Hadopi : la lettre incendiaire des professionnels du cinéma à Fleur Pellerin

Missive balistique 64
En bref
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Hadopi
Marc Rees

Information Next INpact. Dans un courrier adressé à Fleur Pellerin le 22 septembre et dont nous avons pu prendre connaissance, les industriels du cinéma ont réclamé des mesures musclées à la ministre de la Culture contre la Hadopi en général, et Éric Walter en particulier.

Voilà peu, Fleur Pellerin a expliqué que la Hadopi devait désormais se focaliser sur la lutte contre le piratage. Cette posture de la ministre de la Culture ne doit rien au hasard. Le 22 septembre dernier, plusieurs organisations du cinéma lui ont adressé un courrier pour l’alerter de la « façon dont l’Hadopi exerce aujourd’hui sa mission. »

Cible de leur courroux ? « La politique de communication [de la Hadopi] par la voix de son secrétaire général ». Citant spécialement deux articles de Libération, les professionnels du cinéma accusent Éric Walter de mettre en avant « à toute occasion exclusivement les idées les plus contraires à la défense de la propriété intellectuelle et artistique, et ce, dans les seuls médias qui sont hostiles à celle-ci, en semblant donc choisir pour seuls interlocuteurs ses adversaires ». Libé, hostile à la propriété intellectuelle ?

Une Hadopi qui va « à l’encontre de ses missions »

Cette communication « biaisée et incessante diffuse dans le public l’idée qu’il n’y a pas lieu de s’opposer au piratage (que le secrétaire général de l’Hadopi appelle désormais « partage », terme positif qui fait même penser qu’il s’agit d’une pratique à promouvoir) et met en accusation non pas les contrefacteurs, mais les ayants droit, présentés comme coupables d’une prétendue insuffisance de l’offre légale. »

Pour eux, pas de doute : la Hadopi agit « à l’encontre de la mission pour laquelle elle a été créée ». Ils n’admettent pas de voir cette autorité « mettre les pouvoirs publics – qui par ailleurs répriment vigoureusement et sans réticence la contrefaçon, notamment des marques de luxe – en pleine contradiction avec eux-mêmes ». L’industrie du cinéma refuse ainsi la remise en cause de leur droit de propriété et leur mise en accusation, eux qui sont « les premières victimes du piratage en ligne et de l’insuffisante efficacité de l’Hadopi pour le réduire ».

Une Hadopi « inefficace »

Les mots sont donc durs et violents, affirmant et condamnant « l’inefficacité » de l’actuelle Hadopi alors que dans le même temps Jean Berbinau est entendu avec attention pour son étude sur l'efficacité de la réponse graduée. La missive se termine par un vœu : « nos protestations auprès de l’Hadopi sont restées sans effet. Nous sommes sûrs que vous avez les moyens de la sensibiliser, mieux que nous n’avons pu le faire, sur la nécessité de mieux maitriser sa communication ».

La suite est connue : Fleur Pellerin a décidé de n’allouer que 6 millions d’euros à la Hadopi, lui demandant de se consacrer en priorité à la réponse graduée. Cette asphyxie budgétaire a été mal ressentie en interne où Mireille Imbert-Quaretta fait bloc avec le collège (voir son interview). Pire, les agents de la Rue de Texel protestent désormais contre cette mesure d’étranglement, sachant pertinemment qu’une Hadopi déplumée signifiera des emplois en moins.

Questionnée sur cette lettre et spécialement ces protestations restées sans effet, la Hadopi nous répond qu’ « à la suite d’une première lettre(*), la présidente de la Hadopi avait immédiatement proposé un rendez-vous à tous les signataires auquel ils n’ont jamais donné suite. »

(*) Co-signée en avril du BLIC (Bureau de liaison des industries cinématographiques), BLOC (Bureau de liaison des organisations du cinéma) et UPF (Union des Producteurs de Films) et révélée par Electron Libre en avril dernier.


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