Mutualisation des réseaux entre SFR et Bouygues : la 4G en question

Mutualisation, oui, itinérance, non 30
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Téléphonie
Nil Sanyas

Si l'acquisition de SFR par Altice/Numericable n'a pour le moment pas remis en question l'accord de mutualisation des réseaux avec Bouygues Telecom, l'ARCEP et l'Autorité de la concurrence pourraient toutefois voir celui-ci d'un mauvais œil. L'alliance entre les deux opérateurs sur la 4G créerait notamment quelques problèmes.

Antennes Téléphone Ondes
Crédits : Manuel-F-O/iStock/Thinkstock

La 4G de SFR boostée grâce à Bouygues ?

Négocié l'an passé et signé officiellement fin janvier dernier, l'accord de mutualisation des réseaux de SFR et Bouygues Telecom concerne à la fois la 2G, la 3G et la 4G. L'opérateur au carré rouge s'occupera du Nord et du Sud-Ouest, tandis que la filiale du groupe de BTP prendra en charge le grand Ouest et le Sud-Est. Dès lors que les deux opérateurs couvrent la France à près de 99 % en 2G et 3G, l'accord, qui devrait être appliqué d'ici 2017, n'augmentera pas leur couverture mais permettra principalement de diminuer leurs coûts. Concernant la 4G, la logique est bien différente.

À ce jour, aucun opérateur ne couvre intégralement la population en LTE et les écarts entre Bouygues (69 %) et SFR (environ 40 %) sont importants. Cette différence en défaveur de la future filiale d'Altice pourrait être comblée grâce à l'accord de mutualisation. Selon Les Échos, interrogé par l'Autorité de la concurrence, SFR a pour ambition d'utiliser pendant deux ans le réseau 4G de Bouygues via un accord d'itinérance spécifique. De quoi lui permettre de réaliser un bond en matière de couverture, rattrapant ainsi Orange et isolant un peu plus Free Mobile.

Mais un tel dispositif dépasse le cadre d'un accord de mutualisation. L'Autorité de la concurrence, favorable à la mutualisation, n'apprécierait par conséquent pas vraiment cette itinérance temporaire favorable à SFR. L'institution pourrait alors bloquer cet accord, ce qui repoussera la mise en place de ce dernier. Cela pourrait même le modifier voire l'annuler selon la tournure des évènements.

Orange met son grain de sel

Il faut de plus rappeler que cet accord est attaqué par la concurrence, et en particulier Orange qui a saisi l'Autorité de la concurrence il y a deux mois. L'opérateur historique demande ainsi la suspension de cet accord tant que l'ARCEP n'a pas donné son analyse sur le sujet et tant que l'Autorité de la concurrence n'a pas publié son avis sur la fusion entre SFR et Numericable. Ce qui pourrait arriver fin 2014.

Mutualisation Bouygues SFR 1280 px

Le créateur de la Livebox estime surtout qu'un tel accord annihile la concurrence entre SFR et Bouygues, ceci dès lors qu'une immense partie du territoire est concernée par la mutualisation. Près de 96 % de la France serait en réalité touchée par la mutualisation si l'on intègre les zones blanches. Certes, les 4 % restants représentent une partie importante de la population, mais l'accord n'en reste pas moins trop important aux yeux d'Orange. Qui plus est, l'opérateur historique remarque que l'accord en question implique une sorte d'interdépendance irréversible. Dès lors que chacun s'attribue des zones précises comme la carte ci-dessus le montre très bien, une fois finalisé, il n'y aura plus de machine arrière possible. Une situation qui empêchera donc toute concurrence entre les deux opérateurs.

Troisième point problématique, Orange craint que les 7 000 antennes qui ne seront plus utilisées par Bouygues et SFR seront cédées à Free Mobile, ce qui permettra à ce dernier d'accroître rapidement son taux de couverture, et par conséquent, cela mettra fin à l'accord d'itinérance qui le lie avec le numéro un du marché. Enfin, l'opérateur souhaite savoir si l'accord de mutualisation concernera uniquement les antennes, ou si les fréquences seront concernées. La concurrence entre opérateurs est là aussi en jeu.

Selon notre confrère, l'Autorité de la concurrence devrait rendre sa décision suite à la plainte d'Orange d'ici trois mois, probablement à la rentrée. En fonction de cette décision, c'est l'avenir de l'accord qui sera en jeu, et par la même l'évolution du réseau 4G de SFR ainsi que le sort de Bouygues Telecom, qui cherche à multiplier les économies ces derniers temps.


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