Un rapport confidentiel plaide pour renforcer l’informatique à l’école

L'école des fanboys 99
image dediée
Crédits : Monkey Business Images/Thinkstock
Loi

Au travers d’un rapport à destination du ministre de l’Éducation nationale, les services de la Rue de Grenelle viennent de plaider de manière appuyée en faveur d’une revalorisation de l’enseignement de l’informatique à l’école. Ce document, qui était censé rester confidentiel, suggère entre autre de faire de l’informatique une discipline à part entière au collège.  

rapport informatique école

C’est un dossier confidentiel de presque 400 pages que vient de dévoiler ce matin Mediapart (accès payant). Le document, qui a été remis ministre Benoît Hamon à son arrivée Rue de Grenelle - en avril dernier, suite au dernier remaniement - dresse un état des lieux des politiques menées en manière d’éducation. Rédigé par la Direction générale de l’enseignement scolaire (Dgesco), ce document « se présente comme un très long mémo de toutes les actions en cours au sein du ministère de l’Éducation nationale, indiquant au nouveau ministre celles qu’il devra suivre avec vigilance, les chantiers qui s’annoncent et les points sur lesquels il devra trancher » résument nos confrères.

Une partie de ce rapport est d'ailleurs consacrée à la situation de « l’informatique à l’École ». Le principal bilan en la matière est le suivant : « Tous les programmes de l’école au collège intègrent une composante relative à l’informatique, que ce soit dans les usages - comme en français pour la recherche documentaire par exemple - ou dans des activités de modélisation (en technologie, par exemple) » explique la Dgesco. Autrement dit, tous les élèves bénéficient actuellement d’un apprentissage de l’informatique, y compris au lycée, puisque le Brevet informatique et Internet - le fameux « B2i » - s'étend sur trois niveaux : école, collège et lycée.  

Une fois ce constat posé, le rapport en vient aux principaux défis à venir sur ce sujet. « Dans une société où l’informatique est omniprésente, bouleverse les habitudes, les modes d’accès aux savoirs, les modes de travail ainsi que les rapports sociaux, il apparaît nécessaire d’en redéfinir la place et les enjeux au sein de l’École et au sein du parcours de formation des élèves » expose de façon très policée la Dgesco. En clair, on comprend surtout qu’il lui semble indispensable de renforcer l’enseignement de l’informatique à l’école.

L'informatique, bientôt une discipline à part entière au collège ? 

Le ministre s’est ainsi vu conseiller deux types d’actions à mener pour atteindre cet objectif. Premièrement, il faudrait revaloriser la place de l’informatique au collège. Trois options sont ainsi sur la table :

  • Faire de l’informatique une discipline à part entière, « et non plus seulement un enseignement ».
  • Intégrer l’enseignement de l'informatique à une ou plusieurs disciplines existantes (en l’occurrence mathématiques, technologies, SVT ou physique-chimie).
  • Ériger l’informatique en discipline à part entière, mais sous forme de cours optionnel. Il serait ici question d’en faire un « enseignement complémentaire », à l'image du latin par exemple.

Il est à noter que le rapport ne prend position pour aucune solution en particulier, et se contente de les présenter comme étant des pistes « susceptibles d’être explorées ».

école ordinateur

Offrir davantage d'options aux lycéens 

Deuxièmement, la Dgesco suggère d’étendre l’enseignement d’informatique et sciences du numérique (ISN) à l’ensemble des séries générales du lycée. En effet, cet enseignement qui se présente comme une introduction à la science informatique (algorithmes, langages informatique, architecture,...) n’est aujourd’hui proposé qu’aux élèves de terminale S. Il ne s’agit en outre que d’un enseignement de spécialité, et dépend donc du choix des lycéens.

Le rapport explique au ministre qu’il serait facilement envisageable de permettre aux élèves de séries ES et L de se joindre aux enseignements suivis par leurs camarades de S (le cours dure deux heures par semaine). Il s’agirait pour eux d’un enseignement facultatif, et non un enseignement de spécialité - contrairement aux lycéens de série scientifique. La Desgco informe au passage Benoît Hamon qu’une expérimentation de ce type est en cours depuis la rentrée 2013 dans l’académie de Montpellier.

Attention à la formation des enseignants 

En guise de conclusion, il est demandé au nouveau locataire de la Rue de Grenelle d’être particulièrement vigilant sur un point : celui de la formation des professeurs. « La généralisation de l’enseignement de l’informatique suppose un effort de formation important pour les enseignants » prévient ainsi la Dgesco. Deux solutions ici sont mises en avant :

  • La création d'une certification complémentaire à destination des enseignants, à l’image de celles qui existent pour le français langue seconde ou les arts par exemple.
  • L'instauration d'options « enseignements de l’informatique » dans les épreuves du CAPES et du CAPET de maths, sciences et technologie.

On notera à cet égard que les solutions retenues par les services de l’Éducation nationale se font moins volontaristes que celles récemment mises en avant par le rapport parlementaire des députées Corinne Erhel et Laure de la Raudière. Les deux élues ont en effet proposé que l’éveil au code soit obligatoire dès l’école primaire, sur le modèle de l’éveil au dessin, à la musique et aux langues étrangères. Elles préconisaient également la création d’un CAPES et d’une agrégation d’informatique (pour en savoir plus, voir notre article).

Publiée le 04/07/2014 à 15:34
Xavier Berne

Journaliste, spécialisé dans les thématiques juridiques et politiques.

Soutenez nos journalistes

Le travail et l'indépendance de la rédaction dépendent avant tout du soutien de nos lecteurs.

Abonnez-vous
À partir de 0,99 €


chargement
Chargement des commentaires...