Les effets bénéfiques de Free Mobile évalués par l'UFC-Que Choisir

« Un bilan sans appel » 107
Sébastien Gavois

Alors que de nombreuses études s'intéressent à l'impact de Free Mobile sur le monde des télécoms, l'UFC-Que Choisir a aussi décidé de s'intéresser à cette question. L'association a donc analysé le marché avant l'arrivée du quatrième opérateur, établi des projections sur 2012-2013 puis les a comparées à la réalité du terrain. Les questions liées à l'investissement, les subventions et l'emploi ne sont pas oubliées.

C'est incontestable : l'arrivée d'un quatrième opérateur mobile en France a modifié en profondeur le paysage des télécoms. L'UFC-Que Choisir a décidé de publier une étude sur le sujet qui se veut une suite de celle mise en ligne en 2008, quatre ans avant l'arrivée de Free Mobile.

La conclusion mettait alors en avant « l’absence d’une réelle tendance à la baisse des prix des services mobiles entre 2003 et 2007 ». L'association ajoutait de plus que « les consommateurs avaient le déplaisir de jouir de tarifs de services mobiles 27,1 % plus élevés que la moyenne des tarifs de services mobiles dans les pays de l’UE membres de l’OCDE ». Qu'en est-il aujourd'hui ? Pour l'UFC-Que Choisir il y a bien un avant et un après Free Mobile.

L'explosion du sans engagement et de la portabilité en 2012 et 2013

Comme nous l'avions déjà noté, le nombre de forfaits sans engagement a explosé depuis début 2012 passant de 19 % au dernier trimestre 2011 à 43,9 % fin 2013. Bien évidemment, cette situation va de pair avec l'explosion du nombre de demandes de portabilité : d'une moyenne de 551 250 entre 2008 et 2011 on est passé à 1 622 250 en 2012 soit presque trois fois plus.

UFC étude mobile 2014UFC étude mobile 2014

Pour l'association de consommateurs, le sans engagement permet aux clients de « changer d’opérateur quand ils le souhaitent, soit pour s’orienter vers les offres les moins chères compte tenu de leurs besoins, soit pour quitter un opérateur dont le réseau ne lui permet pas d’utiliser les services pour lesquels il paye dans des conditions qui lui paraissent optimales ». Le consommateur peut en effet rapidement sanctionner un opérateur qui ne lui donne pas entière satisfaction, le changement est rapide et la portabilité permet de conserver son numéro d'un opérateur à l'autre.

Quid des mobiles subventionnés ? 

L'UFC-Que Choisir a ensuite décidé de s'attaquer aux forfaits avec un mobile subventionné, et donc un engagement, afin de les comparer aux offres « Low cost » équivalentes. Le résultat est finalement sans surprise : la seconde solution est la moins chère dans les trois situations analysées par nos confrères (Lumia 520, Galaxy S4 mini et iPhone 5s). 

Sur les graphiques ci-dessous, vous trouverez la moyenne des mensualités pour l'achat d'un smartphone subventionné avec la souscription d'un forfait avec un engagement de 24 mois et du même mobile avec un forfait « Low cost ». Notez que dans ce dernier cas la première mensualité est évidemment plus élevée puisqu'il faut payer le téléphone portable. La plupart du temps il est néanmoins possible d'étaler cette somme sur trois ou quatre mois sans frais, voir sur un ou deux ans, mais avec un surcoût.

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Le cas de l'iPhone 5s à gauche et celui du Lumia 520 à droite 

Pour autant, il subsiste une différence entre les forfaits proposés par Bouygues/Orange/SFR et leur pendant chez B&You/Sosh/Red : les options et les services ne sont pas identiques (roaming, Cineday, Extra, stockage en ligne, etc.). Mais pour l'UFC-Que Choisir ces options « ne correspondent pas aux besoins principaux de la majorité des consommateurs ».

