G-Sync de NVIDIA : les produits arrivent, mais FreeSync est en embuscade

NVIDIA se bat contre du vent, mais cela va-t-il durer ? 10
Accès libre
image dediée
Ecran COMPUTEX
David Legrand

Si NVIDIA a officialisé G-Sync en fin d'année dernière, on ne peut pas dire que tout ait été simple pour cette technologie depuis. Alors que les annonces se multiplient, les premiers écrans ne devraient vraiment arriver que d'ici quelques semaines. De son côté, AMD prépare sa réponse avec FreeSync exploitant le DisplayPort 1.2a. L'occasion de faire le point.

NVIDIA G-Sync

En fin d'année dernière, NVIDIA surprenait tout le monde en levant le voile sur G-Sync, une technologie qui mettait fin à de nombreuses problématiques dans le fonctionnement des écrans avec un principe simple : adapter l'affichage d'une image à la capacité de la carte graphique à la produire. En effet, jusque-là, l'écran se rafraichissait à une fréquence fixe comme à l'époque de nos bons vieux tubes cathodiques. Malheureusement, si une image arrive trop tôt ou trop tard, cela peut créer de nombreux effets indésirables.

G-Sync : une technologie intéressante, pas forcément lancée comme il faut

Si de nombreuses solutions alternatives ont été tentées ces dernières années au niveau logiciel, rien n'était vraiment convaincant. NVIDIA a donc travaillé sur un module à mettre en place au sein des moniteurs, capable d'échanger des informations avec la carte graphique et attendre tout simplement que celle-ci ait fini de calculer une image pour l'afficher. Pour avoir vu cela fonctionner dans la pratique, c'est aussi bluffant que l'on pouvait s'y attendre. Pour autant, tout est loin d'être parfait d'un point de vue commercial.

Tout d'abord parce que NVIDIA a communiqué sans doute bien trop tôt. Il fallait néanmoins répondre à AMD dans une période où le constructeur s'adressait aux joueurs avec ses nouveaux GPU et Mantle, mais aussi préparer la communication autour de la technologie. Résultat, depuis, rien ne s'est vraiment passé. Il y a bien un écran modifié manuellement d'ASUS qui a été mis sur le marché mais il est actuellement disponible à près de 460 euros contre moins de 300 euros pour la version non G-Sync. Même si le coût de l'installation du module est intégré, cela reste bien cher.

Mais depuis le CES, les annonces se multiplient, et l'on a encore vu récemment Acer et AOC évoquer de nouvelles références, gérant nativement G-Sync. Si l'on a vu ça et là des promesses de disponibilité et des tarifs plus ou moins alléchants, les informations qui nous ont été confirmées pour le marché français sont moins joyeuses. 

Les écrans nativement G-Sync tardent, et vont coûter cher

AOC nous a ainsi confirmé le prix de son g2460Pg (24" / 1080p) : 459 euros TTC. Il n'a pas encore été annoncé pour la France et ne le sera pas avant le courant du moins de juin. C'est seulement à ce moment que la disponibilité chez nous sera évoquée, autant dire qu'il ne faut rien attendre avant la fin du mois voir courant juillet, au mieux. Même son de cloche chez Acer pour son XB280HK. Cette fois, il nous a tout simplement été répondu que sa disponibilité en France n'était pas encore d'actualité, que le communiqué de presse n'avait donc pas été diffusé chez nous pour cette raison, et que le prix serait lui aussi communiqué plus tard.

De son côté, NVIDIA se veut plus rassurant, confirmant que les premiers modèles arriveront bel et bien fin juin voire courant juillet chez différents constructeurs, assumant le tarif plus important pour cette fonctionnalité pour le moment exclusive.

ASUS Swift PG278Q

ASUS semble d'ailleurs confirmer ces propos avec l'annonce aujourd'hui de son Swift PG278Q un écran TN de la gamme RoG de 27 pouces avec une définition de 2560x1440 pixels, capable de grimper à 144 Hz de fréquence. Sa luminosité est de 350 cd/m², son temps de réponse de 1 ms en gris à gris, il dispose d'un DisplayPort 1.2, de deux ports USB 3.0 et d'une bordure de 6 mm avec la possibilité de le monter sur un kit VESA, ou de l'ajuster sur son pied via différents axes. La marque nous a aussi confirmé qu'il serait bien proposé sur le marché français dès le mois de juillet, à 799 euros.

Mais si elle évoque des fonctionnalités comme la possibilité d'afficher une cible ainsi qu'un chronomètre en surimpression de l'image via GamePlus, ou un joystick à cinq axes pour gérer l'interface de l'écran, cela n'en reste néanmoins pas un produit au tarif (trop) important. En effet, un écran 3D actif 27 pouces maison est disponible pour 500 euros environ en 1080p, et c'est à peu près le même tarif pour des modèles WQHD sans 3D. Bref, à 600 euros cela aurait pu se justifier, à près de 800 euros le coût du module Gsync commence à se faire un peu trop important.

AMD agite FreeSync, mais c'est avant tout une posture marketing... pour le moment

C'est d'autant plus le cas qu'AMD est conscient de ce problème et s'en sert plutôt habilement au détriment de son concurrent depuis des mois, quitte à se moquer un peu de ses clients. En effet, assez rapidement on a entendu parler de l'initiative FreeSync. La promesse est dans le nom : faire la même chose, mais gratuitement, ou tout du moins sans surcoût. Une démonstration a un premier temps été faite sur un ordinateur portable, mais avec la promesse de voir arriver cela rapidement dans des tas d'écrans, mais depuis, rien de bien concret ou presque.

