Corée du Sud : la surveillance provoque un exode de Kakao vers Telegram

La sécurité devient un argument marketing comme un autre 19
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Crédits : alphaspirit/iStock/Thinkstock
Applications
Vincent Hermann

En Corée du Sud, l’annonce de mesures répressives contre le réseau Kakao Talk pour en extirper des messages agressifs à l’encontre de la présidente du pays, Park Geun-hye, a eu d'intéressantes conséquences. Moins d’un mois plus tard, une partie des utilisateurs de cette application a littéralement fui pour adopter une concurrence proposant des sessions protégées de messagerie : Telegram.

1,5 million d'utilisateurs coréens quittent Kakao pour Telegram

Le mois dernier, la présidente Park Geun-hye s’est plainte d’insultes dirigées à son encontre sur Internet, ainsi que de fausses rumeurs qui pourraient « diviser la société ». Conséquence, une surveillance a été annoncée pour trouver les fauteurs de troubles. Aucun nom de réseau n’a été donné, mais la Corée du Sud est le berceau de l’application de messagerie Kakao Talk, qui possède dans le pays environ 35 millions d’utilisateurs (sur 50 millions d’habitants).

Même si aucun détail n’a été donné sur cette surveillance, les utilisateurs de Kakao en ont pris bonne note. En à peine quelques semaines, 1,5 million de personnes ont laissé tomber leur solution de messagerie traditionnelle pour Telegram, relativement récente dans ce milieu hautement concurrentiel, comme le rachat de WhatsApp par Facebook l’a prouvé.

Cet exode vers Telegram n’est pas un hasard. L’application est apparue directement avec une fonctionnalité qui fait doucement sa réputation : les sessions privées. On peut par exemple définir une discussion qui s’effacera d’elle-même au bout d’un certain temps. Une fois le compte à rebours terminé, la discussion disparaît. Notez que si des images sont échangées dans cette session, elles ne pourront pas être sauvegardées par le smartphone. En outre, toute capture d’écran sera signalée au contact.

Un changement radical de contexte 

Ces sessions sont chiffrées de bout en bout et Telegram, installée en Allemagne, ne possède pas les clés qui permettent de lire les échanges. Kakao, qui appartient à la société Daum, ne propose pas ce type de fonctionnalité, et ses serveurs sont tous basés en Corée du Sud. La situation rend en tout cas Telegram relativement heureuse. Markus Ra, de l’équipe du support technique, a ainsi indiqué à The Verge : « Les gens viennent fréquemment vers Telegram à la recherche d’une sécurité supplémentaire, certains d’entre eux depuis des pays ayant des problèmes de censure. Ce qui nous rend particulièrement heureux, c’est que les utilisateurs restent après que les scandales de vie privée ont disparu ».

Du côté de Kakao, on tente de rassurer en indiquant que l'application et son réseau possèdent tout ce qu'il faut pour protéger ses utilisateurs. Mais comme le rapporte Associated Press, l'entreprise Daum possède l'ensemble de ses serveurs en Corée du Sud et est, en tant que tel, soumise aux lois du pays. Si les données lui sont réclamées dans le cadre d'une enquête, elle n'aura d'autre choix que d'accepter. Un cas similaire à celui des sociétés américaines contraintes de participer au programme PRISM de la NSA, comme le cas de Yahoo l'a montré.

Il est particulièrement intéressant de constater à quel point le contexte a changé autour des utilisateurs. Ce type de fonctionnalité passait pratiquement inaperçu il y a plusieurs années, alors qu’elles peuvent devenir de véritables leviers aujourd’hui pour faire basculer les utilisateurs d’un produit vers un autre. C’est un jeu du chat et de la souris qui inquiète jusqu’aux forces de l’ordre, car plus le chiffrement se répand, moins la surveillance peut s’exercer. Récemment, le directeur du FBI, James Comey, a ainsi exprimé ses craintes : « Ce qui m’ennuie avec tout ceci est que des entreprises fassent expressément la promotion de quelque chose qui permettra aux gens de se placer hors de portée de la loi ».


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