La maîtrise du numérique parmi les « savoirs fondamentaux » des élèves

Et même des logiciels libres 63
En bref
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Loi
Xavier Berne

Quelles sont les connaissances que chaque élève français devrait systématiquement avoir à la fin de sa scolarité obligatoire, c’est-à-dire à 16 ans ? Telle est la question à laquelle devait répondre le Conseil supérieur des programmes (CSP) afin de guider le ministère de l’Éducation nationale dans la rédaction d’un « socle commun de connaissances, de compétences et de culture » qui devrait entrer en vigueur à la rentrée 2016. Le numérique est bien entendu au programme. Explications. 

école ordinateur

Le Conseil supérieur des programmes scolaires a dévoilé hier son projet de « socle commun de connaissances, de compétences et de culture » (PDF). En clair, il s’agit des savoirs fondamentaux que devront acquérir les élèves tout au long de leur scolarité obligatoire, de l’école primaire au collège. Même s’il ne s’agit que d’un projet, les éléments de ce socle et les modalités de son acquisition progressive devant être fixés par décret « d’ici la fin de l’année » (après consultation des équipes pédagogiques et éducatives), de premiers éléments sont posés, notamment à propos des outils numériques.

Et pour cause. La loi sur la refondation de l’École de la République de 2013 prévoit que ce fameux socle « doit permettre la poursuite d’études, la construction d’un avenir personnel et professionnel et préparer à l’exercice de la citoyenneté ». Ceci passe, toujours selon ce texte préparé sous Vincent Peillon, par l’acquisition des connaissances, des compétences et de « la culture nécessaires à l'exercice de la citoyenneté dans la société contemporaine de l'information et de la communication ». Difficile donc de faire l'impasse sur le Web et les ressources numériques en général (logiciels, etc.).

Une section du socle présenté hier est ainsi consacrée à la maîtrise des « techniques » et  « règles » propres aux outils numériques. Mais quels sont donc ces savoirs fondamentaux qui devraient être inculqués aux jeunes selon le CSP ?

Un premier volet pour la maîtrise des « techniques »

Premièrement, chaque élève devra être « initié à l’usage de l’internet », et ce afin qu'il arrive à « maîtrise[r] la navigation hypertexte », à « créer des documents pour les adresser à divers destinataires », à « utiliser des sites collaboratifs, et garder la mémoire de ses travaux ».

De plus, le projet présenté hier prévoit que les écoliers et collégiens devront connaître, à l’issue de leur scolarité, « l’organisation matérielle et logicielle d’un environnement numérique : clavier, logiciels de bureautique (en particulier le traitement de texte) dont les logiciels libres » précise le socle du CSP, qui fait ainsi une référence - habituellement rare - aux logiciels libres. Dans le même filon, tout élève devra être « capable d'organiser et de traiter des données numériques à l'aide d'un tableur », ou bien encore de produire et d’exploiter « un document en combinant plusieurs types de composants (textes, sons, images, tableaux, liens...) ».

Un second volet pour la maîtrise des « règles »

Deuxièmement, le CSP considère que chaque élève devrait connaître d’ici la fin de sa scolarité « les règles de bienséance et de civilité de la communication et de la discussion numérique ». Aussi, l'élève est selon ce projet « sensibilisé aux principes de la propriété intellectuelle et de la création numérique ». Rappelons à cet égard que le Code de l’éducation prévoit déjà depuis 2010 que les élèves reçoivent obligatoirement « une information sur les dangers du téléchargement et de la mise à disposition illicites d'œuvres ou d'objets protégés par un droit d'auteur ou un droit voisin pour la création artistique ».

Alors que les actes de cyber-violence ou de cyber-harcèlements sont un vrai problème pour l’Éducation nationale, le projet de socle du CSP veut que les élèves acquièrent « une conscience des potentialités des modes de communication numériques, de leur rôle dans la vie sociale et économique mais aussi des risques qu’ils présentent et de leurs limites ». Ainsi, chaque jeune devra « en particulier » avoir « appris à protéger ses données personnelles et son intimité, et à respecter celles d’autrui ».

La question du code dès la primaire

On notera enfin que la question de l’éveil au code est abordée dans ce projet de socle, puisqu’il est prévu que chaque élève « est initié au fonctionnement, au processus et aux règles des langages informatiques », de telle sorte qu’il soit « capable de réaliser de petites applications utilisant des algorithmes simples ».

Une proposition qui survient alors que le récent rapport des députées Corinne Erhel et Laure de la Raudière plaidait pour un éveil obligatoire des jeunes dès la primaire. La Secrétaire d’État au Numérique, Axelle Lemaire, s’est d’ailleurs montrée très sensible à cette idée. Dans une interview accordée à Next INpact, la « directrice du numérique pour l'éducation » Catherine Becchetti-Bizot nous avait expliqué que le ministère était favorable « aux initiatives et aux expérimentations, en particulier lorsqu’elles sont en lien avec des projets d’établissements ou dans le cadre d’activités périscolaires », mais qu’il appartenait au Conseil supérieur des programmes « de formuler des propositions sur un enseignement de la science informatique et sur les niveaux d’enseignement concernés ».


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