Le magazine 60 millions de consommateurs bientôt soldé par Bercy ?

-100 % et puis plus rien 33
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Société
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le mercredi 25 juin 2014 à 16:52
Nil Sanyas

Le futur de 60 millions de consommateurs est en danger. L'Institut national de la consommation, qui édite le magazine, pourrait ne plus le faire à l'avenir, le privant ainsi des trois quarts de son chiffre d'affaires. Une éventualité qui a déjà poussé les salariés à manifester dans la rue à l'occasion des soldes et à rencontrer Carole Delga, secrétaire d'État au Commerce et à la Consommation.

60 millions consommateurs manifestations

Manifestation des salariés du magazine lors de l'ouverture des soldes ce matin

En matière de protection des consommateurs, tout le monde connait l'association à but non lucratif UFC-Que Choisir, qui existe depuis plus de soixante ans désormais. En France, un autre magazine lui fait face : 60 millions de consommateurs. Ce dernier a toutefois un statut différent puisqu'il est édité par l'Institut National de la Consommation (INC), un établissement public sous la tutelle du ministre chargé de la consommation ou de leur équivalent. Outre le magazine et le site 60 millions, l'INC est aussi connu pour proposer sur les différentes chaînes de France Télévisions le programme Consomag.

Mais il pourrait changer de stratégie d'ici peu. L'administration a en effet pour projet de se séparer du magazine et de son site internet. Ce matin, la secrétaire d'État au Commerce et à la Consommation était présente aux Galeries Lafayette afin de lancer les soldes d'été. Certains salariés de 60 millions de consommateurs ont profité de l'occasion pour manifester et perturber cette ouverture. Ils ont ainsi pu discuter une dizaine de minutes avec la secrétaire d'État afin d'aborder la question. Carole Delga s'est toutefois contentée d'annoncer que rien n'était acté et que des évolutions pourraient avoir lieu. Mais pour le magazine, le risque est réel et sa survie est en jeu. Un site, Soutenons60.org, a même été créé afin d'expliquer la situation et mettre en place une pétition de soutien.

« Terminés les essais indépendants au service de la protection des consommateurs »

Et pour le magazine, le plan du gouvernement est simple : ne plus l'éditer (et donc le financer), ce qui pourrait revenir à le céder à un groupe privé voire à mettre fin à ses jours. « Terminés les enquêtes, études et essais indépendants au service de la protection des consommateurs, finie l’information indépendante au service du citoyen, au rebut les expertises pour le compte des associations de consommateurs : tout risque de disparaître, liquidation ! » s'alarment ainsi les salariés.

La problématique est ici double. L'INC voit ses subventions fondre comme neige au soleil depuis plusieurs années, les derniers gouvernements cherchant à faire des économies. Pour compenser ces baisses d'aides publiques, l'institut survit en majeure partie grâce aux ventes de son magazine, au prix unitaire de 4,60 euros, que ce soit sous format papier ou numérique. Et plus les subventions ont chuté, plus les ventes du magazine ont pris du poids dans son budget. Lui retirer ce chiffre d'affaires revient donc à limiter l'INC à ses missions de base.

« 60 est un journal qui dérange »

Afin d'en savoir plus, nous avons contacté Lionel Maugain, représentant du personnel au conseil d'administration. Il nous a ainsi expliqué que Benoit Hamon, l'ancien ministre délégué à l'Économie sociale et solidaire, avait promis que 60 millions ferait bien parti de l'INC dans les budgets des prochaines années. Hamon parti, l'administration a toutefois changé son fusil d'épaule. La semaine dernière, un nouveau projet de contrat d’objectifs et de performance pour 2014-2018 a donc été présenté, cette fois en excluant le magazine des missions de l'INC.

« Depuis 2009, Bercy fait tout pour nous mettre des batons dans les roues et refuse de signer des contrats d'objectifs comme tout établissement public » remarque Lionel Maugain. Pour le représentant du personnel, ce projet est tout simplement « incompréhensible » dès lors que « le magazine s'auto-finance et ne coûte rien à l'État ». Qui plus est, « il vient à la rescousse de l'INC, au secours du service public » de l'institut.

60 millions consommateurs manifestations

Lors de notre conversation, Maugain a d'ailleurs laissé entendre que cette attaque contre le magazine était plus une question politique qu'économique. La secrétaire d'État n'est pas ici visée puisque nouvelle et peu au fait du projet. L'administration est plutôt la cible de ces allégations. « Selon nous, cette option relève davantage d’une volonté politique que d’une nécessité économique. « 60 » est un journal qui dérange : flambée des prix, baisse du pouvoir d’achat, inefficacité des politiques publiques... Sa voix diverge des voix officielles » peut-on d'ailleurs lire sur le site Soutenons60.org.

« L'INC ne pourra pas s'en remettre »

Un espoir demeure néanmoins. La rencontre forcée entre les salariés et Carole Delga a remis en haut de la pile le dossier 60 millions de consommateurs. « On ne désespère pas de convaincre le gouvernement » de modifier à nouveau le contrat d’objectifs a d'ailleurs déclaré Lionel Maugain. Il souhaite ainsi que ce dernier pérennise le futur du magazine, qui a toujours su équilibrer ses comptes. Reste que pour le représentant du personnel, l'actuel contrat d'objectifs met en péril 60 % des emplois de l'institut. « L'INC ne pourra pas s'en remettre si le journal s'en va » estime même Maugain.

Quant à la possibilité que 60 millions de consommateurs survive en dehors de l'INC, elle existe, sachant que le gouvernement pourrait essayer de retrouver un repreneur, ce qui avait « déjà été tenté dans le passé ». Mais non seulement il ne s'agit que d'une éventualité et non d'une certitude, mais l'indépendance du magazine serait alors remise en question. Et sans son indépendance, c'est tout l'intérêt du magazine qui disparaitrait.

Aujourd'hui, la pétition en ligne de 60 millions cumule déjà plus de 17 500 signatures. Ces signatures ne datent cependant pas d'aujourd'hui, puisque le magazine avait déjà lancé une campagne en septembre 2011. Le sujet était toutefois le même, alors que le gouvernement Fillon était au pouvoir. Le nombre de signatures devrait donc fortement progresser dans les jours à venir.


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