Bouygues confirme de nouveaux licenciements et attaque vivement Free

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Crédits : AndreyPopov/iStock/Thinkstock
Société
Nil Sanyas

Le mois dernier, le groupe Bouygues annonçait un plan d'économie pour sa filiale télécom, sans plus de précision. Une nouvelle qui confortait les rumeurs d'un licenciement massif de 1500 à 2000 employés. Mais lors de son audition au Sénat et la Commission des affaires économiques, Olivier Roussat, le patron de Bouygues Telecom, a confirmé une réduction de son effectif.

 Bouygues Telecom 2013

Après avoir réduit ses coûts entre 2011 et 2013, Bouygues Telecom fera un effort supplémentaire

« Les résultats en matière de 4G n'ont pas été à la hauteur de nos espérances »

Le mercredi 11 juin prochain, les employés de Bouygues Telecom sauront. L'opérateur confirmera-t-il les rumeurs qui annonçaient un effectif castré d'un cinquième de ses salariés, ou la nouvelle sera-t-elle moins douloureuse ? Quoi qu'il en soit, cela ne sera pas positif. Les dernières déclarations d'Olivier Roussat au Sénat annoncent d'ailleurs la couleur : 

« Nous sommes confrontés à un problème de taille critique. Pour faire face à nos coûts fixes, c'est-à-dire à l'extension du réseau, il nous faut plus de clients, d'où notre offre de rachat de SFR, qui a échoué. Les résultats en matière de 4G n'ont pas été à la hauteur de nos espérances, l'un de nos concurrents ayant décidé en décembre dernier de galvauder la 4G en proposant un abonnement à 20 euros. Au premier trimestre, Bouygues Telecom a ainsi connu une perte opérationnelle de 19 millions d'euros : l'entreprise doit donc se réformer pour changer de modèle, car il n'est pas possible de vivre durablement avec des résultats négatifs. »

Ces propos en disent déjà long, puisque l'on comprend à la fois que Bouygues devra licencier (ou mettre en place un plan de départs), ceci du fait de son semi-échec dans le très haut débit mobile, la faute à Free Mobile, l'éternelle tête de turc de l'ancien triumvirat. Lors de son audition au Sénat fin mai et dont le compte-rendu vient d'être publié, Olivier Roussat va même plus loin :

« Nous sommes en pleine réflexion pour continuer à exister dans ce marché à quatre opérateurs. Nous avons décidé d'économiser 300 millions supplémentaires par an, après avoir réduit nos coûts de fonctionnement de 600 millions en deux ans. Notre objectif est d'économiser un milliard par an d'ici trois ans : c'est énorme, pour un chiffre d'affaires de 4 milliards. En outre, nous ne bénéficions pas de l'itinérance, ce qui nous oblige à maintenir l'investissement pour développer notre réseau. Dans ces conditions, nous devons réduire de façon drastique nos dépenses. Nous l'avons dit lors de notre comité central d'entreprise (CCE) il y a quinze jours. Un comité exceptionnel se réunira le 11 juin : nous annoncerons des réductions d'emplois, condition pour continuer à vivre dans un monde à quatre opérateurs. »

Ce passage est tout aussi informatif que le précédent. La première phrase confirme déjà que le groupe Bouygues réfléchit bien à une cession de sa filiale télécom, ce qui laisse presque entendre que le rachat de SFR était une condition sine qua non à sa présence sur le marché. Mais surtout, le patron indique vouloir économiser un milliard d'euros par an d'ici trois ans. Une somme gigantesque comme il le précise lui-même, ce qui implique bien de futurs départs massifs, seule solution à court terme pour réduire ses charges. Le 11 juin, nous connaitrons donc l'ampleur du plan, qui pourrait bien confirmer les rumeurs.

