Le Grand Journal : Mathilde Serrell chronique Twitch, De Caunes s'excuse

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David Legrand

La semaine dernière, le grand journal faisait sa rentrée. Parmi les nouvelles chroniques, on retrouve celle de Mathilde Serrel qui a pour rôle de nous faire partager sa vision de la Culture. Mais en évoquant le rachat de Twitch par Amazon ce vendredi, elle s'est attirée les foudres des joueurs.

Une nouvelle saison pour une émission telle que Le Grand Journal de Canal+ est toujours un moment risqué. Il faut en effet réussir à combler les habitués tout en leur offrant du nouveau avec une équipe partiellement renouvelée et de nouvelles « pastilles » à découvrir. Et si cette année, l'émission d'Antoine de Caunes a fait dans la continuité, on a déjà pu découvrir de « nouvelles » têtes.

Parmi elles, Mathilde Serrel, qui, après avoir commencé par être rédactrice en chef du Before (l'émission avant Le Grand Journal), doit désormais nous faire découvrir de manière décalée de nouvelles pépites issues du monde culturel sous toutes ses formes. Un pari compliqué lorsque l'on a que deux à trois minutes pour faire le point. On a néanmoins pu la voir évoquer la relation de Beyoncé à la communication et au féminisme, en quoi le rock est une valeur refuge, ou encore l'excellence d'un film tel que 22 Jump Street.

Regarder des jeux vidéo en ligne, une addiction folle : et le foot sur Canal+ ?

Mais pour finir la semaine, ce vendredi, elle a décidé de parler au public de l'émission du rachat de Twitch par Amazon en commençant par évoquer « une nouvelle addiction sur le web ». Les trois minutes d'explications auront suffi à déclencher la fureur des adeptes du site mais plus largement des joueurs et de n'importe quel internaute ayant déjà entendu parler de Twitch et de son succès avant cela.

Mais qu'a-t-elle bien pu dire de si affreux ? En effet, le mauvais traitement du monde des jeux vidéo à la télévision n'est en rien une nouveauté. Ce n'est pas non plus une excuse pour en parler systématiquement de manière négative. Ici, c'est sur un ton un brin moqueur que Mathilde Serrel a donc indiqué qu'après la bien connue addiction aux jeux vidéo (celle à la TV n'existant pas), il y avait désormais une nouvelle forme d'addiction : celle « aux vidéos des gens qui jouent aux jeux vidéo ».

Le tout nous mène rapidement sur une vidéo du très... burlesque PewDiePie, 30 millions d'abonnés YouTube au compteur, qui est plus connu pour ses délires pour ados que pour ses exploits dans le monde de l'eSport. Bien qu'il dispose d'une chaîne Twitch, ce n'est d'ailleurs pas vraiment son vecteur de diffusion principal. Il n'y compte d'ailleurs qu'un peu plus de 300 000 « followers ». Il n'en faut néanmoins pas moins pour statuer qu'il s'agit presque « d'un sous-genre comique ».

On apprend aussi que Twitch est « une plateforme où les gens se filment live en train de jouer aux jeux vidéo [...] Ce n'est pas une niche de geek, c'est un vrai phénomène, il y a déjà 5 millions d'utilisateurs», ce qui est déjà un peu plus factuel. Le chiffre est néanmoins étrange puisque rien qu'en juillet 2011, la société comptait 8 millions de visiteurs uniques, contre 20 un peu plus d'un an plus tard45 en 2013 et 55 au moment du rachat par Amazon.

On a ensuite eu droit à un échange avec Antoine de Caunes indiquant sur le ton de l'humour qu'il ne fallait « rien avoir à foutre de sa vie [...] C'est une désolation totale ce que vous me racontez [...] Je n'en veux pas de ce monde », ce à quoi la chroniqueuse a rajouté « Ou avoir envie de passer des niveaux à Pokémon ». Là encore, Twitch est donc ramené à la pratique marginale du Twitch plays Pokémon, qui avait fait parler de la plateforme, mais qui n'est pas le gros de son activité au quotidien, ni le fond de l'attrait de ses adeptes. Ainsi des pratiques telles que les diffusions de compétitions de sport electronique, ou des initiatives caritatives telles que les Games Done Quick, dont la dernière édition a rapporté plus d'un million de dollars n'ont pas eu droit de cité.

