Ebooks : une étude Hadopi souligne l’importance du « piratage de proximité »

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Crédits : Sergey Nivens/iStock/ThinkStock
Hadopi
Xavier Berne

Alors que la filière du livre connaît quelques chamboulements, notamment avec l’arrivée de l’offre de streaming illimité d’Amazon, la Hadopi et le Groupement pour le développement de la lecture numérique viennent de dévoiler les conclusions d’une étude intégralement consacrée aux pratiques (y compris illicites) des Français en matière d'ebooks. 

Premier enseignement de cette étude confiée à l’IFOP, pour un montant qui ne devait pas excéder 55 000 euros hors taxes : 11 % des sondés, âgés de 15 ans et plus, se disent lecteurs de livres numériques. En moyenne, ces lecteurs lisent 10 livres numériques par an, plus 12 en version papier. Comme quoi les deux formats peuvent très bien cohabiter. L’étude souligne à cet égard que « 94 % des lecteurs de livres numériques ont lu des livres en format papier au cours des 12 derniers mois ». Il apparaît également que les lecteurs d’ebooks sont pour la plupart de gros lecteurs de livres traditionnels.

Près d’un tiers des lecteurs reconnaît avoir des pratiques illicites

Auscultant les lecteurs et leurs habitudes sous tous les angles, l’étude commandée par la Hadopi s’est tout particulièrement penchée sur les éventuelles pratiques illicites de ceux-ci – téléchargement en tête. Résultat, il s’avère que 34 % des lecteurs déclarent avoir « souvent » usé de moyens illicites pour se procurer leurs ebooks (11 %), ou « de temps en temps » (23 %). Sans grande surprise, c’est le coût des livres numériques qui est avant tout invoqué pour justifier de tels comportements, suivi des difficultés d’accès à l’offre légale ainsi qu’aux contraintes liées aux verrous numériques.  

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Plus intéressant : 43 % des lecteurs partagent leurs livres numériques, « le plus souvent par clés USB ou par mail ». On retrouve ici le fameux concept de « piratage de proximité » développé par les chercheurs français du M@rsouin (voir à cet égard notre interview de Raphaël Suire), selon lequel les échanges d’œuvres protégées ne se fait pas uniquement sur Internet, mais aussi – et dans d’importantes proportions – grâce aux traditionnels prêts « de la main à la main ».

Le « piratage de proximité » toujours aussi prégnant

Ainsi, moins de 10 % des lecteurs reconnaissent mettre à disposition d'autres internautes des ebooks sur des sites de liens torrent (7 %) ou via un service de cloud (8 %). Par contre, ils sont bien plus nombreux à fournir des copies de leurs ouvrages à des proches, par email (17 %) ou grâce à un support tel qu’une clé USB (26 %). Selon les conclusions de l’étude, ce sont les jeunes (15-39 ans) qui partagent le plus de livres numériques, ainsi que les « lecteurs de livres de sciences humaines ou d’essais politiques, philosophiques ou religieux et les lecteurs de livres scientifiques, techniques ou scolaires ».

Les auteurs de l’étude poursuivent en affirmant que « les pratiques de partage, au sein de communautés de lecteurs ou d’amis notamment, sont perçues comme une continuité des habitudes de prêt et de copie privée, notamment s’agissant de cercles restreints ».

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Une analyse spécifique des jeunes est par ailleurs distillée. « Sur Internet, l’esprit d’ouverture et le partage d’informations gratuites associés au sentiment d’appartenance à des communautés (geeks, fans,…) fait apparaître ces pratiques d’acquisition comme un trait de modernité auprès des plus jeunes » conclut à cet égard l’IFOP. Avant d’ajouter : « La consommation de manière illicite est assumée et d’autant plus décomplexée dans le cas du livre numérique que celui-ci est perçu comme un simple fichier, une émanation quasiment gratuite à la production, un avatar par surcroît du livre imprimé. »


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