Dégrouper le réseau de Numericable est « impossible » selon l'ARCEP

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FAI
Nil Sanyas

Suite au rachat de SFR par Altice/Numericable, plusieurs opérateurs, dont Orange et Free, n'ont pas caché vouloir réduire les avantages propres à Numericable et pourquoi pas accéder à son réseau. Mais pour Jean-Ludovic Silicani, le président de l'autorité de régulation des télécoms, ouvrir le réseau du câble comme on l'a fait avec celui du cuivre (ADSL) est « quasiment impossible ».

Numericable SFR

Marié à SFR, Numericable prend une autre dimension, ce qui pourrait impliquer certaines concessions

La concurrence presse les autorités

Grâce au développement dégroupage, les concurrents d'Orange peuvent proposer de nombreux services pour des coûts avantageux. Free met d'ailleurs régulièrement en avant son taux d'abonnés ADSL dégroupés, qui a grimpé à un taux record de 95,30 % au 31 mars dernier. Concernant la technologie du câble exploitée par Numericable, la situation est bien différente. Le réseau n'est pas « dégroupable », il faut signer des accords et donc seuls des partenaires bien spécifiques peuvent y accéder, principalement Bouygues Telecom à l'heure actuelle.

Mais la concurrence, si elle souhaite que certains avantages soient retirés à Numericable dès lors qu'il se retrouve marié à SFR (sur la télévision et les obligations de financement par exemple), veut aussi pouvoir accéder à son réseau. Xavier Niel, le fondateur d'Iliad/Free, a ainsi déclaré il y a trois mois espérer que l'Autorité de la concurrence fera certaines demandes afin d'autoriser la fusion : « Aujourd’hui, les tarifs élevés de Numericable reposent sur des exclusivités pour les chaînes premium de Canalsat et de Numericable. L’Autorité de la concurrence demandera, espérons-nous, de les faire disparaître en cas de rachat de SFR par Numericable. De plus, Numericable va devoir dégrouper son réseau câblé. Même si je n’aime pas trop le câble, si Free peut offrir aussi un service universel de télévision par le câble pour un euro par mois, ça se regarde. »

Même son de cloche du côté de Stéphane Richard, le patron d'Orange, qui indiquait le mois dernier vouloir mettre sur un pied d'égalité son réseau cuivre avec celui de Numericable : « On va mettre en évidence toute une série de points, et je ne parle même pas de la régulation, c'est-à-dire de la possibilité d'accéder à la boucle locale du câble, qui, aujourd'hui, de fait, est impossible. En tout cas ce n'est pas organisé par la régulation alors que ça l'est depuis quinze ans pour les télécoms. »

« Peut-être que dans 20 ans on saura le faire »

Mais la concurrence pourrait bien patienter de très longues années avant de pouvoir poser réellement son pied dans le réseau du câblo-opérateur. Jean-Ludovic Silicani, lors d'une conférence de presse organisée cette semaine et où étaient présents nos confrères d'Univers Freebox, n'a ainsi pas dissimulé les difficultés de l'opération : « La situation du câble est très différente du réseau cuivre et du réseau fibre, ce n’est pas un réseau point par point dans sa partie terminale c’est une capacité qui est partagée entre les différents clients qui sont raccordés dessus. C’est très complexe voire quasiment impossible de faire l’équivalent du dégroupage qu’on a sur le cuivre sur les réseaux câblés. Techniquement on ne sait pas le faire, peut-être que dans 20 ans on saura le faire. »

Si le scénario d'un équivalent de dégroupage semble donc bien difficile à l'heure actuelle, l'Autorité de la concurrence pourrait par contre forcer Numericable à signer des accords comme il l'a déjà fait dans le passé avec Bouygues Telecom, Darty ou encore Auchan Télécom. La question est d'autant plus importante que les règles d'accès au réseau FTTH sont différentes du FTTLA (de Numericable). À ce sujet, le patron de l'ARCEP s'est contenté de déclarer que la réponse à cette question se trouvait uniquement dans mains des politiques : « si le législateur estime qu’il est souhaitable de fixer des règles symétriques allant au-delà du FTTH, c’est au législateur de prendre cette décision ».

Pas d'obligation de revenir à trois opérateurs

Enfin, toujours lors de sa conférence de presse de mardi dernier, Jean-Ludovic Silicani a abordé un autre thème du moment : le retour à trois opérateurs. Et selon l'Express, le président de l'autorité n'a pas suivi tous les discours de la plupart des acteurs du marché et d'Arnaud Montebourg. Pour lui, revenir à trois acteurs n'est pas indispensable. Le plus important à ses yeux est surtout que le coup de fouet infligé par l'arrivée de Free Mobile perdure, peu importe la situation.

« Maintenant, il ne s'agit pas que le pendule aille à l'autre extrémité de sa trajectoire, afin que les acquis de l'arrivée du quatrième opérateur soient conservés tout en permettant un partage de la valeur satisfaisant » a-t-il ainsi déclaré pour résumer sa pensée. Silicani estime ainsi, à l'instar du discours officiel de Bouygues Telecom, que le marché peut rester à quatre opérateurs, mais uniquement si certaines conditions sont remplies. La mise en avant de la qualité de service et un meilleur équilibrage par rapport à l'importance du prix est ainsi indispensable. Son dernier bilan vis-à-vis de la qualité des services mobiles, plutôt défavorable à Free Mobile, va d'ailleurs dans ce sens. L'autre condition est de permettre aux opérateurs de réaliser des économies et donc de retrouver des marges. La mutualisation des réseaux est ainsi une bonne réponse.

Le patron de l'ARCEP, s'il n'appuie pas spécifiquement un retour à trois opérateurs comme bien d'autres personnalités, n'est toutefois pas opposé à l'idée pour autant. Il estime ainsi que « si nécessaire, on peut envisager que le marché se consolide. Encore faut-il que les acteurs concernés le souhaitent. » C'est d'ailleurs toute la question. Bouygues Telecom, il y a quelques semaines, a présenté un plan pour retrouver des marges de manœuvre, notamment en mettant à la porte près de 1500 personnes. Ce plan est officiellement monté pour permettre à l'opérateur de rester indépendant. Il pourrait toutefois ne s'agir que d'un artifice pour mieux se vendre à plus ou moins court terme. Ses dernières baisses de prix dans le secteur fixe (en ADSL et en fibre optique), réalisées pour recruter massivement des clients, pourraient aussi lui permettre de mieux habiller la mariée afin d'offrir sa main.


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