Pour l'UFC, le terme « subvention » est particulièrement inadapté

L'association conclut en annonçant qu'« au vu de ces chiffres, il apparaît nettement que le terme « subvention » est particulièrement inadapté. En effet, comme l’étude vient de l’illustrer, il caractérise un système qui engendre pour le consommateur un surcoût par rapport au système dit low cost ». Elle ajoute que « ce surcoût oscille entre 16,6 % et 49,3 % et est d’autant plus marqué que l’appareil considéré descend en gamme », ce qui est loin d'être négligeable.

Du coup, elle « demande aux opérateurs d’anticiper une réforme législative qu’elle appelle de ses vœux, en indiquant dans leurs offres commerciales de forfaits avec engagement (de 12 ou 24 mois) permettant l’acquisition ‘‘subventionnée’’ de terminaux,  avant la souscription du contrat, le montant total qui sera réglé au cours de la période d’engagement ».

L'impact de Free sur le nombre de cartes SIM, la facture mensuelle, le pouvoir d'achat

Afin d'essayer de quantifier le plus précisément l'impact de Free sur le paysage mobile Français, l'UFC-Que Choisir a estimé les données « contrefactuelles » en 2012 et 2013 en se basant sur celles de 2008 à 2011 et les a opposées à celles publiées par l'ARCEP. Y'a-t-il eu un avant et un après Free Mobile ?

UFC étude mobile 2014UFC étude mobile 2014

Concernant le nombre de cartes SIM en circulation en 2012 et en 2013, la différence est contrastée : « on constate initialement une sursouscription réelle, par rapport à la situation contrefactuelle. Ceci vient indiquer que l’arrivée des offres de Free Mobile a encore davantage démocratisé l’usage de services mobiles. Depuis les deux derniers trimestres de l’année 2013, le nombre ‘‘contrefactuel’’ de cartes SIM en circulation est cependant inférieur à celui réellement constaté ». Pour l'UFC, l'explication est simple : « ceci s’explique en toute probabilité par une saturation du marché qui aurait été également atteinte sans l’arrivée du quatrième opérateur ».

Concernant la facture moyenne (HT), la situation est bien différente : « le niveau des factures à la fin de l’année 2013 est 30 % moins élevé que deux ans auparavant. Sans dynamisation [NDLR : arrivée d'un quatrième opérateur], cette baisse n’aurait été que de 8,7 %. Très concrètement, grâce à la concurrence les consommateurs ont en moyenne gagné sur leurs factures à la fin de l’année 2013 5,1 euros ».

L'UFC-Que Choisir s'est ensuite intéressé au pouvoir d'achat des utilisateurs de services mobiles avec une formule maison. Pour l'association l'arrivée du quatrième opérateur Free Mobile a permis un gain cumulé de 6,83 milliards d'euros :

UFC étude mobile 2014

Mis en parallèle avec la moyenne des prix et services mobiles au sein des pays membres de l'UE appartement à l'OCDE, l'UFC-Que Choisir note une inversion : alors que la France était entre 22 % (2010) et 27 % (2012) au dessus de la moyenne, on est passé à 48,7 % en dessous en 2012. Si l'on regarde plus en détail l'analyse de nos confrères, on remarque que les plus gros consommateurs sont les mieux lotis.

Quid de l'emploi et des revenus des opérateurs et de l'État ?

Au-delà de la facture, l'arrivée de Free Mobile a donné lieu à de nombreuses analyses sur les conséquences liées à l'emploi et à la santé financière des opérateurs, mais aussi de l'état puisqu'une baisse de la facture moyenne entraîne directement une baisse des revenus liés à la TVA. Sur ces points, l'UFC-Que Choisir met en garde contre les  « faux arguments » et donne sa vision des choses.

