Des employées d’une maison de retraite licenciées suite à un défi Facebook

La vidéo qui fait débat 83
En bref
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Crédits : dolphfyn/iStock/Thinkstock
Justice
Xavier Berne

Pour avoir réalisé puis mis sur Facebook une vidéo tournée à l’intérieur d’une maison de retraite dans laquelle elles travaillaient, trois salariées ont été licenciées il y a quelques semaines. Elles envisagent désormais de saisir le conseil de prud’hommes.

Après la vague des Neknomination, sont apparus un peu avant l’été sur Facebook les défis dits « À l’eau ou un resto ». Le principe ? Réaliser puis partager sur le célèbre réseau social une vidéo dans laquelle on se met à l'eau (froide, voire glaciale), pour désigner ensuite trois « amis » qui seront priés d’en faire de même. Si le pari n’est pas relevé, le perdant invite le challenger au restaurant.

C’est justement suite à la mise en ligne d’une vidéo de ce type que trois salariées d’une maison de retraite de Châlons-en-Champagne ont été licenciées en juillet dernier, comme le rapporte L’Union. « Nous avons vu la fameuse vidéo et notre aide-soignante attachée à un fauteuil roulant, avec des bas de contention, a expliqué un représentant de l’établissement à nos confrères. D’autres personnes sur les images étaient encore sur leur temps de travail. Nous parlons donc d’un abandon de poste. Nous y avons vu une atteinte à la dignité de la personne âgée. » 

L’une des salariées, qui a mis la vidéo sur sa page Facebook le 13 juin dernier, affirme avoir été mise à pied le 27 juin puis licenciée pour faute grave le 15 juillet. Ses deux collègues, ayant jeté un seau d’eau et filmé la scène, ont également été remerciées. Une pilule qui a du mal à passer, puisque toutes trois sont en train de préparer un recours devant le conseil de prud’hommes, toujours selon L’Union, qui ajoute qu'elles disent avoir été victimes de harcèlement moral. 

Les trois salariées envisagent de saisir les prud'hommes

« Nous n’avons rien fait de mal. Une collègue nous a dénoncées » soutien cette même aide-soignante. Elle assure que sur la vidéo, « on ne reconnaît pas les lieux ». « J’avais fini mon service et j’ai posté cela sur mon compte privé » ajoute-t-elle. Du côté de la maison de retraite, on fait valoir que « les avertissements ont été fixés selon la gravité des faits ».

Si cette affaire devait effectivement être examinée par les tribunaux, ceux-ci se pencheraient alors principalement sur deux éléments. Premièrement, la vidéo était-elle accessible à tous, ou bien la propriétaire de la page Facebook l’avait-elle paramétrée de telle sorte que seuls ses « amis » pouvaient la voir ? Lorsque les communications sont considérées comme « privées » par la justice, le salarié se voit alors grandement protégé.

Deuxièmement, la faute était-elle suffisamment grave pour justifier un licenciement immédiat (la faute grave signifiant que le maintien du salarié dans l'entreprise est impossible) ? Dans le passé, saisis pour d’autres litiges impliquant Facebook, les juges ont souvent considéré que des propos injurieux ou portant atteinte à l’image de l’employeur étaient une cause « réelle et sérieuse de licenciement », mais plus rarement une faute grave (voir par exemple cette récente affaire).


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