Qobuz nous parle de sa nouvelle stratégie

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Guénaël Pépin

Qobuz, qui est actuellement en procédure de sauvegarde, va de l’avant. Nouvel abonnement, nouvelles applications, nouveaux partenaires, meilleure qualité audio… Le service veut pousser ses clients vers l’abonnement dans les prochains mois, alors que les téléchargements composent encore la majorité de ses revenus. De quoi attirer des investisseurs pour sauver l’entreprise ? Nous avons cherché à en savoir plus.

Lors de l’annonce de ses nouveautés, le service de streaming et de téléchargement de musique Qobuz avait un objectif : montrer qu’il « va bien ». Ce n’est pas la procédure de sauvegarde, enclenchée fin août, qui a entamé ses ambitions. Si les fonds manquent, la croissance est là. « Depuis mai, chaque mois est notre meilleur mois », vante Yves Riesel, son patron. Après 3,6 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2013, le service a engrangé 5,2 millions en 2014. La raison ? L'ouverture dans huit autres pays européens, avec « un accueil qui nous a paru plus facile » qu’en France, selon Alexandre Leforestier, son co-fondateur. La France compte encore pour les deux tiers du résultat.

En 2015, Qobuz compte faire de l’international sa principale source de revenus, avec un chiffre d’affaires global (optimiste) de 12,1 millions d’euros. C’est d’ailleurs un détail, mais il est significatif : Qobuz passe son hébergement dans le « Cloud », même si le fournisseur reste encore inconnu. Tout juste devine-t-on qu’il est américain. De quoi cibler facilement de nouveaux marchés, notamment ceux qui pourraient intéresser les futurs investisseurs de la plateforme.

Car financements il y a selon le patron, Yves Riesel. Qobuz « a peut-être trouvé l'investisseur de ses rêves ». L’entreprise compte prolonger sa procédure de sauvegarde (de quatre mois depuis août) pour effectuer une levée de fonds courant février ou mars. Pour mener ses projets à bien, le site espère lever 10 à 12 millions d’euros. Yves Riesel reste volontairement flou, on ne saura pas s’il s’agit d’un ou de plusieurs investisseurs. Reste à convaincre avec la stratégie de l’entreprise, centrée sur l’abonnement.

Qobuz

Abonnement et 24 bits : « l’avenir » de la musique

« L’avenir n’est pas au téléchargement à la papa, mais à l’abonnement. Le téléchargement à la iTunes se casse la figure », a claironné Yves Riesel jeudi matin. Le service rend donc ses offres plus séduisantes. D’abord avec l’arrivée du streaming en « qualité CD » (16 bit/44 kHz) sur son application web et ses applications mobiles pour les clients « Hi-Fi ». Ensuite, avec Qobuz Sublime, un abonnement « qualité CD » avec des réductions sur les téléchargements en audio 24 bits, à 219 euros par an.

Le but de l’offre : que les clients à l’acte actuels migrent vers le streaming. Le fait de proposer un paiement à l'année n'est surement pas anodin pour une société en procédure de sauvegarde. Contrairement à un paiement mensuel, cette stratégie permet d'engranger une somme plus importante d'argent en une seule fois, et donc de renforcer la trésorerie. L'équipe vise aussi sans doute l'effet « fêtes de fin d'année » en permettant d'offrir ce forfait.

Car le téléchargement, que Qobuz décrie tant, représente encore la grande majorité de ses revenus. En septembre 2014, l’entreprise comptait 62 000 clients, ils sont aujourd'hui 70 000 environ. Un quart d’entre eux sont à la fois abonnés et « téléchargeurs », dépensant 300 euros en moyenne sur le site. Le service prévoit 100 000 clients pour septembre 2015.

