Google a déréférencé 222 millions de liens « pirates » en 2013

La requête qui colle 15
En bref
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Crédits : tucko019/iStock Editorial/Thinkstock
Justice
Xavier Berne

Au cours de l’année 2013, Google a supprimé de son moteur de recherche 222 millions de liens accusés de renvoyer vers des contenus piratés (films, musiques, séries...). Cela signifie que le géant de l’internet a donné une suite favorable à la quasi-totalité des requêtes adressées par les ayants droit. Explications.

Des requêtes « DMCA » en plein boom

En plus de s’en prendre directement aux « pirates », via des procès de masse ou des dispositifs de type riposte graduée, les industries culturelles s’attaquent également depuis plusieurs années à leurs canaux d’accès aux contenus illicites. Et bien souvent, c’est Google qui est la cible de cette stratégie, le célèbre moteur de recherche étant perçu comme la principale porte d’accès vers les sites de streaming, de liens torrent ou de téléchargement direct.

Résultat, la firme de Mountain View reçoit chaque jour des centaines de milliers de demandes de déréférencement (appelées requêtes « DMCA », du nom de la législation américaine encadrant ce dispositif). En gros, les ayants droit dénoncent à Google les pages qu’ils estiment contraires à leur copyright – par exemple parce qu’elles permettent de télécharger tel film ou tel album. Une fois notifié dans les formes, le géant de l’internet est tenu de supprimer promptement le lien en question des résultats qu’il affiche à ses utilisateurs. Autrement dit, la page considérée comme illicite devient introuvable sur Google.

google dmca

Si Google n’est que l’un des acteurs à même de recevoir ce type de requête (aux côtés des hébergeurs de fichiers, des moteurs de liens torrents, etc.), il est aussi l’un des rares à communiquer le nombre de demandes dont il est l’objet. Vendredi, le géant de l’internet a ainsi annoncé avoir été sollicité pour le déréférencement d’un peu plus de 224 millions d’URL au cours de l’année 2013, soit environ 615 000 par jour. Par rapport à 2012, l’augmentation s’avère vertigineuse, puisque « seules » 57 millions de pages avaient été dénoncées. Quatre fois moins !

Et sur le long terme, c’est encore pire. « Nous recevons aujourd'hui plus de demandes de déréférencement d’URL en une semaine qu’au cours des douze années 1998-2010 réunies » reconnaît ainsi la firme de Mountain View.

Google a refusé de déréférencer deux millions de liens en 2013

Seulement voilà. Recevoir une requête visant au déréférencement d’une page ne signifie pas qu’on va systématiquement y donner une suite favorable. Mais jusque-là, Google se montrait très discret à ce sujet, l’entreprise indiquant simplement avoir « retiré 97 % des résultats de recherche spécifiés dans les demandes reçues entre juillet et décembre 2011 », c’est-à-dire à une période correspondant à la préhistoire du dispositif, vu l’explosion du nombre de requêtes.

Mais au travers de son rapport sur le piratage de vendredi, Google a mis à jour cette donnée. Sur les 224 millions de pages dénoncées l’année dernière, 222 ont été déréférencées selon le géant de l’internet. Les 2 millions d'URL restantes, qui représentent donc un peu moins de 1 % du total, correspondaient à des demandes incomplètes, ou bien tout simplement erronées, Google n’ayant pas trouvé de contenu manifestement illicite sur la page notifiée.

Les exemples de requêtes illégitimes ne manquent d’ailleurs pas : des majors du cinéma qui prétendent détenir des droits sur des œuvres sous licence libre (le documentaire « The Pirate Bay - Away From Keyboard » a ainsi été censuré par Google en 2013) ; Microsoft qui demande à Google de déréférencer la page Wikipédia d’Office 2007, sa suite bureautique, ou bien encore de son propre site officiel ; des sociétés spécialisées qui réclament le retrait d’un nom de domaine complet, etc.  

Les vérifications ne prennent toutefois guère de temps à la firme de Mountain View, celle-ci affirmant traiter chaque demande dans les six heures suivant sa réception, en moyenne.

L'industrie musicale profite particulièrement du dispositif

Mais qui sont ces ayants droit qui sollicitent Google ? Si les différentes filières culturelles sont toutes familières du dispositif (cinéma, musique, édition, jeux vidéo, télévision...), c’est l’industrie musicale qui se montre la plus séduite. La British Phonographic Industry (BPI), l’association des maisons de disques du Royaume-Uni, arrive ainsi en tête des demandeurs, avec plus de 43 millions de requêtes en 2013. L’institution est suivie par la RIAA, le bras armé des majors américaines cette fois (31,6 millions de demandes).

On notera également la présence de Microsoft, le géant du logiciel, en cinquième position avec quasiment 10 millions de demandes l’année dernière.

google dmca 2013

Des requêtes DMCA désormais utilisées pour rétrograder les sites « pirates »

Rappelons enfin que ces millions de requêtes DMCA influencent désormais le classement des sites dans Google. L’entreprise a en effet annoncé vendredi une nouvelle modification de son algorithme, visant à rétrograder à partir de cette semaine et de manière « perceptible » les sites souvent dénoncés par les ayants droit. Ce critère n’en est cependant qu’un parmi des dizaines d’autres, et la précédente concession faite sur ce terrain par Google n’avait guère satisfait les industries culturelles – qui ont donc réclamé davantage d’efforts de la part du moteur de recherche, avec succès (pour en savoir plus, voir notre article). 


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