Pascal Rogard : « je déteste le concept de neutralité du net »

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Marc Rees

Pascal Rogard, directeur général de la SACD, une société de gestion collective influente, a dit à l'Université d’été du Parti socialiste tout le mal qu’il pensait de la neutralité du net. Un concept qu’il « déteste », a-t-il exposé, assis aux côtés de Fleur Pellerin, Axelle Lemaire, le sénateur David Assouline et Pierre Lescure.

À l’Université d’été du PS, se tenait un débat sur « la révolution numérique », « ses enjeux pour l'innovation, l'éducation, la création, l'information et les libertés individuelles ». Pour Rogard, qui intervenait sur la scène, le problème posé par Internet vis-à-vis de la création a deux causes bien identifiées (à 27" sur la vidéo ci-dessous).

Les internautes, diffuseurs

D’une part, « chaque internaute peut devenir diffuseur et dès lors qu’il devient diffuseur, il porte atteinte naturellement aux droits de propriété intellectuelle ». D’autre part, « les géants de l’internet utilisent les failles de notre système et s’installent où ils payent le moins possible d’impôts. Ils ne respectent pas les règlementations en faveur de la création qu’on a établies en France, et se créent les conditions d’une concurrence totalement déloyale et totalement inéquitable ». Il lancera d’ailleurs quelques fleurs à la nouvelle locataire de la rue de Valois, assise à ses côtés et qui, alors ministre déléguée au numérique, s’était émue de la situation fiscale des acteurs américains. Et taclera au passage les pouvoirs de ces sociétés sur les données personnelles qu’ils aspirent et exploitent pour optimiser leurs revenus publicitaires.

La neutralité du net ? L'arme des gros contre les petits

« Je déteste le concept de neutralité du net » poursuivra encore le président de la SACD. Avec ce concept, « les grands opérateurs peuvent diffuser sans payer les réseaux de diffusion. (…) Les opérateurs audiovisuels quand ils diffusent par la télévision, ils payent les réseaux de diffusion de TDF. »

Internet, TV, même combat ? Selon lui, en tout cas, il faudrait revoir la définition de cette neutralité pour la concevoir « comme l’accès des petits et des moyens, sécurisé par rapport aux gros ». En attendant, « il n’est pas normal que les gros qui vont utiliser énormément de bande passante et obliger les opérateurs à faire d’énormes investissements ne contribuent pas d’une manière ou d’une autre à ces investissements. La neutralité du Net, aux États-Unis, qui la pousse ? Ce sont les grandes entreprises du Net, et ils mettent en avant les petits pour protéger les gros, c’est un classique qu’on a connu dans l’agriculture » prévient encore celui qui refuse le qualificatif de lobbyiste.

Saint Internet

La régulation semble donc la solution, avec cependant un autre écueil : « dès qu’on veut faire le moindre bout de régulation, même si on veut lutter contre le terrorisme, la pédophilie et d’autres choses, des gens se lèvent pour dire non, vous touchez au Saint Internet, vous portez atteinte aux libertés. La France, c’est la Chine, l’Iran, le pays du Mollah Omar ». Internet, c’est un outil qui doit être régulé, insistera Rogard, sous l’œil attentif de Pierre Lescure, les deux attendant les mesures adéquates de la nouvelle ministre de la Culture, Fleur Pellerin.

Répondant à nos tweets d'où étaient extraits ces passages, l'intéressé a également réagi sur Twitter :


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