« Nous faire ainsi rouler dans la farine nous tue ! »

Toujours lors de cette audition au Sénat, alors en pleine diatribe anti-Free Mobile, Roussat fait remarquer que son groupe a toujours annoncé que l'arrivée du quatrième opérateur mobile allait détruire des emplois. Et « nous n'en sommes aujourd'hui qu'au début » a-t-il déclaré. Il a de plus rajouté qu'en l'état actuel des choses, avec l'accord d'itinérance entre Free et Orange qui avantage le premier, son groupe se doit de réagir : « Dans cette situation totalement ubuesque, nous estimons que le bon sens ne va pas l'emporter, et que nous ne pouvons plus guère espérer une intervention des pouvoirs publics. Nous avons donc décidé, chez Bouygues Telecom, de nous organiser par nous-mêmes pour survivre avec moins de revenus, en réduisant sensiblement la taille de l'entreprise, ce qui aura donc des conséquences sur l'emploi, hélas. »

Les attaques envers Free Mobile ne se sont toutefois pas arrêtées là. Le patron a par exemple pointé du doigt le quatrième opérateur pour son manque d'investissement dans les zones blanches : « M. Arnaud Montebourg a récemment déclaré que 105 communes n'étaient pas encore couvertes par la 2G. Mais savez-vous que le dernier opérateur mobile ne paie pas pour les zones blanches ? Alors, pour quelles raisons un Bouygues Telecom appauvri devrait-il couvrir un tiers des dépenses pour installer la 3G sur tout le territoire alors que celui qui a déstabilisé le secteur et qui s'est enrichi n'a rien à payer ? C'est bien sûr scandaleux ! Il faut réviser la convention et s'assurer que les quatre opérateurs investissent. Nous sommes exsangues et devons faire face à une règle du jeu faussée. Nous faire ainsi rouler dans la farine nous tue ! »

La couverture de Free Mobile contestée

Quant à la couverture 3G de Free Mobile, Bouygues a aussi son avis sur la question et notamment sur la stratégie de son concurrent. « Free explique qu'il a beaucoup de mal à déployer son réseau parce qu'il est devenu très difficile de trouver des sites. On sent bien que du côté du régulateur, on a très envie de le croire. Mais je pose la question : Orange vient d'installer 5 000 sites 4G en moins de 20 mois pour rattraper le retard qu'il avait sur Bouygues Telecom, pourquoi Free ne serait pas capable d'installer plus de 2800 sites en cinq ans ? Quand on veut, on peut ! » Il faut toutefois noter qu'Orange a une expérience en la matière bien plus importante que Free et que ses relations passées l'aident certainement à couvrir plus rapidement le territoire.

Néanmoins, pour Olivier Roussat, Free ne peut pas investir massivement du fait des prix de ses abonnements. Pire encore, Bouygues accuse le nouvel opérateur d'annoncer une couverture factice. Explication : « Ce qui est vérifié par l'Arcep, c'est la couverture théorique par le réseau de Free, mais pas la couverture effective. Quelle est la différence ? Tout simplement le nombre d'antennes dont vous avez besoin pour couvrir effectivement et éponger tout votre trafic quand vous n'avez pas le filet de sécurité d'Orange. (...) On nous dit qu'avec 5 000 sites, Free couvrira 75 % de la population en janvier prochain. Mais là encore, c'est purement théorique. Les quatre opérateurs disposant des mêmes gammes de fréquence, des mêmes équipementiers, des mêmes méthodes et les conditions d'exploitation étant identiques, la couverture effective de 75 % de la population, c'est 7 à 8000 sites. Évidemment pour cela, il faut accepter d'investir. Quand le nombre de communications augmente sur un relais de Free, réduisant par la même la qualité, l'itinérance prend le relais. Tel n'est pas le cas pour nous, qui devons augmenter le nombre de pylônes pour maintenir la qualité de notre réseau. Ces différences de traitement ne sont pas prises en compte par l'Arcep. »

#touchepasamapoubelle

Enfin, finissons cette actualité sur une note plus humoristique. Hier, Univers Freebox indiquait que Bouygues Telecom, afin de réduire ses coûts, s'en prenait désormais aux... poubelles. Un salarié a ainsi expliqué à notre confrère que non seulement les plantes vertes avaient été retirées, mais surtout, les corbeilles dans les bureaux ont elles aussi été supprimées, ceci afin d'installer des poubelles communes.

Cette nouvelle a rapidement fait le tour du web télécom, au point de pousser certains à lancer le hashtag #touchepasamapoubelle sur Twitter. Les salariés de l'opérateur participent grandement à ce qui ressemble à une blague (ci-dessus Franck Lassagne, Social Media Manager de Bouygues Telecom), mais qui démontre que l'opérateur traverse une crise sans précédent. 


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