Par la suite, tout est rentré dans l'ordre. On apprend la nouvelle du rachat par Twitch par Amazon plutôt que par Google, pour 970 millions de dollars. Il aura néanmoins encore été question de PewDiePie, et de son salaire de 5 millions d'euros par an. Ce montant fait sans doute référence à un article du Wall Street Journal qui évoquait un revenu de 4 millions de dollars (soit 3 millions d'euros) par an pour le célèbre producteur de vidéos sur YouTube, qui propose aussi de s'abonner de façon payante à sa chaîne Twitch.

Autant dire qu'assez rapidement, les réactions se sont multipliées. Outre les commentaires sur Twitter, on a ainsi pu voir plusieurs sujets émerger sur les forums de Jeuxvidéo.com, et c'est finalement la publication Facebook du compte du Grand journal samedi qui a cristallisé les critiques. Certains y sont allés de leur lettre de protestation, d'autres ont préféré aller sur le terrain de l'humour, rappelant à Canal+ que le fait de regarder d'autres jouer, de manière addictive ou non, était une bonne partie de son modèle économique : le sport diffusé à la TV. Des millions de téléspectateurs regardent d'ailleurs de manière régulière des gens y faire la cuisine, s'engueuler sur des iles paradisiaques, chanter de manière plus ou moins juste, ou même des animateurs se jeter de la poudre colorée entre amis pour faire la promo d'un film.

Canal+, les jeux vidéo et le succès des Youtubeurs 

Cette chronique est d'autant plus étonnante que Canal+ n'est pas franchement ce que l'on appelle un débutant, dans le monde du jeu vidéo ou celui du streaming en ligne. Antoine de Caunes lui-même s'est d'ailleurs déjà rendu aux côté de Cyprien sur sa chaîne dédiée à cet univers. La société a aussi un temps été au capital de Game One qui est désormais passée sous le giron de Viacom, et dont l'un des présentateurs a d'ailleurs réagit dans la journée de samedi sur Twitter :

La chaîne du groupe Vivendi dispose d'ailleurs de sa propre émission dédiée depuis de nombreuses années : Le journal des jeux vidéo. Elle n'est pas non plus sans savoir que le streaming de vidéos en ligne fait des adeptes puisqu'elle a notamment récupéré le Palmashow, qui diffuse son émission sur D8, est désormais l'actionnaire principal ainsi que la régie publicitaire du Studio Bagel qui diffuse principalement sur YouTube mais dont les « talents » interviennent de plus en plus à l'antenne.

Jérôme Niel a ainsi déjà fait une apparition remarquée pour les débuts de la nouvelle Miss Météo (Raphaëlle Dupire), et dispose d'une nouvelle chronique en remplacement des Tutos : Speakerine. Maxime Musqua avait de son côté quitté l'équipe pour intégrer Le petit journal aux côtés de Yann Barthès, alors que Monsieur Poulpe intervient aux côté d'Alison Wheeler de manière récurrente.

Ce dernier a d'ailleurs été rapidement interpellé sur Twitter. Bien qu'il ne représente pas la chaîne, il est intervenu samedi en fin d'après-midi pour évoquer et regretter la polémique et le contenu de la chronique, promettant d'en parler à « Antoine et Mathilde » dès ce lundi.

L'animateur vedette de l'émission a néanmoins décidé de prendre les devants, là aussi sur Twitter. Il s'est dit « désolé d'avoir froissé » la communauté, maximisant au passage le traitement médiatique de cette affaire qui s'est alors transformée en sujet pour les chroniqueurs spécialisés dans le monde des médias. Certains y voient d'ailleurs une volonté de créer le buzz afin de faire parler de l'émission dès les premiers jours de la rentrée.

Quoi qu'il en soit, il faut s'attendre à un mea culpa en bonne et due forme dès l'émission de ce soir. Reste à voir s'il sera à la hauteur de l'émoi engendré.


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