En effet, la première démonstration d'AMD n'avait rien d'étonnant, puisque la possibilité d'utiliser une fréquence variable au sein des portables existe depuis des années au sein de l'eDP 1.0. AMD a de son côté poussé l'adoption de cette possibilité au sein du DisplayPort 1.2a, ce qui a été officialisé il y a trois semaines. Mais l'on découvrait alors quelques précisions et quelques bémols aux projets de la marque.

En effet, l'annonce de la VESA, l'organisme qui standardise le DisplayPort mentionne l'arrivée de l'Adaptive-Sync au sein de la nouvelle version de la norme en complément de ce qui était possible avec l'eDP depuis 2009 et précise que son implémentation est bien entendu gratuite pour ses membres, mais ne dit rien de plus. En effet, cette technologie n'est qu'une nouvelle possibilité offerte sur le papier, tout reste à faire.

FreeSync demandera du développement : dans les pilotes et dans les écrans

Dans la foulée, AMD a fourni à la presse des éléments afin de clarifier sa position, un peu floue dans un premier temps. Elle précise que FreeSync est un projet qui exploite les capacités offertes par l'Adaptive-Sync, qui demandera bien une modification matérielle des écrans afin de pouvoir fonctionner. De plus, si ses cartes graphiques de la génération GCN 1.1 sont compatibles (R7 260(X) et R9 290(X)) ainsi que plusieurs familles récentes d'APU (Kabini, Temash, Beema et Mullins), il faudra aussi disposer d'un nouveau pilote adapté.

AMD GPU14 Hawaii

Seule une partie de la gamme d'AMD sera compatible FreeSync

Pour faire face à la solution de NVIDIA, AMD se présente donc comme capable de fournir une technologie similaire, mais sans donner de détails techniques sur son fonctionnement dans la pratique et sans permettre de comparer les deux alternatives en situation réelle. Et pour cause, aucun écran 1.2a avec l'Adaptive-Sync n'existe ou n'est même annoncé. La marque est d'ailleurs assez consciente de ce souci puisqu'elle précise que les constructeurs ne peuvent que commencer à supporter cette nouvelle technologie, et que les moniteurs n'arriveront pas avant six à douze mois.

Un module équivalent à celui développé pour G-Sync par NVIDIA devra donc sans doute être conçu par les constructeurs partenaires, AMD n'ayant pas annoncé de solution clef en main mise à leur disposition. Officieusement, ceux-ci confirment d'ailleurs ce point puisque c'est tout le design de la partie électronique de l'écran qui doit être réadaptée, ce qui peut prendre plusieurs mois rien que pour la R&D et les phases de tests.

NVIDIA a l'avantage de la présence sur le marché, AMD celui de la communication

Pour AMD, c'est donc surtout pour le moment une manière de se présenter comme une alternative basée sur un standard sans débourser le moindre centime, et sans avoir à se comparer à la concurrence puisque la technologie n'est pas sur le marché et qu'elle est promise comme gratuite. Elle n'a donc pas à faire ses preuves, son avantage tarifaire résonnant comme une douce promesse dans le cœur des joueurs au portefeuille compressé.

De son côté, NVIDIA semble attendre de voir pour le moment. La société rappelle que G-Sync est plus qu'un simple module dans un écran puisque des modifications au niveau de ses GPU, de ses pilotes, et même dans le support des jeux sont nécessaires pour gérer parfaitement sa nouvelle approche, et ce sans avoir à attendre l'arrivée du DisplayPort 1.2a ou même une prochaine version 1.3 qui resteront compatibles.

Au final, NVIDIA est donc plus à même d'apporter une solution à court terme. On se retrouve ainsi dans la situation de CUDA et d'OpenCL dans les premières années, ou la solution propriétaire fut exploitable bien avant le standard, les deux cohabitant ensuite chez les développeurs, en fonction des besoins. Ici, NVIDIA est déjà capable de fournir une solution et plusieurs références d'écrans pour joueurs arrivent afin de compléter l'offre G-Sync. De son côté, AMD va continuer à vanter son alternative gratuite mais fictive le temps qu'elle se concrétise, et elle aura alors sans doute l'avantage d'être moins coûteuse. Il faudra alors vérifier dans la pratique si tout est aussi comparable que l'on nous le promet actuellement.

FreeSync devra convaincre pour exister, mais surtout exister pour convaincre

Mais combien de temps cela mettra-t-il ? Même en ayant préparé son coup à l'avance, NVIDIA a mis près de six mois avant d'en arriver là. AMD fera-t-il mieux ? Sans doute pas, et l'on peut aisément se demander si des écrans FreeSync seront réellement mis sur le marché en 2014. S'ils n'arrivent qu'en 2015, rien ne dit que le caméléon n'aura pas à son tour embrassé le protocole Adaptive-Sync du VESA afin de permettre à ses cartes graphiques de jouer sur les deux tableaux.

Cette nuit, AMD organise sa conférence de presse, et son stand propose plusieurs solutions FreeSync à tester par les personnes sur place. Cela sera sans doute l'occasion d'une première approche avec la technologie afin de l'évaluer, et l'on attend surtout de voir si des annonces concrètes seront faites concernant les partenaires, les écrans compatibles, leur disponibilité et leurs prix.

Si rien de tout cela n'est évoqué dans cette conférence ou durant le moins de juin, il y a fort à parier que FreeSync restera encore quelques mois au stade de simple promesse. Mais si AMD joue bien son coup et sort les bonnes cartes au bon moment, le constructeur devrait être capable de marquer quelques points auprès des joueurs.


chargement
Chargement des commentaires...