TF1 pourrait sauver LCI en licenciant, l'offre du Monde disqualifiée

L'autre terrain sur lequel Free et Bouygues s'opposent 32
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Crédits : frankpeters/iStock/Thinkstock
Société
Nil Sanyas

Le groupe TF1 a annoncé hier que sa chaîne LCI envisage un plan pour se transformer, abandonnant l'information en continu et entrainant de lourdes suppressions d'emplois. Une nouvelle qui a surpris les salariés, mais aussi le trio Xavier Niel, Pierre Bergé et Matthieu Pigasse, qui avait pourtant annoncé vouloir reprendre la chaîne en l'état, sans licenciement. 

Disparaître ou faire une cure d'amincissement

Hier, TF1 a donc frappé un grand coup en dévoilant un communiqué au sujet de LCI. Suite à la réponse négative du CSA de faire passer cette chaîne sur la TNT gratuite (afin de protéger BFM TV et i>Télé notamment), la filiale du groupe Bouygues n'avait pas caché que cela pourrait signer la fin de sa chaîne d'information créée il y a désormais vingt ans. Le communiqué diffusé ne dit d'ailleurs pas le contraire, puisque le groupe « considère que l'avenir de LCI dans son format actuel ne peut être envisagé que sur la TNT gratuite ». Des recours devraient ainsi être déposés pour invalider l'avis du CSA et être diffusés à une large audience. L'un en référé, et l'autre sur le fond, qui sera donc traité à plus long cours.

Si ces recours venaient à échouer, LCI pourrait donc disparaitre. Un autre scénario a toutefois été présenté par la direction de la chaîne. L'objectif serait en fait de continuer l'aventure, mais en modifiant son format et en abandonnant l'information en continu. « Ce projet, soumis aux organes sociaux et à l'information-consultation des CE, ferait de LCI un média nouveau, proposant à la fois une chaîne de « pay tv » délivrant plusieurs heures de programmes inédits par jours, des flashs infos ainsi qu'une offre de contenus à la demande sur tous les écrans » résume le groupe.

Mais ce scénario ne sera pas sans conséquence. Il est ainsi question de 148 licenciements, dont 81 chez TF1, 58 chez LCI et 9 chez e-TF1. La chaîne d'info devra alors continuer ses activités avec 54 employés. Cette nouvelle a bien évidemment touché les salariés de LCI, qui ne savent plus à quelle sauce ils vont être mangés depuis plusieurs mois maintenant. « Au moment de l'annonce, le terme de boucherie est revenu dans la bouche des gens. La mauvaise surprise est très, très mauvaise » a par exemple commenté Christophe Berg, directeur général adjoint à la rédaction de LCI, contacté par nos confrères du Figaro. Même son de cloche du côté de Emmanuel Raoul, délégué SNJ-CGT : « TF1 optimise un échec pour réaliser des économies. (...) Les salariés parlent de défiance, de foutage de gueule, d'indigence, de n'importe quoi. »

« La direction considère le trio du Monde comme des va-nus-pieds »

Outre les salariés et les syndicats, le trio Bergé, Niel et Pigasse a aussi rapidement réagi. Déjà propriétaires du Monde, de Télérama, du Nouvel Obs et de ses sites dérivés (dont Rue89), les trois hommes d'affaires ont annoncé depuis un moment qu'ils étaient prêt à sauver LCI. Ils n'ont pas caché leur surprise de voir qu'aucun scénario imaginé par TF1 n'intégrait la vente de la chaîne au trio. « Ils rappellent que la proposition adressée à TF1 par LML (NDLR : Le Monde Libre, leur société) prévoit la reprise de l'intégralité des effectifs journalistes dédiés à LCI indiquent-ils dans leur communiqué. Elle repose sur un projet éditorial et industriel ambitieux, qui place LCI au cœur de l'activité numérique du Monde. Elle s'appuie sur l'ensemble des forces de la rédaction de la chaîne et vise à assurer l'indépendance, la diversité et la richesse des informations proposées. »

Emmanuel Raoul, du syndicat SNJ-CGT, explique pour sa part que TF1 négocie toujours avec Le Figaro, « mais pour acquérir des images, pas pour entrer au capital ». Quant à l'offre des propriétaires du Monde, elle « est systématiquement disqualifiée : la direction considère le trio du Monde comme des va-nus-pieds, n'y connaissant rien à l'audiovisuel. Nonce Paolini nous a dit qu'il ne fallait pas que LCI tombe en de mauvaises mains. C'est un choix politique. »

Indiquant que leur proposition est restée sans réponse, le trio confirme et regrette qu'aucun contact n'ait encore eu lieu avec TF1. Une porte est toutefois toujours ouverte pour d'éventuelles futures négociations. Interrogé ce matin sur RTL, Nonce Paolini a de son côté regretté la méthode du groupe, qui s'est déclaré quatre jours avant la décision du CSA, indiquant qu'il avait rencontré Mathieu Pigasse, mais que la teneur de leurs échanges s'était rapidement retrouvé chez nos confrères des Échos : « le secret des affaires, ce n'est pas leur priorité » lancera-t-il.

Pour autant, il a précisé qu'il étudierait le projet de LML pour LCI, si le détail de celui-ci lui était envoyé : « La reprise d'une entreprise ne se fait pas sur l'estrade des médias [...] Je demande aux responsables du Monde de préciser le modèle économique, la ligne éditoriale et la partie sociale. » Ce n'est sans doute là que la continuité d'une bataille avant tout médiatique.

Notez que de son côté, M6 n'a toujours rien annoncé concernant sa chaîne Paris Première, elle aussi visée par le refus du CSA de passer sur la TNT gratuite. Planète+, la chaîne de documentaires de Canal+, est dans la même situation.


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