Toulouse économise un million d'euros en basculant d'Office à LibreOffice

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Crédits : Pierre-Selim (licence CC BY-SA 2.0)
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Vincent Hermann

Toulouse est depuis peu l’une des villes de France les plus fournies en solutions libres pour son administration. Elle a ainsi annoncé la semaine dernière avoir économisé un million d’euros en basculant l’ensemble des postes de son administration vers LibreOffice. Mais ce mouvement est simplement le dernier en date d’une longue série de travaux.

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Crédits : Pierre-Selim (licence: CC by SA 2.0)

Un million d'euros d'économies 

Toulouse Métropole, la communauté urbaine qui regroupe la ville elle-même ainsi que 37 municipalités voisines, compte environ 714 000 habitants. Les 10 000 employés qui composent son administration utilisent tous depuis peu LibreOffice, une suite bureautique libre et gratuite, en remplacement d’Office de Microsoft. Une bascule qui a permis d’économiser un million d’euros. Un chiffre obtenu en comparant ce qu’auraient couté les licences propriétaires, soit 1,8 million d’euros, au coût de la migration, chiffrée à 800 000 euros.

Il s’agit d’une nouvelle étape dans un plan beaucoup plus général de mise en avant des logiciels libres pour les rouages de l’administration toulousaine. Interrogée à ce sujet par la Commission européenne, Erwane Monthubert, responsable de l’application des politiques sur les technologies  de l’information, a indiqué que la ville ne possédait pas vraiment de gestion unifiée dans ce domaine. Les infrastructures telles que les hôpitaux et les écoles étaient donc plus ou moins libres d’adopter les outils qu’ils souhaitent. Il fallait donc un coup de pouce pour déclencher tout le processus d’harmonisation.

Toulouse Métropole et l'harmonisation des pratiques 

Cet accélérateur est arrivé avec la mise en place de Toulouse Métropole en décembre 2008. La structure a créé de profonds changements dans l’administration de la ville et de ses voisines, avec une mise en commun d’un certain nombre de ressources et une harmonisation forte des pratiques, outils et ainsi de suite. Le département informatique de Toulouse a donc été fondu dans un nouveau département, plus large, qui regroupait tous ceux des communes voisines.

La nouvelle structure a alors changé d’optique : « L’ancien directeur de l’information pour la banlieue est devenu directeur adjoint du nouveau département agrandi, et le [nouveau] directeur a commencé à prendre une approche plus active de l’open source. L’utilisation de l’open source est donc montée d’un cran, bien qu’elle se soit faite de manière très graduelle. Au niveau politique, elle est régulièrement débattue » a indiqué Erwane Monthubert.

Toujours selon elle, l’approche de Toulouse et de sa communauté urbaine a toujours été pragmatique quand il s’agissait de choisir des solutions logicielles. Il n’existait tout simplement pas de courant porteur pour unifier le système d’information. Quand la problématique s’est posée, l’open source a été mis en avant comme le moyen d’unifier les échanges d’informations tout en économisant.

L'open source présent dans une bonne partie des outils et services 

Mais quels sont au juste les domaines dans lesquels l’open source s’est répandu ? Bertrand Serp, qui a repris le poste d’Erwane Monthubert après les dernières élections municipales, explique que désormais, tous les sites et applications web, les portails des intranets, les outils de collaboration et les solutions de gestion des documents électroniques sont désormais tous basés sur des solutions libres. Joomla est parfois utilisé pour le développement de petits sites, et LibreOffice est maintenant présent sur l’ensemble des postes informatiques. Notons aussi que les systèmes NFC utilisés pour les transports en commun ou les piscines sont basés sur des solutions libres.

Cependant, toute la machinerie de l’administration toulousaine n’est pas nécessairement sur des solutions open source. Bertrand Serp précise en effet que « le cœur stratégique des applications professionnelles demeure sur des systèmes UNIX, AIX d’IBM ou Windows, ainsi que des bases de données Oracle pour leur usabilité et leur maturité, ainsi que leur faculté à gérer de vastes quantités d’informations sur des systèmes hautement sécurisés ». Les services d’e-administration n’utilisent pas encore non plus de solutions open source. Au total, Linux représente la moitié des systèmes d’exploitation présents sur les machines.

Une ville « modèle »

Cependant, même si l’open source a très largement envahi l’administration toulousaine, son utilisation n’est pas encore systématique. Serp précise à ce sujet que l’agglomération est tout de même en état de mettre en application la circulaire Ayrault de 2012, qui porte justement sur une utilisation favorable de l’open source. Mais il s’agirait d’une étape logique, car Toulouse est la première grande ville de France par exemple à avoir adhéré à l’April (Association pour la Promotion et la Recherche en Informatique Libre) en 2011, et elle est membre depuis quatre ans de l’Adullact, une association qui certifie les solutions open source pour les gouvernements et les administrations locales.

Pour Erwane Monthubert, la situation de Toulouse reste un reflet de la situation dans l’Hexagone : « Le logiciel libre est un bon moteur pour le développement économique et l’emploi. La France a une grande valeur à l’international dans ce domaine. Tout dirigeant devrait le savoir. La France a le plus grand nombre de développeurs et d’entreprises impliqués dans ce secteur ». Mais Toulouse reste selon elle une référence : « Toulouse a été le principal moteur de la création de l’Association Française des Collectivités Open Data », dont Bertrand Serp est d’ailleurs le président. Cependant, même si elle estime que le logiciel libre devrait être intégré dans tous les politiques numériques, elle souhaite qu’il ne soit pas vecteur d’exclusions. De fait, un travail en partenariat avec des associations permet par exemple de mettre en place des formations pour les séniors.


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