Concernant le nombre d'emplois, elle publie un graphique issu des données de l'ARCEP et de l'INSEE. Si le second cible un peu plus large en ne restant pas uniquement cloîtré aux emplois directs des opérateurs, la tendance est la même dans les deux cas : 

UFC étude mobile 2014

Depuis la fin des années 90, on note une baisse quasiment tous les ans jusqu'en 2010, date de l'attribution de la quatrième licence. Mais ensuite « la forte tendance à la baisse des emplois du secteur cesse, pour laisser place à une croissance, certes modérée (+ 4,0 %, soit une création nette de 4.935 emplois de 2009 à 2012), mais qui dénote avec les constats précédents ». L'UFC note par contre une augmentation des emplois qualifiés : « sur la période 2004-2012, la part des cadres dans l’ensemble des emplois directs du secteur est passée de 37 % à 47 % ».

Concernant les finances publiques, l'association explique que « le gain de pouvoir d’achat perçu par les consommateurs grâce à la dynamisation du secteur des services mobiles vient alimenter l’économie. Il faut à l’évidence intégrer cet effet ». Pour faire simple, ce qui ne rentre pas d'un côté pourrait rentrer, au moins en partie, de l'autre via des dépenses dans d'autres secteurs, à condition que cela se passe en France. L'UFC estime donc qu'au final « les ressources de l’État ne sont minorées que de 180 millions d’euros ».

La 4G et le cas de SFR

Alors que la 4G est en pleine explosion du côté des offres et des téléphones, le cas de SFR laisse perplexe l'UFC. En effet, l'opérateur est en train d'être racheté par Numericable et ne déploie pas beaucoup de nouvelles antennes 4G, surtout comparé à Orange et Bouygues Telecom. De plus, l'association pointe du doigt le fort endettement de la nouvelle entité et se pose donc la question de sa capacité à investir. Notez que Free Mobile n'est pas spécialement à la fête puisque c'est l'opérateur qui possède le moins de supports 4G :

 UFC étude mobile 2014 

L'association en profite au passage pour formuler une nouvelle fois une requête auprès de l'ARCEP : « mettre en place à la fois des indicateurs de qualité de service (pour l’ensemble des technologies mobiles), mais également des critères de qualité minimale, qui permettraient à la fois aux opérateurs vertueux dans leurs investissements de favorablement se distinguer, et aux consommateurs d’être assurés d’une bonne qualité de service ». Un point que nous avions d'ailleurs déjà évoqué, tant des disparités existent parfois d'un opérateur à l'autre.

L'UFC-Que Choisir veut mettre en place des conditions de retour à trois opérateurs

Alors que plusieurs acteurs du marché comme Arnaud Montebourg ou Stéphane Richard pour ne citer qu'eux pensent qu'un retour à trois opérateurs serait une bonne idée, l'association de consommateur veut définir un cadre : « Aujourd’hui, il n’est donc plus question de disserter sur le maintien à quatre opérateurs, mais de dresser les conditions d’un retour à trois qui mal accompagné serait préjudiciable aux consommateurs. Cette crainte repose sur un postulat : toutes choses égales par ailleurs, un environnement à trois sera moins favorable à une concurrence sur les prix qu’avec un environnement à quatre. [...] L'UFC-Que Choisir alerte sur les conséquences d’un passage à trois opérateurs mobiles – qui reste une hypothèse plausible malgré le choix de SFR de privilégier l’offre de Altice/Numericable – qui ne serait pas accompagné par les mesures permettant d’assurer les consommateurs que le degré concurrentiel ne sera pas impacté. »

Au final, l'UFC-Que Choisir demande donc à l'Autorité de la Concurrence et à l'ARCEP deux choses : fixer des conditions afin de sauvegarder l'intensité concurrentielle au service des consommateurs, et faire baisser dans les plus brefs délais les tarifs de gros appliqués par les opérateurs au MVNO, le but étant que ces derniers puissent joueur leur rôle d'agitateur du marché. Sur ce point, Free Mobile est d'ailleurs loin d'être le meilleur élève de la classe.


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