Pour le PDG de Virgin Mobile, les rachats sont une course contre les GAFA

Gafa l'erreur stratégique 9
En bref
image dediée
Crédits : HikingArtist.com (CC BY-ND 2.0)
Société
Nil Sanyas

Geoffroy Roux de Bézieux, vice-président du Medef et surtout président du Full-MVNO Virgin Mobile, était interrogé par BFM Business hier. Il a notamment abordé la vente de son opérateur à Numericable, mais aussi la mode actuelle des rachats et des concentrations dans le secteur télécom, indispensable à ses yeux pour résister à la concurrence internationale.

Grossir ou vendre

Après avoir croqué SFR pour 13,5 milliards d'euros, Numericable/Altice a aussi mis la main sur le premier MVNO de France, à savoir Virgin Mobile, ceci pour 325 millions d'euros. Son actuel patron, Geoffroy Roux de Bézieux, va ainsi quitter son poste pour voguer vers d'autres cieux une fois la vente finalisée dans quelques mois. Encore en poste et fort de sa position de vice-président du syndicat des patrons, il est toutefois régulièrement interrogé par les médias. Lors de sa dernière entrevue accordée à Stéphane Soumier sur BFM Business, le patron a tenu à expliquer pourquoi il avait décidé de céder sa société.

Le premier argument est que le secteur télécom est un marché de coût fixe, qui implique une grande taille afin de réduire ses frais (par abonné). Pour survivre, Virgin Mobile n'avait donc que deux choix : racheter des MVNO pour grossir voire obtenir une licence mobile, ou se vendre au meilleur offrant.

L'autre argument principal est surtout l'évolution du marché en France depuis quelques années :

« Il faut bien comprendre que ce n’est pas seulement l’effet Free, cela se passe partout en Europe. Et il y a un autre effet qui est très important c’est que les consommateurs n’achètent plus comme avant. Tout le système des réseaux de boutiques, par exemple, qui a été construit dans les années 2000, n’a plus la même pertinence aujourd’hui, alors que sur internet, on achète très facilement, les consommateurs ont compris comment ça fonctionne. Ils savent porter leur numéro, ils savent changer de carte SIM, ils jouent très très bien entre les opérateurs. On a des smart-consommateurs pour des smartphones. »

« C'est une course, aussi, on ne le dit pas assez, contre les GAFA »

Pour Geoffroy Roux de Bézieux, Virgin Mobile, même s'il est plus récent que les trois opérateurs mobiles historiques, souffre malgré tout des mêmes défauts face à un Free Mobile qui dispose d'un réseau de boutiques limité et d'une offre simplifiée, en concordance avec les besoins du marché. Et si le patron ne craint pas de hausses de prix suite à tous ces rachats, hormis en cas d'ajouts de nouveaux services (5G, etc.), il pointe surtout une autre problématique que nous citions dans notre édito de samedi dernier : la guerre qui oppose les opérateurs aux géants du Net.

« C'est une course, aussi, on ne le dit pas assez, contre les GAFA (ndlr : Google, Apple, Facebook, Amazon). Parce que, finalement, cet accès internet, qu'on fournit nous les opérateurs télécoms pour pas très cher, il est utilisé de manière gratuite par beaucoup d'acteurs du web pour monétiser. Donc c'est un débat aussi sur le partage de la valeur. Donc ce sont des débats de géants, et à un moment (...) j'ai pensé que c'était le bon moment de passer la main à un acteur plus puissant. »

Même si les problématiques de Virgin Mobile sont avant tout franco-françaises, Roux de Bézieux internationalise néanmoins le débat, laissant entendre que les fusions et acquisitions dans le secteur sont de toute façon impossibles à éviter désormais. « C'est l'avenir de la France qui se joue. (...) Ça renforce les acteurs français (...) C'est vrai, là où Arnaud Montebourg a raison, c'est que ce sont des nains, entre guillemets, à l'échelle internationale. Or le combat va se jouer là. Donc ce n'est pas une mauvaise nouvelle pour le pays. »

Quid de l'avenir des MVNO ?

Si Orange, Altice/Numericable voire Free devront donc réaliser des alliances voire des rachats dans les années à venir, que ce soit sur le continent ou ailleurs, cette logique implique aussi une autre question : les MVNO ont-ils un avenir en France ? Sachant que le plus important d'entre eux estime être trop petit pour survivre à long terme, que pourrait-on dire des autres opérateurs virtuels d'une taille plus modestes ? Pour le moment, certains fusionnent entre eux afin de prendre du poids, à l'instar de NRJ Mobile et Auchan Telecom, ou encore de Prixtel et Zero Forfait. Mais la finalité de toutes ces opérations semble bien d'être racheté par plus gros, que ce soit un opérateur local disposant d'une licence ou un investisseur étranger.

Enfin, concernant l'avenir de Geoffroy Roux de Bézieux, ce dernier précise qu'une clause lui interdit de travailler dans le secteur télécom sur une période de deux ans. Il indique ainsi vouloir racheter une entreprise ou en créer une nouvelle, hors télécom donc, ceci après avoir quitté son poste de PDG de Virgin Mobile.


chargement
Chargement des commentaires...