs employés et de leurs clients ».

Une défaite pour la liberté d'expression 

SPE ajoute qu’il s’agit d’une défaite pour la liberté d’expression : « Sony Pictures a été la victime d’un assaut criminel sans précédent contre nos employés, nos clients et notre activité. Ceux qui nous ont attaqués ont volé notre propriété intellectuelle, des emails privés, des données sensibles et nous appartenant, et ont cherché à détruire notre esprit et notre moral, tout cela apparemment pour contrarier la sortie d’un film qu’ils n’ont pas aimé. Nous sommes profondément attristés par cet effort éhonté d'empêcher la distribution d’un film, et dans la foulée de porter atteinte à notre société, nos employés et au public américain. Nous soutenons nos réalisateurs et leur droit de libre expression, et nous sommes extrêmement déçus par ce revirement ».

C'est évidemment une victoire pour Guardians of Peace, et quelle victoire : il a suffi d’un seul message et une évocation des évènements de 2001 pour entrainer l’annulation de la sortie d’un film. Le tout sans débourser le moindre centime, en utilisant la seule arme de la communication après toutefois le piratage des 11 To dans les coffres de Sony. Sans parler de l'autoroute ouverte désormais pour les futures revendications des GoP.

La piste de la Corée du Nord revient sur le devant de la scène 

Rappelons que si le film fait tant polémique, c’est parce qu’il met en scène deux journalistes, incarnés par James Franco et Seth Rogen, qui obtiennent une interview du dirigeant nord-coréen, Kim Jong-un, mais se voient confiés peu après la mission par la CIA d’assassiner le dictateur. Un scénario qui avait très fortement déplu à Pyongyang, même si la Corée du Nord avait officiellement démenti les accusations selon lesquelles elle se tenait derrière l’attaque.

Mais alors que cette piste avait été écartée, elle revient tout à coup, à la faveur d’une source gouvernementale de la NBC, qui a indiqué à la chaine : « Nous avons trouvé un lien avec le gouvernement nord-coréen ». Ajoutant que les États-Unis ne « peuvent pas laisser tout ceci sans réponse », il a également précisé que le pays réfléchissait à la meilleure réponse à donner, sans pour autant préciser les options qui s’offraient à lui.

Officiellement cependant, le gouvernement ne communique pas selon cet angle. Dans un communiqué datant d’hier, le conseil national de sécurité de la Maison Blanche expliquait ainsi : « Le gouvernement américain travaille sans s’arrêter pour amener les auteurs de cette attaque devant la justice. Les États-Unis respectent le droit des artistes et des comédiens à produire et distribuer le contenu qu’ils choisissent. […] Nous prenons très au sérieux toute tentative visant à menacer ou limiter leur liberté d’expression ».

Sony Pictures n'est en tout cas pas au bout de ses peines puisqu'une partie des employés a déposé un recours collectif il y a deux jours pour défaut de sécurisation. Selon la plainte, le studio savait parfaitement que ses services informatiques n'étaient pas assez sécurisés, mais aurait quand même décidé de faire l'impasse sur un renforcement. Elle ajoute : « Leurs informations les plus sensibles, dont plus de 47 000 numéros de sécurité sociale, leurs dossiers d'embauche comprenant leurs salaires, leurs informations médicales, et tout ce qui est lié à leur employeur Sony, ont été publiées et ont pu atterrir entre les mains de criminels ». Cette plainte a été initiée par deux employés et représente environ 15 000 employés actuellement.


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