L’apprentissage du code ne fait pas l’unanimité au sein de l’Éducation nationale

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Loi
Xavier Berne

Alors que François Hollande a déclaré la semaine dernière qu’il fallait « préparer nos enfants beaucoup plus tôt au codage » informatique, les résultats d’une récente consultation menée par l’Éducation nationale montrent que les professeurs sont relativement divisés sur cette question.

Le 10 juin dernier, le Conseil supérieur des programmes scolaires a dévoilé son projet de « socle commun de connaissances, de compétences et de culture » (PDF). Ce texte est relativement important, puisqu’il vise à lister les savoirs fondamentaux que devront acquérir les élèves tout au long de leur scolarité obligatoire, c’est-à-dire de l’école primaire jusqu’au collège.

Il est bien entendu question d’outils numériques, puisque ce projet prévoit que chaque élève est « initié à l’usage de l’internet », qu’il doit savoir « utiliser des sites collaboratifs et garder la mémoire de ses travaux », ou bien encore qu’il « connaît l’organisation matérielle et logicielle d’un environnement numérique : clavier, logiciels de bureautique (en particulier le traitement de texte) dont les logiciels libres ».

Vers un éveil obligatoire au code à partir de 2016 ?

Si ces points sont pour la plupart abordés de longue date à l'école, ce projet de socle touche toutefois à un thème jusqu’ici peu évoqué : la programmation. La partie concernant l’utilisation des langages scientifiques introduit en effet des dispositions selon lesquelles l’élève « est initié au fonctionnement, au processus et aux règles des langages informatiques ». De plus, chaque jeune devra être capable, à l’issue de sa scolarité obligatoire, « de réaliser de petites applications utilisant des algorithmes simples ». Autrement dit, tous les élèves seraient éveillés de manière systématique au code informatique, à un âge qui restera cependant à déterminer ultérieurement.

Mais pour l’heure, ce projet n’est, comme tout projet, pas définitif. C’est en effet le ministère de l’Éducation qui aura le dernier mot sur sa rédaction, en vue d’une application à partir de la rentrée 2016. Avant de rendre sa copie, la Rue de Grenelle a toutefois lancé une vaste consultation publique auprès des agents de l’Éducation nationale, à laquelle ont participé plus de 170 000 personnes (dont une majorité d’instituteurs et de professeurs de collège).

Les personnels de l’Éducation nationale sont mitigés

La synthèse des résultats obtenus (PDF) montre cependant que les dispositions concernant la programmation informatique ne font pas l’unanimité.

Si 50,1 % des sondés estiment que la proposition selon laquelle « L'élève sait que les équipements informatiques utilisent une information codée et il est initié au fonctionnement, au processus et aux règles des langages informatiques » doit figurer dans le socle, ils ne sont que 37 % à penser que les jeunes doivent également être capables « de réaliser de petites applications utilisant des algorithmes simples ». On notera toutefois qu’il y a dans ces deux cas de figure une forte proportion de personnes qui ne se sont pas prononcées.

consultation csp

De plus, pour un nombre assez important d’agents de l’Éducation nationale, ces composantes sont tout simplement irréalistes. Ils sont 33,6 % à le penser s’agissant de la réalisation de petites applications, et 31,6 % pour l’initiation générale aux langages informatiques. Mais à nouveau, on observe qu’une forte proportion de sondés n’a pas souhaité se prononcer.

Si ces résultats doivent être pris avec des pincettes, d’autant que l’échantillon n’était pas forcément très représentatif, ils tendent à souligner que cette question du code à l’école fait particulièrement débat. Dans nos colonnes, nous avions d’ailleurs eu l’occasion de recueillir des avis très différents entre la députée Laure de La Raudière et l’expert en informatique Benjamin Bayart, par exemple.

consultation csp

En revanche, on constate que la proposition selon laquelle « L'élève connaît l’organisation matérielle et logicielle d’un environnement numérique : clavier, logiciels de bureautique (en particulier le traitement de texte) dont les logiciels libres » suscite clairement l’adhésion. 89,2 % des personnes interrogées ont ainsi affirmé qu’elle devait figurer dans le socle. On obtient un taux quasiment similaire pour la composante prévoyant que « L'élève a en particulier appris à protéger ses données personnelles et son intimité, et à respecter celles d’autrui » (voir ci-dessus).

Un décret attendu pour la fin de l'année 

Restera maintenant à voir dans quelle mesure le ministère de l’Éducation nationale fera évoluer ce projet de socle. Nous devrions vite le savoir, puisque la Rue de Grenelle promettait cet été que « les éléments de ce socle commun et les modalités de son acquisition progressive [seraient] fixés par décret d’ici la fin de l’année ».

Rappelons enfin que depuis la dernière rentrée, certains enfants peuvent suivre des sessions d’éveil au code, mais uniquement dans le cadre de la réforme des rythmes scolaires (donc en dehors des heures de classe, et seulement dans de rares communes). L’exécutif a affirmé à plusieurs reprises qu’il souhaitait qu’un enseignement obligatoire soit dispensé aux jeunes, sans préciser s’il concernerait les écoliers ou les collégiens. Au Royaume-Uni par exemple, les enfants sont désormais éveillés au code dès l’âge de cinq ans.


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