Dans le même temps, Qobuz apprend de ses erreurs et assume l’échec de son offre haute définition « musique classique » à 15 euros par mois. S'il compte faire ressortir la valeur de son catalogue en le segmentant plutôt de manière éditoriale et en se renforçant genre par genre, il est conscient que l’offre n’a pas séduit : les clients préfèrent simplement prendre l’abonnement global, à 5 euros de plus. « La segmentation n'est pas tant sur les genres que sociologique, sur la qualité technique, sur des choses comme ça », résume Yves Riesel.

Le site a construit sa clientèle sur la qualité musicale, la présence de métadonnées et de livrets que les autres n’ont pas. Un leitmotiv poussé par sa direction, plus que jamais. Pour Yves Riesel, le 24 bits « n’est pas élitiste » et est clairement l’avenir de la musique, comme le sera la définition 4K. « Il y a un phénomène 24 bits aujourd’hui », avec « le retour de la musique à la maison » et les systèmes audio multi-pièces à la Sonos qui ont émergé depuis deux ans, estime Qobuz. Un segment à côté duquel ses concurrents (dont le honni Deezer) seraient passés, à trop se concentrer sur le mobile.

Autre raison, pratique : 60 % de la production fournie au service aujourd’hui serait en 24 bits. Les nouveaux morceaux dans ce format sont donc faciles à obtenir, contrairement aux fonds de catalogue, qui seraient coûteux dans cette qualité.

Des partenariats et de nouvelles applications mobiles (presque) aux dernières normes

La société a aussi triplé le nombre de ses partenariats ces six derniers mois, passant à une vingtaine, dont un important avec Sony. Le constructeur et le service lancent un label « Hi Res », censé mimer un label « Ultra HD », pour les produits supportant l’audio 24 bits. Concrètement, les clients de certains produits Sony recevront des bons d’achat pour le service musical. Qobuz s’est aussi associé à Darty, l’un des partenaires censés « évangéliser » sur les bienfaits de la qualité audio, et donc le 24 bits, auprès du grand public.

Mais Qobuz a aussi décidé de revoir complètement ses applications mobiles, qui supportent désormais la « qualité CD » partout où va le client. Elles devraient arriver avant le 20 décembre, avec une beta pour la version Android prévue pour début décembre. iOS 7 et plus ainsi qu'Android 4.0 et plus (soit 90 % du parc) sont les OS visés par ces nouvelles moutures.

Qobuz

L'interface, inspirée de celle de Spotify, sera adaptée aux dernières versions d'iOS et à Android 4.4. Le Material Design, introduit dans Android 5.0 Lollipop début novembre, est à l’étude par les développeurs et devra donc attendre une version ultérieure. Autre inspiration de Spotify : « Qobuz Connect », le frère-jumeau de Spotify Connect, jusqu’à l’interface. Il permet de piloter à partir d’un smartphone ou d’une tablette la lecture sur des enceintes connectées, un PC ou tout autre appareil. Cette nouvelle version sera d’ailleurs compatible Chromecast, Qobuz travaillant avec Google pour permettre la diffusion Hi-Fi sur sa clé HDMI.

Sur iOS, l’application tirera parti de capacités de décompression matérielle introduites dans iOS 7. Le moteur de la version Android, qui a été réécrit à l'occasion de la dernière mouture majeure publiée cette année, s’appuie de son côté sur la gestion matérielle du FLAC intégrée au système. Une étape améliorée par certains constructeurs selon Qobuz, comme leur partenaire Sony ou encore HTC, qui supportent le 24 bits sur certains terminaux. L’application pour Android 2.3, elle, n’évoluera plus.

Même si Yves Riesel explique qu’il n’y a « pas de problème de tuyau » pour diffuser de l’audio haute-fidélité sur mobile, les applications proposeront de passer au MP3 à 320 kbps pour les utilisateurs qui ne connaissent pas encore le bonheur de la 4G que nous vantent les opérateurs à longueur de publicités. L’équipe refuse d’ailleurs de descendre sous cette qualité, proposée comme la meilleure par la majorité des concurrents.


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